Convention démocrate - Kerry peut compter sur ses frères d'armes

Entre deux réceptions, Jim Wasser se repose quelques instants devant une bière, dans le bar du Park Plaza. Il porte un blouson aux armes des «Anciens Combattants pour Kerry» et ce signe brodé: PCF44. «Le PCF 44 était l'un des deux bateaux que commandait Kerry dans le delta du Mékong», explique-t-il fièrement. J'étais second sur ce bateau. Je suis l'un des dix frères d'armes de John Kerry.» C'est avec passion que Wasser fait campagne: «On est aussi attaché à lui que si c'était notre propre fils, dit-il en souriant, ce sont les liens du combat».

À Boston, les anciens combattants sont partout. Ils animent des réunions publiques, défilent au micro de la convention... En quelques mois, ils sont devenus indispensables dans la course à la présidence du sénateur du Massachusetts. En janvier dernier, ce sont eux qui ont sauvé le démocrate du désespoir. À l'époque, avant les caucus de l'Iowa, Kerry était déjà considéré battu par la presse, laminé par Howard Dean, le gouverneur du Vermont, dans tous les sondages.

Mobilisation générale

Puis, les stratèges démocrates ont décidé de mettre l'accent sur les faits d'armes de Kerry au Viêtnam et sur ses médailles. Ils ont retrouvé Jim Rassman, un autre compagnon d'armes sauvé par Kerry dans le delta du Mékong, pour le faire intervenir à chaque nouvelle étape de la campagne. Et soudain, Kerry a retrouvé des couleurs. «Dans l'Iowa, c'est nous qui avons renversé la vapeur. Kerry était derrière, il est passé devant», explique Jim Wasser. «J'étais basé à Davenport, j'ai personnellement contacté 500 anciens combattants au téléphone. Au total, on a dû téléphoner à 200 000 d'entre eux!».

Aujourd'hui, donc, les «Anciens Combattants pour Kerry» sont complètement mobilisés. Selon Max Cleland, l'ex-sénateur de la Georgie amputé des deux jambes et d'un bras après avoir été blessé au Viêtnam, et le «monsieur ancien combattant» de la convention, plus de 100 000 d'entre eux appuient déjà activement le candidat démocrate. Dans un pays qui compte pas moins de 25 millions d'anciens combattants, traditionnellement conservateurs, c'est encore une goutte d'eau. «Ces anciens combattants conservateurs, on va les faire passer du camp de l'erreur au camp de la vérité», promet Cleland à Libération. Jim Wasser est lui aussi persuadé que la majorité des anciens combattants finiront par donner leur voix à Kerry-le-héros: «Lui seul sait ce que c'est que la guerre. Et je vous assure qu'il sait commander. Les anciens combattants vont examiner le passé militaire de Bush, qui, par contraste, n'est pas fameux-fameux.»

Le blanc de Bush

George W. Bush avait en effet choisi de ne pas partir au Viêtnam et avait préféré s'enrôler dans la Garde nationale de son État, le Texas. Même là, les républicains n'ont pas pu prouver que le président avait fait l'intégralité de son service en Alabama. Un blanc dans son CV abondamment exploité par les démocrates.

La bataille pour le vote des anciens combattants risque d'être animée jusqu'au bout. Leur poids politique est en effet d'autant plus grand qu'ils sont très nombreux dans deux des États clés de l'élection: l'Arizona et la Floride. Malgré son absence de faits d'armes, le président profite en outre de la loyauté exprimée par de nombreux anciens combattants à l'égard des militaires déployés en Irak. «C'est vrai que Bush peut paraître un choix évident à certains parce que nous sommes en guerre et qu'il faut tous être unis dans notre défense de la nation», reconnaît Richard Starkey, un ancien combattant new-yorkais de la guerre de Corée, «mais il existe aussi des anciens combattants comme moi qui sont contre l'intervention militaire en Irak. Personnellement, j'aimerais que Kerry condamne la guerre. Il l'a certes approuvée au Sénat, mais il ne savait pas à l'époque qu'elle était totalement injustifiée et que Saddam ne possédait pas d'armes de destruction massive.»

Les anciens combattants de la convention se sont tous retrouvés hier, dans la salle de bal de l'hôtel Sheraton. Pour les accueillir, cette banderole: «Comment pouvez-vous demander à un soldat d'être le dernier à mourir pour un mensonge?» La phrase exacte que le lieutenant John Kerry, entendu au Congrès à son retour de l'enfer vietnamien, avait jetée à la face des sénateurs américains.