Attentat contre un poste de police de Bagdad

Bagdad — Neuf personnes ont été tuées et 62 blessées dans un attentat suicide commis hier contre un poste de police de Bagdad, le jour même où le premier ministre Iyad Allaoui a entamé une tournée destinée à obtenir l'aide des voisins arabes pour la stabilisation de son pays.

Au même moment, les Philippines ont achevé le retrait de leur petit contingent d'Irak en application d'une décision, contestée par Washington et Bagdad, de Manille qui espère par là obtenir la libération d'un otage philippin présentement aux mains d'un groupe islamiste.

L'otage égyptien, Sayed Mohammed Sayed al-Gharbaoui, a quant à lui été

libéré.

«Il est avec moi et nous allons maintenant à l'ambassade», a dit à l'AFP un diplomate égyptien à Bagdad, Mohammed Mamdouh Kotb.

Hauts fonctionnaires ciblés

À Bassora, dans le sud, un hélicoptère britannique Puma s'est écrasé accidentellement, tuant un soldat de l'armée de l'air et en blessant deux autres.

Dimanche soir, l'un des directeurs généraux du ministère de la Défense a été abattu par des inconnus à Bagdad. Il vient s'ajouter à la longue liste de hauts fonctionnaires tués depuis la formation du gouvernement Allaoui, le 1er juin.

L'attentat a emprunté des caractéristiques communes à nombre de récents faits sanglants: une charge explosive très puissante placée dans un véhicule conduit par un kamikaze, un commissariat de police visé, des civils touchés.

Il est 8h20 (heure locale) quand le kamikaze fait détoner son camion-citerne piégé sous un hangar servant à entretenir les véhicules de policiers, derrière le commissariat du quartier de Saydia, dans la banlieue al-Ilaam du sud de la capitale. Le hangar est soufflé, mais pas le poste de police.

La déflagration a creusé un profond cratère de plusieurs mètres de diamètre entre le stationnement des policiers et une installation servant à laver les véhicules de police. Cette dernière, faite d'une structure métallique, a littéralement explosé, envoyant partout des morceaux de métal.

Peu après l'explosion, des carcasses de voitures calcinées remplissaient l'endroit, situé entre une zone résidentielle et une zone industrielle.

Slogans

«Une voiture piégée a explosé dans le stationnement», a indiqué un colonel de police, Abbas Nasser. «Il s'agit d'un petit camion-citerne, mais on ne sait pas s'il était chargé ou non de carburant», a dit un autre policier, alors qu'un troisième, Haitham Salmane, dit avoir vu ce véhicule, «avec une personne au volant, foncer sur le stationnement avant d'exploser».

À l'hôpital Yarmouk, où les victimes ont été transportées, des policiers ont tiré en l'air pour empêcher certains membres des familles d'entrer. Sur le lieu de l'attentat, la scène s'est répétée, des gardes nationaux tirant des rafales en l'air pour disperser des manifestants qui criaient des slogans favorables au président déchu Saddam Hussein et accusaient l'armée américaine de l'attaque.

À Amman, où il a entamé une tournée arabe, sa première à l'étranger depuis sa nomination, M. Allaoui a reçu le soutien du roi Abdallah II de Jordanie, qui a appelé la communauté internationale à aider l'Irak à juguler la violence.

L'Irak a par ailleurs annoncé hier la nomination de 43 ambassadeurs à l'étranger. Les 43 diplomates, dont les noms ont été révélés pendant une conférence de presse du chef de la diplomatie, Hoshyar Zebari, seront appelé à représenter l'Irak en Europe, dans les pays arabes et dans certains pays d'Asie.

M. Zebari a souhaité un retour rapide des Nations unies, l'estimant nécessaire à la réussite du processus politique dans le pays. «Le gouvernement irakien veut absolument tenir aux dates prévues la conférence nationale et les élections, mais ce processus nécessite un rôle actif de l'ONU», a-t-il déclaré.

La conférence nationale, avec la participation d'un millier de personnalités issues de tous les horizons politiques, est prévue le 20 juillet et doit aboutir, le 31 du mois, à la formation d'un conseil national consultatif.