Affaire Berger: les républicains réclament des explications

Washington — L'affaire Sandy Berger fait du bruit à Washington, en pleine campagne présidentielle. Visé par une enquête sur la disparition de documents classés relatifs à la lutte antiterroriste, l'ancien conseiller de Bill Clinton pour la sécurité nationale dit regretter avoir commis «une erreur en toute honnêteté». Mais le camp républicain réclame des explications.

«C'est un problème très grave sur lequel enquêtera le ministère de la Justice», a déclaré hier le président américain George W. Bush, qui s'est refusé à dire quand il avait été informé de l'enquête ou à commenter les suggestions des démocrates qui s'interrogent sur de possibles mobiles politiques derrière la révélation de l'affaire.

Beaucoup de démocrates, dont l'ex-président Bill Clinton lui-même, s'interrogent ouvertement sur le fait que l'enquête en cours concernant Sandy Berger a été révélée seulement quelques jours avant la publication, attendue aujourd'hui, du rapport de la commission sur les attentats du 11 septembre, un rapport potentiellement dangereux pour George W. Bush.

Sandy Berger a annoncé mardi qu'il renonçait à ses fonctions de conseiller officieux pour la campagne du candidat démocrate à la présidentielle, John Kerry.

Hier, le porte-parole de la présidence, Scott McClellan, a révélé que le ministère de la Justice avait informé le bureau du conseiller juridique de la Maison-Blanche, Alberto Gonzalez, qu'une enquête était en cours, avant qu'une fuite à ce sujet ne parvienne lundi à la presse.

«D'après ce que je comprends, cette enquête est en cours depuis plusieurs mois et certains responsables de notre bureau du conseil ont été contactés dans le cadre de l'enquête, a déclaré à la presse le porte-parole de la Maison-Blanche. Le bureau du conseil est celui qui coordonne, avec la commission d'enquête sur le 11 septembre, la production de documents et c'est pour cela qu'il a été contacté dans le cadre de l'enquête.»

Le ministère de la Justice tente de déterminer si Sandy Berger a commis un crime en retirant des Archives nationales des copies de documents sur les efforts antiterroristes menés par le gouvernement Clinton ainsi que des notes qu'il avait prises au sujet de ces documents. Sandy Berger était chargé d'examiner les documents aux Archives pour déterminer ceux qu'il fallait transmettre à la commission d'enquête sur le 11 septembre.

Sandy Berger, auquel John Kerry a fait part de son soutien, a assuré la presse qu'il n'avait rien commis d'illégal. «L'an dernier, quand j'étais dans les Archives en train de consulter les documents, j'ai fait une erreur en toute honnêteté, a-t-il dit.

«Je le regrette profondément. Tout ce que j'ai fait dans cette procédure avait pour but d'aider et de soutenir le travail de la commission d'enquête sur le 11 septembre, et toute suggestion en sens contraire est simplement et absolument fausse.»

Mais les républicains ne l'entendent pas de cette façon, sous-entendant que Sandy Berger a voulu cacher des informations compromettantes pour le gouvernement Clinton. «Quelle information pouvait être tellement embarrassante qu'un homme habitué depuis des décennies à manipuler des documents confidentiels ait risqué d'être pris en train de chaparder les secrets les plus sensibles du pays?», s'est interrogé le président de la Chambre des représentants, Dennis Hastert. «M. Berger a beaucoup d'explications à fournir».