L'Iran est toujours dans le collimateur américain

Washington — Les États-Unis examinent si l'Iran est impliqué dans les attentats meurtriers du 11 septembre 2001, a déclaré hier le président américain George W. Bush, en précisant qu'il n'y avait pas à ce jour d'éléments à charge contre Téhéran.

Réagissant à des informations de presse au sujet des conclusions d'un rapport d'une commission d'enquête sur les attentats attendu jeudi, il est resté prudent à l'égard de ce pays catalogué depuis 2002 dans un «axe du mal».

«Nous examinons les faits pour déterminer s'il existe un lien direct entre le 11 septembre» 2001 et l'Iran, a dit George W. Bush à la Maison-Blanche. Le directeur par intérim de l'agence centrale de renseignement (CIA), John McLaughlin, «a dit qu'il n'existait pas de lien direct entre l'Iran et les attaques du 11 septembre. Nous allons continuer à examiner et voir si les Iraniens étaient impliqués», a-t-il ajouté.

Dimanche, John McLaughlin avait déclaré que «huit des terroristes» impliqués dans les attentats «ont pu passer par l'Iran à un moment donné». Il avait pris soin de préciser que les États-Unis n'avaient «aucune indication d'un appui officiel du gouvernement iranien à ces activités». L'Iran n'a pas démenti l'assertion américaine. Téhéran a toutefois souligné n'avoir joué aucun rôle direct dans la présence éventuelle de terroristes sur son sol avant les attaques en 2001.

«Nous avons de très longues frontières et il est impossible de les contrôler totalement. Il est naturel que cinq ou six personnes aient pu les traverser illégalement sans que nous ayons pu les voir», a récemment déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Hamid Reza Assefi.

Pour la commission d'enquête indépendante américaine sur les attentats du 11 septembre 2001, le rôle de l'Iran ne serait pas aussi passif que l'affirment la CIA et Téhéran. Selon les magazines Time et Newsweek, son rapport accuse l'Iran d'avoir fourni de l'aide à des terroristes d'al-Qaïda impliqués dans les attentats.

Accusé par les États-Unis de donner asile à des combattants d'al-Qaïda ayant fui l'Afghanistan, l'Iran avait reconnu en 2003 détenir dans ses prisons des membres importants de l'organisation d'Oussama ben Laden. George W. Bush a une nouvelle fois réclamé hier que ces individus soient remis à leur pays d'origine.

Téhéran est régulièrement mis en accusation et soupçonné de vouloir développer un programme d'armes nucléaires. Hier, George W. Bush a de nouveau exigé que l'Iran «démantèle» ce programme.

Les États-Unis devraient pourtant s'orienter vers une politique de «dialogue actif» et «d'engagement» avec l'Iran, plutôt que d'attendre un hypothétique effondrement du régime islamique, selon un rapport publié hier par un institut américain indépendant de politique étrangère.

«Le caractère pressant des inquiétudes concernant les politiques suivies par l'Iran rend nécessaire que les États-Unis traitent avec le régime actuel plutôt que d'attendre qu'il tombe», dit ce rapport d'un groupe de travail du Council on Foreign Relations (CFR). «La République islamique semble solidement installée et le pays n'est pas à la veille d'un soulèvement révolutionnaire», ajoute ce document réalisé sous la direction de Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller pour la sécurité nationale du président Jimmy Carter lors de la révolution iranienne.

Il est dans l'intérêt des États-Unis, précise le texte, d'avoir une politique «d'engagement sélectif» avec le régime iranien sur les grands sujets de préoccupation américains: terrorisme, stabilité régionale, armes de destruction massive, etc.