9/11: échec sur toute la ligne

Washington — La commission nationale américaine d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 dénonce «des échecs» des autorités américaines dans la lutte contre le terrorisme et prône la création d'un poste de directeur national du renseignement, dans son rapport définitif publié hier.

«Dans toutes les branches du gouvernement, il y a eu des échecs dans la politique, les capacités et la gestion» pour lutter contre le terrorisme et empêcher les attentats du 11 septembre 2001, indique le document. Les «auteurs des attentats étaient imaginatifs» et «nous ne pouvons pas identifier les mesures qui les auraient empêchés d'agir», précise-t-il toutefois.

Le rapport dénonce néanmoins le «manque d'imagination» des autorités et une faible prise en compte de la menace: «Aucune mesure adoptée par le gouvernement américain de 1998 [date des attentats contre des ambassades américaines en Afrique] à 2001 n'a gêné ou même retardé les progrès dans l'exécution des attentats d'al-Qaïda.» Les attentats, perpétrés avec des avions détournés, ont fait 2978 morts à New York, à Washington et en Pennsylvanie.

En pleine campagne présidentielle, le document de 567 pages n'est pas catégorique sur les responsabilités du gouvernement républicain de George W. Bush, au pouvoir depuis janvier 2001, et celles du gouvernement démocrate de Bill Clinton.

«Le terrorisme n'était pas une préoccupation majeure de sécurité nationale dans les gouvernements Clinton ou le gouvernement Bush avant le 11 septembre» 2001, relève-t-il seulement.

La commission indépendante formée de dix membres, républicains et démocrates, qui a travaillé pendant deux ans, entendu des milliers de témoins et consulté deux millions de documents, fait plusieurs recommandations.

- «Unifier la communauté du renseignement avec un nouveau directeur national du renseignement» et créer un centre national antiterroriste «afin d'unifier le renseignement stratégique et la planification opérationnelle contre les terroristes islamistes, sur le territoire national comme à l'étranger».

- Créer un «système de partage des données qui transcende les frontières traditionnelles au sein du gouvernement».

- Accroître la supervision du Congrès en matière de lutte antiterroriste.

- Renforcer les capacités de la police fédérale (FBI) et de la défense du territoire.

«L'ennemi a fait des erreurs. Le gouvernement américain n'a pas été capable de les exploiter», regrette la commission. Selon des responsables américains, dix occasions, manquées par les gouvernements Bush et Clinton, de détecter la préparation des attentats ont été recensées.

Le président de la commission a expliqué hier que le rapport énumérait un certain nombre d'insuffisances, qui ne permettaient pas de trancher clairement sur la question de savoir si ces attentats auraient pu être évités.

Thomas Kean était interrogé, lors d'une conférence de presse, par un journaliste s'étonnant du fait que, à la lumière des informations collectées dans cet énorme rapport de plus de 500 pages, il n'ait pas été possible de trancher sur cette question.

«Nous nous sommes efforcés de présenter les faits tels que nous en avons pris connaissance», a expliqué M. Kean. Parmi ces faits, le rapport énumère une série d'insuffisances. «Nous avons trouvé [...] des gens qui sont entrés sur le territoire américain qui n'auraient pas dû le faire, des agences de renseignement ne partageant pas leurs informations, des mesures que le gouvernement aurait dû prendre mais qu'il n'a pas prises», a-t-il ajouté.

«Mais pouvons-nous être sûrs qu'une seule de ces choses ou même toutes, si elles avaient été menées autrement, auraient permis d'éviter les attentats du 11 septembre? Je ne peux pas le dire», a-t-il affirmé.

Mise en cause, la CIA a reconnu l'inadaptation de ses mécanismes d'alerte pour de possibles attentats, mais elle a contesté qu'elle n'ait pas communiqué ses informations aux autres agences de renseignement et qu'elle n'ait pas eu de stratégie globale contre le terrorisme avant 2001. «Nous sommes, de manière sensible, plus en sécurité qu'il y a trois ans», a aussi souligné un responsable de la CIA.

En recevant un exemplaire du rapport, le président Bush a estimé qu'il contenait «des recommandations très importantes. Les menaces subsistent», a-t-il dit.

M. Bush n'a cependant pas indiqué s'il endossait la mesure la plus spectaculaire préconisée dans le rapport, soit la création d'un poste de directeur national du renseignement, qui serait basé à la Maison-Blanche, d'où il coordonnerait les activités des quinze agences de renseignement.

Son adversaire démocrate à la présidentielle, John Kerry, s'est engagé à organiser dès son élection un «sommet sur la sécurité», réunissant des responsables démocrates et républicains, ainsi que les services spécialisés, pour élaborer des réformes.

Le président de la commission, Thomas Kean, a souligné qu'«aucun, absolument aucun lien entre l'Irak et les attentats du 11 septembre» n'avait été décelé. «Des conversations ont eu lieu pendant un certain nombre d'années [entre al-Qaïda et le régime de Saddam Hussein], quelquefois avec succès, quelquefois sans», a-t-il précisé.

En revanche, «l'Iran a fait un effort concerté pour renforcer ses relations avec al-Qaïda après l'attaque d'octobre 2000 contre l'USS Cole» au Yémen, indique la commission. «Mais cet effort a été repoussé par Ossama ben Laden, qui voulait éviter de s'aliéner ses partisans en Arabie Saoudite.»