La crise au Darfour - L'Union européenne menace Khartoum de sanctions

Jeune réfugiée soudanaise, hier, au camp de Farchana, dans l’est du Tchad.
Photo: Agence Reuters Jeune réfugiée soudanaise, hier, au camp de Farchana, dans l’est du Tchad.

La situation humanitaire au Darfour, dans l'ouest du Soudan, où s'affrontent troupes progouvernementales et deux rébellions, «ne s'améliore pas» malgré un meilleur accès à la région, a estimé hier l'organisation non gouvernementale Médecins sans frontières (MSF). «Il y a des zones où le désastre est réel, où la population court le risque de mourir en grand nombre», ajoute le président international de MSF, Rowan Gillies, qui revient d'un séjour d'un mois au Darfour.

Bruxelles — Après les États-Unis, l'Union européenne accentue à son tour la pression sur Khartoum: les ministres des Affaires étrangères des 25 ont sommé hier le gouvernement soudanais de faire cesser immédiatement les violations des droits de l'homme dans la région du Darfour, sous peine de sanctions «imminentes».

«Ils savent très bien que la menace de sanctions est imminente s'ils ne se conforment pas» à leurs engagements, a expliqué le ministre néerlandais des Affaires étrangères, Ben Bot, dont le pays assure la présidence tournante de l'Union européenne. «Nous le leur avons dit très clairement.»

Réunis à Bruxelles pour un Conseil des affaires générales et des relations extérieures, les chefs de la diplomatie des 25 ne sont pas allés jusqu'à parler de «génocide» au Darfour, comme l'a fait la semaine dernière le Congrès américain.

Mais, dans leur communiqué final, les ministres se disent «extrêmement préoccupés» par les informations faisant état de la poursuite de «violations massives des droits de l'homme» perpétrées par les milices arabes à l'encontre des populations noires du Darfour, notamment «le viol systématique des femmes».

Les ministres appellent le Conseil de sécurité des Nations unies à adopter une résolution en vue de prendre des mesures supplémentaires, y compris l'imposition de sanctions, au cas où le gouvernement soudanais ne remplirait pas immédiatement ses obligations et ses engagements. «Les progrès seront surveillés de près», préviennent-ils.

L'UE demande au gouvernement soudanais de respecter l'engagement pris le 3 juillet, auprès du secrétaire général de l'ONU Kofi Annan, consistant à contrôler les milices arabes, les djandjaouids, à améliorer la sécurité et à étendre l'accès de l'aide humanitaire au Darfour.

M. Bot n'a pas voulu dire précisément quelles sanctions étaient envisagées par les 25.

En revanche, l'UE a commencé à établir une liste des chefs de milices armées djandjaouids, dont elle demande à Khartoum qu'ils soient arrêtés et traduits en justice.

Les 25 ministres exhortent également le Soudan à donner accès à un personnel humanitaire plus nombreux pour faire face à la situation du million de déplacés au Darfour, qui manquent de médicaments et de nourriture. Quinze mois de violence dans cette vaste région de l'ouest du Soudan ont fait près de 30 000 morts, et quelque 2,2 millions de personnes manqueraient désespérément de nourriture et de médicaments.