Comptes bancaires aux États-Unis - Pinochet est abandonné par ses amis de la droite

Santiago — Les traditionnels alliés de droite de l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet sont en train de l'abandonner au vu des signes de corruption de son régime, illustrés par la découverte de comptes bancaires secrets aux États-Unis où furent déposés plusieurs millions de dollars.

Les dirigeants de l'Union démocrate indépendante (UDI) et de Rénovation nationale (RN), deux formations de droite qui apportèrent leur appui politique à la dictature de Pinochet (1973-1990), sont très prudents sur le sujet et aucun ne s'est risqué ces derniers jours à défendre publiquement le général.

«Je ne mettrais pas ma main au feu», a déclaré le sénateur UDI et président du Sénat, Hernan Larrain, consulté sur la probité du général Pinochet. Il a même exigé une «explication publique» de l'ancien dictateur sur l'origine des fonds qu'il détenait aux États-Unis.

Selon un rapport du Sénat américain, Pinochet disposait de comptes auprès de la banque Riggs de Washington, sur lesquels ont transité de quatre à huit millions de dollars entre 1994 et 2002. Il aurait même effectué des transferts vers Washington en 1998, pendant qu'il était en état d'arrestation à Londres et que ses biens étaient gelés.

«Un grand nombre de ceux qui, comme nous, défendirent le régime militaire ont une sensation de malaise, de préoccupation et de douleur», a expliqué le député Alberto Cardemil (RN), qui fut sous-secrétaire au ministère de l'Intérieur à l'époque du régime militaire.

Selon les analystes, les membres de RN et UDI ne tiennent pas trop à soutenir un canard boiteux au moment où se profilent des élections municipales en octobre et un scrutin présidentiel en 2005. Joaquin Lavin, l'actuel maire de Santiago et candidat de droite, avait perdu, mais de justesse, la présidentielle de 1999 face au socialiste Ricardo Lagos.

«Même s'il n'est pas indiqué de porter un jugement, les premières informations qui sont connues sont préoccupantes et ceux d'entre nous qui firent partie de ce gouvernement attendent une explication claire et nette» sur les comptes de Pinochet, a indiqué Patricio Melero, député et secrétaire général de l'UDI. Le quotidien El Mercurio a souligné, dans un éditorial intitulé La Confiance mise à l'épreuve, l'importance des dernières révélations qui remettent en cause l'image de probité dont jouissait le régime Pinochet.

Il a estimé qu'il ne faut pas les «minimiser». «Leurs effets ont rapport au passé mais ont aussi un effet sur l'avenir. Il serait grave — et décourageant, pour ceux qui travaillèrent dans le gouvernement militaire — que son principal dirigeant ait participé à un détournement de fonds publics et cela porterait préjudice à l'image du pays», a estimé le journal.

L'un des collaborateurs les plus étroits de Pinochet, le général à la retraite Guillermo Garín, n'a pas voulu émettre un jugement définitif sur cet abandon apparent de l'ex-dictateur par les anciens partisans de son régime. «Si cela devait être le cas, ce ne serait pas très noble et ce serait injuste», a-t-il indiqué à l'AFP.

Selon les experts, les révélations sur les comptes bancaires de Pinochet auront à l'inverse un effet bénéfique pour le gouvernement actuel, empêtré dans des affaires de corruption de fonctionnaires. «Les comptes secrets de Pinochet sont un cadeau du ciel pour la coalition au pouvoir, a estimé Patricio Navia, politologue. L'argument de la droite, selon lequel ses membres ne sont pas corrompus, s'effondre face à la constatation que, sous le régime militaire, il y a eu enrichissement illicite.»

Alors que le pays débat de son sort, l'ex-dictateur de 88 ans vit replié et isolé dans l'une de ses résidences, à La Dehesa, dans l'est de Santiago, où se pressaient jusqu'à récemment ses alliés politiques.