Affaire Kazemi - L'Iran censure les médias qui couvrent le procès

Téhéran — Des journalistes affirment qu'un procureur appartenant à la faction des conservateurs en Iran a ordonné aux journaux iraniens de censurer des parties du procès d'un agent des renseignements accusé du meurtre de la photojournaliste montréalaise Zahra Kazemi.

Plusieurs journalistes iraniens se sont plaints hier, au porte-parole des réformistes au sein du gouvernement iranien, de ce que le procureur de Téhéran, Saeed Mortazavi, leur ait téléphoné, à leur bureau, pour leur enjoindre de ne rien publier sur les parties du procès où des allégations contre les tenants de la ligne dure ont été formulées. La justice iranienne a mis fin abruptement aux audiences, dimanche.

Selon un journaliste, M. Mortazavi l'a appelé dimanche pour lui dire qu'il était «dans son intérêt» de considérer le procès terminé et d'éviter de publier des choses qu'il ne devrait pas publier.

Conservateurs irrités

Les conservateurs iraniens ont été irrités quand une équipe d'avocats représentant la mère de la journaliste a accusé un dirigeant de la prison, Mohammed Bakhchi, d'avoir infligé le coup fatal à la journaliste, morte en détention, et a accusé le système judiciaire, soutenu par les conservateurs, de l'avoir détenue illégalement.

La plupart des journaux iraniens n'ont pas publié ces accusations.

Le porte-parole réformiste, Abdollah Ramezanzadeh, a déclaré que toute restriction aux libertés est anticonstitutionnelle. La veille, la justice avait ordonné la fermeture de deux journaux.

L'agent accusé d'avoir tué Mme Kazemi, Mohammed Reza Aghdam Ahmadi, a plaidé non coupable, samedi.

Après avoir d'abord empêché les observateurs étrangers d'assister au procès, la justice iranienne avait laissé entrer l'ambassadeur canadien, Philip MacKinnon, et d'autres diplomates, mais ceux-ci devaient se voir refuser l'accès aux audiences, dimanche.

Ottawa a rappelé son ambassadeur en Iran en guise de protestation.

Shirin Ebadi, la Prix Nobel de la paix qui dirige l'équipe d'avocats de la mère de la victime, a quitté la salle d'audience, a dénoncé le procès et a menacé de saisir les instances internationales de cette affaire.

Un autre membre de l'équipe de Mme Ebadi a déclaré qu'il était possible que Saeed Mortazavi lui-même soit un suspect du meurtre.

Le gouvernement canadien a également évoqué la possible implication de M. Mortazavi, et des réformateurs ont accusé ce dernier de vouloir cacher les faits. L'acte d'accusation, qui innocentait Mohammed Bakhchi et impliquait Ahmadi dans le meurtre, a été préparé par le bureau du procureur de Téhéran, associé aux conservateurs.

Zahra Kazemi, une journaliste à la pige canadienne d'origine iranienne, est morte le 10 juillet 2003 en détention, des suites de graves lésions à la tête, après avoir été interpellée pour avoir pris des photographies devant une prison de Téhéran, au cours de manifestations étudiantes contre le gouvernement.