Convention du Parti démocrate américain - Regonflés à bloc

Pour l'occasion, le Fleet Center prend des allures de prison à haute sécuritéUni comme rarement, le Parti démocrate américain prend aujourd'hui ses quartiers à Boston, et ce jusqu'à jeudi, pour une convention taillée sur mesure afin de mettre sur orbite présidentiel son candidat, John Kerry.

Boston — Les 100 000 ballons bleus, rouges et blancs ont été gonflés et nichés au plafond du Fleet Center, prêts à pleuvoir. Comme eux, les quelque 35 000 démocrates qui se retrouvent cette semaine à Boston sont regonflés à bloc. Après avoir été assommés par la victoire controversée de Bush en 2000, inhibés par le 11 septembre et les deux guerres qui ont suivies, démoralisés par leur défaite aux élections législatives en 2002, ils ont repris du poil de la bête et entendent le montrer.

Leur convention, qui s'ouvre aujourd'hui dans une ville transformée en forteresse et qui s'achèvera jeudi soir par le discours de John Kerry, est l'occasion d'afficher leur unité. Décidés à masquer leur disputes internes (sur le commerce, la défense, l'immigration, la couverture médicale universelle), ils s'apprêtent à acclamer d'une seule voix leur héros Kerry. La confiance revient au galop. En mai dernier, seulement 50 % des démocrates pariaient sur sa victoire, selon le Pew Center. Ils étaient 57 % en juin et sont 66 % aujourd'hui.

Avec la convention de Boston, les choses sérieuses commencent pour John Kerry. Certes, les conventions politiques américaines ne sont plus que de grands shows médiatiques, réglés comme du papier à musique. Mais leur enjeu n'est pas pour autant mince: c'est souvent l'occasion pour les Américains de découvrir les candidats, du moins ceux qui ne sont pas déjà à la Maison-Blanche. Aujourd'hui encore, les deux tiers des Américains affirment ne pas savoir quelles sont les idées de John Kerry.

Le sénateur doit s'efforcer de modifier cette situation et de convaincre qu'il est capable de présider le pays pendant quatre ans, dans le contexte de l'après-11 septembre. Bill Richardson, gouverneur du Nouveau-Mexique et organisateur de la convention, reconnaît que, jusque-là, l'élection de 2004 se présente surtout comme un référendum pour ou contre Bush. «C'est cela qu'il faut en partie modifier cette semaine, pour que des gens ne viennent pas seulement vers nous en réaction contre Bush, mais aussi en étant attirés par nos candidats et notre programme», explique-t-il à Libération, lors d'une des réceptions organisées en marge de la convention.

Selon Richardson, la politique étrangère «sera pour la première fois» centrale dans le message envoyé: «elle sera aussi importante que l'économie, car nous voulons une nation plus forte à l'intérieur et respectée à l'extérieur». Un peu plus loin dans la salle, le militant noir Jesse Jackson confirme: «Kerry doit envoyer un message très clair à la fois sur l'économie et la politique étrangère, pour dénoncer le désastre des quatre années de Bush».

Les militants, eux, espèrent surtout que l'on verra enfin à Boston «le vrai John Kerry» et non ce candidat si difficile à cerner, que The Economist compare cette semaine sur sa couverture à un «robot» entièrement fabriqué. Une armée de rédacteurs a peaufiné le discours de Kerry, cherchant les symboles, les images qui iront droit au coeur des Américains.

En attendant le candidat (qui débarque mercredi), la scène sera occupée par quelques poids lourds du parti (Bill et Hillary Clinton, Jimmy Carter, Al Gore), mais aussi par quelques vedettes montantes. Le «keynote speaker» est ainsi Barack Obama, le populaire et jeune candidat noir au Sénat, dans l'Illinois. Autre orateur très attendu: Ronald Reagan fils. Le fils de l'ancien président doit parler de la recherche sur les cellules souches, un domaine très prometteur pour la médecine (notamment pour soigner la maladie d'Alzheimer, qui a tué son père) mais que bloque Bush pour des raisons religieuses.

Comme au festival d'Avignon, il y a à Boston le «on» (la convention proprement dite) et le «off»: plusieurs centaines de réceptions, de colloques, de concerts et d'autres événements organisés par une kyrielle d'associations de gauche, pas toujours liées au Parti démocrate. Les cafés et les restaurants sont pris d'assaut. Mais l'ambiance festive est un peu gâchée par le climat ultrasécuritaire imposé par la présence massive de policiers et d'hélicoptères. «Des informations crédibles indiquent qu'al-Qaïda élabore des plans pour lancer une attaque à grande échelle contre les États-Unis en vue de perturber notre processus démocratique», a récemment déclaré le responsable du ministère de la Sécurité du territoire, Tom Ridge, lors d'une conférence de presse tenue à Boston. Le Fleet Center, où se tient la conférence, ressemble à une prison à haute sécurité. Plusieurs stations de métro ont été fermées et, l'après-midi, les principales artères de la ville seront bloquées. Les navires transportant du gaz liquide ont été invités à éviter le port de Boston pendant la semaine.