Le Congrès américain parle de génocide au Soudan

Paris — Les initiatives se sont multipliées cette semaine pour prévenir une catastrophe humanitaire au Darfour, dans l'ouest du Soudan, théâtre de violences qui ont déjà fait des milliers de morts et menacent des centaines de milliers de déplacés.

Le secrétaire d'État américain, Colin Powell, très actif dans ce dossier, a lancé jeudi un nouvel appel à l'action à New York. «C'est une catastrophe, des gens meurent en nombre croissant», a-t-il rappelé.

Par la suite, le Congrès américain a voté une résolution non contraignante qualifiant la situation au Darfour de «génocide» et demandant au président George W. Bush, mobilisé par la campagne pour sa réélection, d'intervenir.

Dans le même temps, le ministre français des Affaires étrangères, Michel Barnier, s'apprêtait à partir pour cette zone frontalière du Tchad où il est attendu mardi prochain. Il visitera notamment un camp de déplacés.

La France a déjà annoncé qu'elle finançait à hauteur de deux millions d'euros les rotations pour une période de trois mois d'un avion gros porteur qui sera mis à la disposition du Programme alimentaire mondial (PAM).

Londres doit dépêcher son ministre des Affaires étrangères, Jack Straw, au Soudan à la fin du mois d'août mais étudie déjà comment ses militaires pourraient participer à des opérations d'assistance dans cette zone difficile d'accès.

Le pape Jean-Paul II, «très préoccupé» par le sort des populations du Darfour, y a dépêché jeudi l'archevêque allemand Mgr Paul Cordes, qui coordonne l'activité d'assistance de l'Église catholique dans le monde.

Des milliers de civils ont été tués dans les combats qui opposent depuis 17 mois dans le Darfour une rébellion armée de populations locales et des milices arabes soutenues par le gouvernement de Khartoum, les djandjawids. Plus d'un million d'habitants ont été chassés de leurs foyers et quelque 120 000 se sont réfugiés au Tchad voisin.

M. Powell est venu présenter au Conseil de sécurité de l'ONU un nouveau projet de résolution qui pourrait déboucher à terme sur la menace de sanctions contre Khartoum. Dans un premier temps, cette résolution devrait présenter un calendrier précis d'étapes à réaliser dans un délai court pour ramener le calme dans le Darfour. Le projet exige que le gouvernement soudanais arrête et juge les chefs des milices arabes djandjawid qui sont accusées d'atrocités contre les populations autochtones, essentiellement noires. «Le gouvernement soudanais doit agir vite», avait déjà insisté Kofi Annan, le secrétaire général, le 21 juillet au siège de l'ONU à New York.

«Des crimes graves et des violations des droits de l'homme ont été commis systématiquement. Nous, la communauté internationale, devons intensifier nos efforts pour protéger les innocents au Darfour», a-t-il dit.

L'organisation humanitaire Human Rights Watch a affirmé récemment être en possession de documents démontrant que le gouvernement soudanais recrutait, armait et aidait les milices, ce que Khartoum a démenti à plusieurs reprises.

Le ministre soudanais des Affaires étrangères, Mustapha Osman Ismaël, a estimé jeudi à Paris que Khartoum avait «besoin de temps» pour régler la situation au Darfour.

Les rebelles du Darfour ont suspendu la semaine dernière à Addis-Abeba des pourparlers avec Khartoum, sous la houlette de l'Union africaine (UA), tant que le gouvernement soudanais n'aura pas accepté de démilitariser le Darfour et de traduire des criminels de guerre devant la justice.

Lundi, à Bruxelles, une réunion ministérielle européenne doit étudier les moyens d'action communautaire et notamment la mise en oeuvre de moyens aériens pour atteindre les populations en danger. La Commission européenne a déjà débloqué le 12 juillet 18 millions d'euros d'aide humanitaire aux victimes de la crise du Darfour.