Chaîne humaine contre un retrait de Gaza

De la vieille ville de Jérusalem à la bande de Gaza, des milliers d’Israéliens se sont donné la main sur une distance de 90 km.
Photo: Agence Reuters De la vieille ville de Jérusalem à la bande de Gaza, des milliers d’Israéliens se sont donné la main sur une distance de 90 km.

Jérusalem — Des dizaines de milliers d'Israéliens ont formé hier une chaîne humaine de 90 km de long, reliant la bande de Gaza à la vieille ville de Jérusalem, pour manifester leur opposition au plan de retrait de la bande de Gaza du premier ministre Ariel Sharon.

Par ailleurs, six Palestiniens, membres des Brigades des martyrs d'al-Aqsa, un groupe armé lié au Fatah, le mouvement du dirigeant palestinien Yasser Arafat, ont été tués hier par des tirs de soldats israéliens à Toulkarem, en Cisjordanie, selon un bilan hospitalier palestinien.

Ces décès portent à 4196 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'intifada, fin septembre 2000, dont 3199 Palestiniens et 926 Israéliens.

Selon les organisateurs de la chaîne, membres du Conseil des colonies de Cisjordanie et de la bande de Gaza, le plus important mouvement de colons, cette «chaîne a été un succès sans précédent, car elle a rassemblé plus de 200 000 personnes». La police, citée par la radio militaire, a pour sa part estimé à «plus de 130 000» le nombre des participants.

À 19 heures locales, les manifestants ont entamé l'hymne national israélien tout le long de la chaîne, dont une des extrémités a abouti au mur des Lamentations, le lieu le plus saint du judaïsme.

À Jérusalem, les manifestants se sont échelonnés le long de la rue Jaffa, la principale artère de la ville. Certains brandissaient des drapeaux israéliens, des banderoles contre le projet d'évacuation de la bande de Gaza et des 21 colonies israéliennes disséminées dans cette région, où vivent quelque 8000 colons.

Aucun incident n'a été signalé durant la manifestation. Mais les autorités prenaient en revanche au sérieux le risque d'un attentat perpétré par un noyau d'extrémistes juifs contre l'Esplanade des mosquées à Jérusalem.

Le ministre de la Sécurité intérieure, Tzahi Hanegbi, a averti qu'il y avait un «risque plus élevé que jamais» d'attentats d'extrémistes dans le but de provoquer une «réaction en chaîne» pour torpiller le plan de retrait du premier ministre Ariel Sharon.

Sur le plan politique, un millier de membres du Likoud, dont une quinzaine de députés et de ministres, se sont réunis hier à Tel Aviv autour du ministre des Affaires étrangères, Sylvan Shalom, du Likoud, qui a lancé une campagne contre l'entrée des travaillistes au gouvernement, souhaitée par Ariel Sharon.

M. Shalom est menacé de perdre son poste au profit du chef du parti travailliste, Shimon Peres, si ce dernier entre au cabinet.

Sur le terrain, des hélicoptères israéliens ont lancé deux raids contre la maison appartenant à un cadre du mouvement islamiste Hamas dans le quartier de Zeitoun, à Gaza, selon des responsables palestiniens.

Le premier raid a fait trois blessés, selon des sources sécuritaires et médicales palestiniennes, qui n'ont pas été en mesure de préciser si la deuxième attaque avait fait des blessés.

Selon des sources militaires israéliennes, le bâtiment visé abritait un «atelier de fabrication d'armes», dont des roquettes artisanales de type Qassam.

Par ailleurs, huit Palestiniens, dont plusieurs enfants, ont été blessés par des tirs de soldats israéliens, a-t-on indiqué de sources hospitalières palestiniennes.

Ces tirs se sont produits à Khan Younès, peu après que six enfants israéliens âgés d'une dizaine d'années, habitant la colonie proche de Newe Dekalim, eurent été blessés par l'explosion d'un obus de mortier tiré par des Palestiniens.

Concernant la crise que traverse l'Autorité palestinienne, Mohammed Dahlane, ancien ministre palestinien délégué à la Sécurité et critique envers le dirigeant palestinien Yasser Arafat, a démenti être derrière les troubles qui ont récemment secoué la bande de Gaza, selon le quotidien panarabe Al-Hayat.