La guerre contre le terrorisme piétine en Afghanistan

Islamabad et Kaboul — Malgré une chasse à l'homme d'envergure et des milliards de dollars dépensés en effectifs et en équipements, la guerre des États-Unis contre al-Qaïda en Afghanistan et au Pakistan est loin d'atteindre ses objectifs, estiment des experts en sécurité.

Le rapport de la commission d'enquête sur le 11 septembre, publié jeudi, a décrit l'Afghanistan comme un repaire pour al-Qaïda dans sa préparation des attentats à New York et à Washington. Le rapport prévient aussi que le pays ne doit pas redevenir un sanctuaire du crime et du terrorisme internationaux.

Or, selon des observateurs politiques et des experts en sécurité, Washington a été incapable d'éradiquer la menace terroriste de la région et d'apporter une véritable stabilité à l'Afghanistan, où les talibans et leurs alliés islamistes continuent de perpétrer des attentats meurtriers au quotidien.

«La guerre contre le terrorisme est en train d'être perdue par l'alliance occidentale. Al-Qaïda et ses alliés locaux sont aujourd'hui beaucoup plus forts au Pakistan», affirme l'expert afghan Ahmed Rashid.

Les talibans, ajoute-t-il, se sont considérablement renforcés et n'ont jamais été aussi puissants depuis leur éviction du pouvoir par la coalition à la fin de l'année 2001.

Quelque 900 personnes ont été tuées en un an dans le pays, la plupart dans des attentats attribués aux activistes islamistes.

Les efforts du Pakistan

Ahmed Rashid redoute que le pire soit encore à venir de la part des talibans, à quelques mois de l'élection présidentielle prévue cet automne, dont le président Hamid Karzaï est le favori.

«Les talibans sont déterminés à perturber les élections. L'Irak a détourné l'attention des renseignements occidentaux, qui auraient dû maintenir une stratégie constante et à long terme contre le terrorisme dans cette région», précise-t-il.

Selon le rapport sur le 11 septembre, il existe toujours une controverse pour savoir si les opérations militaires en Irak ont eu une conséquence sur le niveau de l'engagement américain en Afghanistan.

«Nous saluons le rapport sur le 11 septembre, qui met l'accent sur le fait qu'un soutien prolongé est essentiel dans la lutte contre le terrorisme», a déclaré le porte-parole du président afghan, Jaoued Loudin.

Le porte-parole du ministère pakistanais des Affaires étrangères a également salué les recommandations de la commission, qui incite Washington à apporter plus d'aide au Pakistan et qui rend hommage aux efforts du président Pervez Musharraf face aux activistes islamistes.

«Mais les extraits [du rapport] mis en avant ne montrent pas clairement si la commission a bien compris quelles étaient les causes du terrorisme», a déclaré le porte-parole Masood Khan.

La pauvreté, l'éducation religieuse, la corruption et un gouvernement souvent inefficace font du Pakistan, un pays musulman de 150 millions d'habitants, l'un des terreaux privilégiés pour les recruteurs islamistes.

Capturer Ben Laden avant tout

Islamabad estime que jusqu'à 600 combattants sont cachés sur son territoire, bien que des dizaines aient déjà été tués dans des affrontements cette année.

Mehmood Shah, haut responsable de la sécurité pakistanaise, déclarait récemment à Reuters que la frontière avec l'Afghanistan n'était toujours pas parfaitement étanche.

Selon lui, une fois que les forces gouvernementales auront défait le noyau dur de 100 à 150 combattants étrangers — dont certains sont là depuis la campagne antisoviétique en Afghanistan, d'autres depuis que les talibans ont été évincés du pouvoir —, les autres combattants fuiront.

L'expert et journaliste afghan Rahimullah Yousoufzai affirme également que les États-Unis ne sont pas parvenus à atteindre leurs deux objectifs majeurs: capturer Oussama ben Laden mort ou vif et rétablir la stabilité en Afghanistan.

Selon lui, la campagne militaire contre Ben Laden et ses alliés les a éparpillés, diminuant leur capacité à perpétrer des attentats, mais les groupes terroristes existent toujours et travaillent de manière indépendante.

«Ben Laden est en fuite avec d'autres personnes importantes. Tant que [les États-Unis] n'auront pas atteint cet objectif, la guerre contre le terrorisme dans la région ne sera pas un succès.»