Conflit au Proche-Orient - Sharon refuse que l'UE joue un rôle de médiateur

Le premier ministre israélien attend des Européens un changement d’attittude.
Photo: Agence Reuters Le premier ministre israélien attend des Européens un changement d’attittude.

Jérusalem — Reprochant à l'Union européenne (UE) son soutien à la résolution de l'ONU en faveur du démantèlement de la barrière israélienne en Cisjordanie, Ariel Sharon a affirmé hier que l'UE n'aura pas de rôle à jouer dans le processus de paix au Proche-Orient tant qu'elle n'aura pas changé d'attitude.

Le premier ministre israélien, qui a rencontré à Jérusalem Javier Solana, le chef de la diplomatie européenne en visite dans la région, lui a fait part de son mécontentement après le soutien apporté par les Européens à l'arrêt rendu par la Cour internationale de justice (CIJ). Il a déclaré que la décision de la CIJ, qui juge «illégale» la «barrière de sécurité» israélienne en Cisjordanie et demande son démantèlement, «pouvait signifier que le sang juif n'avait aucune valeur».

L'Assemblée générale des Nations unies a, en outre, adopté mardi une résolution allant dans le sens de cet arrêt.

«La principale signification de cette décision, et de la décision de l'Assemblée, est d'accorder son feu vert au terrorisme palestinien», a dit Sharon à Solana, selon un communiqué publié par les services du premier ministre israélien.

«Israël a intérêt à associer la communauté internationale, et plus particulièrement l'Europe, au processus [de paix] avec les Palestiniens, a ajouté Sharon. Mais sans un changement radical de la position européenne, en particulier en ce qui concerne la défense israélienne et son besoin de se défendre, cela sera difficile à faire.»

Tracé modifié

Sharon a réaffirmé la volonté d'Israël de poursuivre la construction de la «clôture» que l'État hébreu juge nécessaire pour garantir sa sécurité. Il a toutefois indiqué que le tracé en serait quelque peu modifié et qu'il serait plus proche de celui de la frontière en Cisjordanie, comme l'avait ordonné la Cour suprême israélienne, pour que les Palestiniens ne soient pas privés d'accès à leurs terres.

Les relations diplomatiques entre Israël et l'Union européenne sont tendues depuis des années, l'État juif considérant que l'UE privilégie les Palestiniens.

«Il m'est très difficile de con-vaincre le peuple israélien que l'Union européenne est un partenaire à qui nous pouvons faire confiance», a déclaré le ministre israélien des Affaires étrangères, Silvan Shalom, lors d'une conférence de presse tenue à Tel-Aviv en présence de Solana.

Le chef de la diplomatie européenne a de son côté remis en cause le principe de cette clôture qui est en partie construite dans les territoires palestiniens.

«Nous respectons le droit de chaque pays à construire une barrière sur son propre territoire, mais un tracé à travers les territoires occupés n'est pas compatible avec le droit international», a indiqué Solana.

L'Union européenne compose, avec la Russie, les Nations unies et les États-Unis, le principal allié israélien, un «quartet» de médiateurs chargé de la mise en place de la «feuille de route» visant à ramener la paix dans la région.

Mais, dans les faits, le gouvernement Sharon considère les États-Unis comme le seul partenaire possible pour la mise en place d'un plan de paix. Au contraire, les Palestiniens mettent en exergue le rôle des Européens, qu'ils estiment plus réceptifs à leur cause que Washington.

Javier Solana, chef de la diplomatie européenne en visite au Proche-Orient, a par ailleurs laissé entendre hier que l'UE pourrait être amenée à revoir le soutien qu'elle apporte au président Yasser Arafat si son premier ministre, Ahmed Qoreï, démissionnait.

L'UE est l'entité qui a accordé la plus forte aide financière à l'Autorité palestinienne depuis 1994. Les propos de Solana, qui pourraient annoncer une rupture historique dans la politique étrangère européenne, s'expliquent par l'exaspération croissante de Bruxelles face à la lenteur, selon elle, des réformes au sein de l'Autorité.

Ahmed Qoreï a présenté sa démission samedi, en raison du chaos dans lequel est plongée la bande de Gaza et de sa frustration personnelle par suite des pouvoirs insuffisants dont il dispose pour réformer les forces de sécurité ou combattre la corruption. Arafat a refusé sa démission, mais Qoreï menace toujours d'abandonner ses fonctions.

Pouvoirs du premier ministre

«Si cela se produit, nous devrons repenser beaucoup de choses», a déclaré Solana, interrogé, lors d'une conférence tenue à Tel Aviv, sur le départ éventuel d'Ahmed Qoreï.

Prié de dire s'il faisait allusion à Arafat, le chef de la diplomatie européenne a répondu: «À cela et à beaucoup de choses». Un responsable de l'UE a déclaré par la suite que Solana pouvait aussi avoir fait allusion à l'Autorité palestinienne dans des termes plus généraux.

Solana a déclaré que l'UE souhaitait que le premier ministre palestinien soit «investi des pouvoirs» nécessaires pour mener à bien les réformes et lutter contre la corruption au sein de l'Autorité. Ces propos sont un revers pour Arafat, qui a longtemps joui de l'indéfectible soutien de l'UE.