Schröder honore la résistance allemande contre Hitler

Des manifestants ont perturbé hier une cérémonie d’assermentation de recrues de l’armée allemande à Berlin.
Photo: Agence Reuters Des manifestants ont perturbé hier une cérémonie d’assermentation de recrues de l’armée allemande à Berlin.

Berlin — Le chancelier allemand Gerhard Schröder a honoré hier à Berlin la résistance allemande contre Adolf Hitler, à l'occasion du 60e anniversaire de l'attentat manqué contre le dictateur nazi le 20 juillet 1944, une date «annonciatrice d'une véritable Europe de valeurs communes», selon lui.

Il s'agit de «l'un des jours les plus importants de la nouvelle Histoire allemande, d'un noble, d'un énorme héritage», a déclaré le chancelier à l'occasion de la principale cérémonie commémorative de l'événement, «l'une des plus grandes tragédies du XXe siècle», selon la presse.

La «résistance au règne de la violence n'a pas commencé seulement en 1944» mais dès l'arrivée des nazis au pouvoir en 1933, a déclaré M. Schröder dans un discours prononcé dans la cour d'honneur du Bendlerblock, au ministère de la Défense, l'ancien Centre de commandement des armées du IIIe Reich à Berlin.

C'est à cet endroit même, il y a soixante ans, que le comte Claus Schenk von Stauffenberg, artisan de cette tentative d'assassinat, et trois autres conjurés furent exécutés le soir même de l'attentat, le plus spectaculaire auquel le Führer a échappé.

Stauffenberg avait déposé une bombe cachée dans un porte-documents dans la «Tanière du loup», le quartier général de Hitler, à Rastenburg en Prusse orientale, aujourd'hui en Pologne. Mais le porte-documents gênait un officier qui l'a déplacé avant que la bombe n'explose, épargnant Hitler qui s'en est sorti avec quelques égratignures.

«Je pense que le fait que les auteurs de l'attentat aient été prêts à sacrifier leur vie dans des conditions très difficiles souligne une nouvelle fois la grandeur humaine et politique de leur acte», a ajouté le chancelier social-démocrate, vêtu d'un costume sombre.

Gerhard Schröder a rendu un vibrant hommage aux conjurés, mais aussi à l'ensemble des résistants allemands au régime hitlérien, «sociaux-démocrates et intellectuels bourgeois, communistes et chrétiens» et «de nombreux particuliers».

Pour la première fois, la société allemande célèbre largement le putsch manqué des officiers, longtemps perçu, encore après l'écroulement du nazisme, comme un acte de trahison.

«Signes annonciateurs»

Parmi les personnalités civiles, politiques et militaires présentes à cette cérémonie empreinte de solennité, figuraient le président allemand Horst Koehler et, à son côté, la comtesse Freya von Moltke, 93 ans, veuve de Helmut James, fondateur et animateur du cercle de Kreisau, qui a joué un rôle dans la mise en relation des aristocrates militaires avec la résistance civile.

En référence à l'insurrection de Varsovie du 1er août 1944, Gerhard Schröder a estimé que l'Europe avait «de bonnes raisons de considérer et d'honorer ces deux dates — le 20 juillet 1944 et le 1er août 1944 — comme des signes annonciateurs d'une véritable Europe de valeurs communes».

Plusieurs cérémonies ont eu lieu hier en l'Allemagne, où nombre d'autres événements — expositions, tables rondes, émissions télévisées — ont été organisés à l'occasion.

Dans la soirée, le chancelier a participé à une deuxième cérémonie aux côtés notamment du premier ministre néerlandais Jan Peter Balkenende, président en exercice de l'Union européenne.

L'attentat contre Hitler «a été un événement significatif sur la voie de la coopération et de l'intégration européennes», a dit M. Balkenende, qui a rappelé l'importance des échanges entre résistants néerlandais et allemands sous le nazisme.

Cinq cents nouvelles recrues de l'armée allemande devaient prêter serment au Bendlerblock, un rituel annuel destiné à symboliser le fait que l'obéissance aux ordres a ses limites. Une manifestation de pacifistes contre cette prestation de serment a rassemblé quelques centaines de personnes.