Darfour: l'attitude des rebelles est remise en question

Khartoum — Les rebelles du Darfour font obstruction aux efforts visant à mettre un terme aux combats dans l'ouest du Soudan, dans l'espoir que le calvaire de milliers de réfugiés obligera la communauté internationale à intervenir, a affirmé hier un observateur occidental à Khartoum.

«Il est évident que les rebelles pensent que, s'ils font suffisamment d'agitation, ils peuvent obliger la communauté internationale à intervenir sur le terrain», a-t-il dit à Reuters sous le sceau de l'anonymat.

Les tentatives de mettre un terme à la guerre civile ont échoué la semaine dernière, à Addis Abeba, quand les deux groupes rebelles se sont retirés des négociations pour protester contre le fait que le gouvernement ait rejeté leurs six conditions préalables.

L'une d'entre elles portait notamment sur le désarmement des Djandjaouids, ces milices arabes accusées de graves exactions contre les civils et que Khartoum, affirment les rebelles, arme.

Le gouvernement, qui parle de son côté de milices hors-la-loi, dit oeuvrer à l'amélioration de la sécurité et de la distribution de l'aide alimentaire au Darfour.

Le conflit est à l'origine de la plus grave crise humanitaire actuelle au monde, selon l'ONU, qui parle de 30 000 morts et de plus d'un million de personnes déplacées. Le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) a annoncé hier qu'il s'attendait à l'arrivée prochaine de 200 000 nouveaux réfugiés dans les camps mis en place au Tchad.

Washington a élaboré un projet de résolution à l'ONU dans lequel le gouvernement soudanais est menacé de sanctions s'il ne désarme pas les milices. Mais Moscou, Pékin, Islamabad et Alger, membres du Conseil de sécurité, sont opposés au terme de «sanctions» et souhaiteraient que le texte ne comporte qu'une menace d'«actions supplémentaires».

À l'issue d'un entretien téléphonique entre Joschka Fischer et son homologue américain Colin Powell, le ministère allemand des Affaires étrangères a annoncé samedi, dans un communiqué, que les deux hommes s'étaient mis d'accord sur le fait que «des sanctions seraient inévitables si le gouvernement [soudanais] ne respectait pas ses engagements au Darfour»

À la veille d'une réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Union Européenne, l'Allemagne semble disposée à accentuer la pression sur Khartoum.

La Grande-Bretagne, premier bailleur de fonds du Soudan, n'a pas exclu la possibilité d'une intervention militaire. Le chef de l'état-major des forces britanniques, le général Mike Jackson, a été jusqu'à dire qu'il serait en mesure de mobiliser 5000 soldats pour intervenir, le cas échéant, au Soudan.

Alexander Downer, chef de la diplomatie australienne, a également dit hier que son pays était prêt à contribuer à une éventuelle force de paix pour le Darfour.

Abdel-Wahid Mohammed Ahmed El-Nour, un des chefs de file des rebelles du Mouvement de libération du Soudan (SLM), a quant à lui réitéré son appel à une intervention internationale.

Il n'a pas dit si son mouvement participerait aux pourparlers avec le gouvernement, censés se tenir à Addis Abeba, qui ont été annoncés vendredi par l'ONU.

L'autre mouvement rebelle, le Mouvement pour la justice et l'égalité (JEM), a annoncé samedi qu'il ne s'y rendrait que si les Djandjaouids étaient désarmés.