Antiterrorisme - La commission d'enquête sur le 11 septembre veut une refonte du renseignement

Washington — La commission indépendante d'enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 va insister dans son rapport final, rendu public aujourd'hui, pour une importante refonte des services du renseignement mis en cause pour leurs insuffisances à combattre le terrorisme, un des thèmes majeurs de la campagne de réélection du président Bush.

Les recommandations des dix membres, cinq démocrates et cinq républicains, portent surtout, selon des responsables anonymes de l'administration, sur une restructuration du renseignement avec la création d'un poste ministériel coiffant les quinze agences civiles et militaires ainsi que leur budget de 40 milliards de dollars.

Il s'agirait de la première refonte du renseignement depuis la création de la CIA en 1947.

La plupart des conclusions contenues dans le document final de quelque 600 pages ont déjà été rendues publiques dans 17 rapports intermédiaires des enquêteurs, qui sont particulièrement sévères envers la CIA et le FBI (police fédérale).

La commission leur reproche une absence de coordination et une trop faible prise en compte de la menace terroriste jusqu'aux attentats, aussi bien sous la présidence démocrate de Bill Clinton que sous celle du républicain George W. Bush.

Le rapport recense dix occasions manquées par les administrations Bush et Clinton pour repérer ou déjouer les attentats, selon le Washington Post d'hier.

Les enquêteurs en attribuent six à l'administration Bush et quatre à celle de son prédécesseur. Ils reprocheraient à l'administration Clinton de ne pas avoir plus activement cherché à éliminer Oussama ben Laden après les attentats contre deux ambassades américaines en Afrique en 1998 et le destroyer USS Cole en 2000.

Défaillances de la CIA

Sous l'administration Bush, les occasions ratées concernent surtout la défaillance de la CIA à adjoindre deux des 19 pirates de l'air du 11 septembre 2001 sur une liste de terroristes.

Cependant, le rapport de la commission ne tranche pas sur la question de savoir si les attentats auraient pu être évités, selon les mêmes responsables.

Mais pour le président Bush, la publication très largement médiatisée du rapport final de la commission, qu'il avait refusé dans un premier temps de créer, est beaucoup plus risqué en pleine campagne pour sa réélection.

M. Bush compte bénéficier, au détriment de son rival démocrate John Kerry, de la confiance que semble lui accorder une majorité des Américains pour lutter contre le terrorisme et éviter un nouvel attentat dont les risques sont, selon son administration, très élevés d'ici au scrutin du 2 novembre.

«J'attends avec impatience de recevoir leur rapport. Je vais continuer à travailler avec le Congrès, les gouvernements des États [de l'Union] et locaux, pour améliorer davantage la sécurité nationale que nous assurons déjà», a dit hier matin le président Bush.

De hauts responsables de la Maison-Blanche, dont la conseillère pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, devaient l'informer dans la journée des entretiens tenus avec les président et vice-président de la commission.

Dès mardi, la commission du renseignement du Sénat avait entendu la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, co-auteur d'un projet de loi visant à créer un poste de «directeur national du renseignement».

Mais cette perspective ne réjouit ni la CIA, principale cible des critiques, ni le FBI, ni le Pentagone.