Halliburton aurait transigé avec l'Iran

Washington — Le groupe de services pétroliers Halliburton est visé par une nouvelle enquête fédérale sur de présumées activités illégales en Iran, mettant une fois de plus sous le feu des projecteurs l'entreprise longtemps dirigée par le vice-président américain Dick Cheney.

Cette enquête tombe mal pour le tandem Bush-Cheney, en position difficile dans les sondages à quinze semaines de l'élection présidentielle.

Alors que le président américain vient de sous-entendre que Téhéran aurait pu prêter assistance à des terroristes du 11 septembre, son colistier risque d'être éclaboussé par une enquête le soupçonnant de commerce illégal avec ce régime, qui fait toujours partie de l'«axe du mal».

Lundi soir, Halliburton a lui-même annoncé être visé par une enquête du département américain de la Justice (DoJ) concernant une filiale enregistrée aux îles Caïman qui aurait violé les restrictions imposées aux sociétés et ressortissants américains sur les transactions avec l'Iran.

«Nous avons une filiale aux Caïman pour des opérations en Iran, et d'autres filiales européennes qui manufacturent des produits destinés à l'Iran ou vendent des services en Iran», a reconnu Margaret Carriere, vice-présidente de Halliburton, dans un document déposé aux autorités boursières. Elle a précisé que le groupe texan avait reçu une assignation pour fournir à un grand jury fédéral des documents sur la nature de ces activités, qui restait floue hier.

«C'est la troisième enquête importante sur divers problèmes auxquels l'entreprise est confrontée», ont souligné les analystes de l'agence de notation Standard and Poor's, alors que Halliburton fait déjà l'objet d'enquêtes pour ses activités en Irak et au Nigeria.

L'équipe de campagne du candidat démocrate à la présidentielle John Kerry a sauté hier sur l'occasion pour fustiger de nouveau un groupe déjà vivement critiqué depuis un an, pour s'être vu attribuer dans des conditions douteuses par l'administration Bush de gros contrats pour reconstruire l'Irak.

«Halliburton fait l'objet d'une enquête criminelle qui pourrait déboucher sur des accusations majeures de haute trahison», a déclaré le sénateur démocrate Frank Lautenberg au cours d'une conférence de presse.

Il a indiqué que des soupçons d'activités illégales avec l'Iran concerneraient les années 1997 et 1998, quand Dick Cheney était le p.-d.g. de Halliburton (1995-2000).

Le fait que le département du Trésor, initialement chargé de l'enquête en 2001, ait transmis le dossier au DoJ est lourd de sens, selon le sénateur. «Ils ne font cela que lorsqu'ils ont des raisons de croire que des activités criminelles ont été engagées», a insisté M. Lautenberg.

Il restera à trancher la question de savoir si, comme l'affirme Halliburton, la loi sur les sanctions contre l'Iran permet de confier à une filiale enregistrée à l'étranger des activités interdites depuis le sol américain. Selon des experts juridiques, de telles filiales peuvent apparemment contourner le régime des sanctions, si elles ne sont pas directement dirigées par des Américains ou depuis le territoire des États-Unis.

Interrogé à Washington sur cette question, le ministre américain adjoint de la Justice, James Comey, a botté en touche. «Je ne connais pas la réponse à cela, vous devriez demander à un juriste... Je suis juriste, mais je ne connais pas la réponse», a-t-il ajouté, refusant de commenter l'enquête en cours.

Lundi, George W. Bush a déclaré que les États-Unis examinaient la possibilité que l'Iran ait été impliqué dans les attentats du 11 septembre 2001, tout en précisant qu'il n'y avait pas à ce jour d'éléments à charge contre Téhéran.