Craignant les variants, le monde s’isole

Les rues d’Auckland étaient désertes lundi. Il y avait cependant foule dans les centres de dépistage, et des automobilistes faisaient la queue à des points de contrôle de la police pour tenter de sortir de la ville.
Photo: David Rowland Agence France-Presse Les rues d’Auckland étaient désertes lundi. Il y avait cependant foule dans les centres de dépistage, et des automobilistes faisaient la queue à des points de contrôle de la police pour tenter de sortir de la ville.

Les deux millions d’habitants d’Auckland, la plus grande ville néo-zélandaise, ont entamé lundi un confinement de trois jours, tandis que l’Angleterre inaugurait la quarantaine obligatoire à l’hôtel des résidents en provenance de pays classés à risque afin de lutter contre les variants du coronavirus.

La première ministre néo-zélandaise, Jacinda Ardern, a ordonné cette mesure draconienne après la découverte d’un premier foyer d’infection au variant britannique du coronavirus : deux cas sur trois au sein d’une même famille dans la grande ville de l’île du Nord.

Écoles et entreprises non essentielles sont restées fermées lundi matin, et les habitants ont interdiction de quitter la ville, sauf raison impérieuse.

Le ministère de la Santé a précisé que les recherches avaient établi que deux des trois malades étaient atteints du variant du coronavirus apparu en Grande-Bretagne. Les résultats des tests de la troisième personne ne sont pas encore connus. « Ces résultats nous confortent dans notre décision d’agir de façon rapide et énergique pour détecter et empêcher tout risque de nouvelle contamination », a dit le ministère.

Les autorités ignorent toujours comment ce variant est arrivé sur l’archipel, qui semblait avoir presque totalement éradiqué le virus.

Les rues d’Auckland étaient désertes lundi. Il y avait cependant foule dans les centres de dépistage, et des automobilistes faisaient la queue à des points de contrôle de la police pour tenter de sortir de la ville.

Quarantaine à l’hôtel

De son côté, l’Angleterre inaugurait lundi la quarantaine obligatoire àl’hôtel pour les résidents en provenance de pays classés à risque, mesure destinée à éviter l’importation de variants du coronavirus.

Pour lutter contre l’épidémie, qui a fait plus de 117 000 morts au Royaume-Uni, le gouvernement de Boris Johnson entend préserver le bénéfice de la campagne massive qui a permis de vacciner plus de 15 millions de personnes. Depuis lundi, les résidents britanniques ou les citoyens irlandais arrivant en Angleterre en provenance de ces pays sont consignés dans un hôtel et placés sous surveillance durant 10 jours. Les voyageurs arrivant des autres pays doivent aussi suivre une quarantaine de 10 jours, mais peuvent le faire chez eux.

« Forcément, ça ne sera pas facile d’être dans une chambre d’hôtel pendant 10 jours sans pouvoir aller nulle part », dit à l’AFP Charlie Islam-Harry, responsable de l’hôtel St Giles d’Heathrow, soulignant que le personnel s’assurera du bien-être de ces clients d’un nouveau genre.

Prix du séjour, à l’entière charge du voyageur : 1750 livres sterling (environ 3000 $CA), tests compris. Ils devront, en plus de présenter un test négatif effectué dans les 72 heures qui précèdent leur départ, être dépistés au deuxième et au huitième jour de la quarantaine.

Les contrevenants encourent des amendes allant de 1000 livres (1750 $CA) pour un test négatif manquant à l’arrivée jusqu’à 10 000 livres (17 000 $CA) pour ceux qui tentent d’échapper à la quarantaine à l’hôtel.

« Tout semble bien se passer ce matin », a assuré lundi le ministre de la Santé, Matt Hancock, sur Times Radio.

L’Allemagne scelle ses frontières, ailleurs dans le monde aussi

En revanche, la décision allemande de fermer en partie ses frontières avec la République tchèque et le Tyrol autrichien continuait de provoquer des tensions.

Paris « ne souhaite pas que l’Allemagne ferme complètement la frontière » avec la France, a déclaré lundi le secrétaire d’État français chargé des Affaires européennes, Clément Beaune. Berlin avait laissé entendre qu’il pourrait faire de même avec la France dans les prochains jours, en raison de la situation sanitaire dans le département français de la Moselle, où est constatée une progression du variant sud-africain.

En Amérique latine, le gouvernement péruvien était toujours au cœur d’un scandale avec la démission de ministres s’étant fait vacciner en toute discrétion avant les populations prioritaires. Après la démission vendredi de la ministre de la Santé, Pilar Mazzetti, c’était dimanche au tour de la ministre des Affaires étrangères, Elizabeth Astete, de quitter son poste en reconnaissant s’être fait vacciner contre la COVID-19 dès janvier. Sa démission a été aussitôt acceptée par le président par intérim Francisco Sagasti, qui s’est dit « furieux de cette situation, qui met en péril les efforts de nombreux Péruviens », dans une déclaration télévisée.

En Afrique, le Zimbabwe, pays à l’économie et au système de santé sinistrés, a reçu lundi un premier lot de 200 000 vaccins contre la COVID-19, un don du fabricant chinois Sinopharm.

Pour sa part, l’Organisation mondiale de la santé devait discuter lundi de la possibilité d’accorder au vaccin Oxford-AstraZeneca la validation d’urgence nécessaire pour sa distribution dans des pays pauvres qui manquent de vaccins. Après s’être réunis vendredi pour discuter de la version du vaccin produite en Corée du Sud, ces experts devaient examiner lundi la version produite en Inde par le Serum Institute. Leurs conclusions dans les deux cas sont attendues dans les prochains jours.

Un producteur de vaccins indien promet des doses au Canada d’ici moins d’un mois

Le plus grand fabricant de vaccins au monde, l’indien Institut Serum, a annoncé lundi qu’il livrerait des vaccins anti-COVID-19 au Canada « d’ici moins d’un mois », quelques jours après un appel téléphonique entre les dirigeants des deux pays à la suite d’un conflit diplomatique autour des manifestations d’agriculteurs.

Le directeur général de l’Institut Serum, Adar Poonawalla, a déclaré ne plus attendre que l’approbation réglementaire du Canada.  « Je vous assure, @SerumInstIndia va livrer #COVISHIELD au Canada dans moins d’un mois ; je suis dessus », a-t-il écrit sur Twitter. Covishield est le nom utilisé par l’Institut Serum pour désigner le vaccin développé par la firme britanno-suédoise AstraZeneca avec l’Université d’Oxford, qu’il produit en masse en Inde.

Le nombre de doses qui seront expédiées n’a pas été révélé, mais le journal Hindustan Times a évoqué dimanche une première livraison de 500 000 vaccins au Canada, où le gouvernement fait face aux critiques en raison de l’absence de capacités de production locales et de retards de livraisons depuis l’Europe.

Le premier ministre, Narendra Modi, a écrit mercredi sur Twitter que l’Inde  « ferait de son mieux pour faciliter l’approvisionnement en vaccins anti-COVID-19 » du Canada, après une conversation téléphonique avec son homologue, Justin Trudeau, à la suite de tensions diplomatiques entre les deux pays. Les déclarations de M. Trudeau au sujet des agriculteurs indiens, qui manifestent depuis novembre contre des réformes libéralisant les marchés agricoles, ont provoqué la colère du gouvernement indien.

En décembre, le dirigeant canadien avait diffusé sur Twitter une vidéo dans laquelle il qualifiait de « préoccupantes » les informations qui rendaient compte de heurts en Inde entre forces de l’ordre et agriculteurs. « Le Canada sera toujours là pour défendre les droits de la protestation pacifique », avait souligné M. Trudeau.


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