Référendum sur la gestion du gaz en Bolivie - Le président Mesa obtient son oui

La Paz — Les Boliviens ont soutenu majoritairement hier les propositions du gouvernement lors d'un référendum sur le gaz qui ouvre la voie à un renforcement du rôle de l'État et à une hausse des prélèvements publics sur la seule richesse dont dispose le pays, selon des projections et premiers résultats partiels.

Le président Carlos Mesa et l'Organisation des États américains se sont réjouis du calme qui a caractérisé la journée, alors que des syndicats ouvriers et de paysans radicaux avaient appelé à boycotter le vote, à ériger des barrages ou à brûler des urnes. Ils rejetaient le référendum, estimant qu'il fallait exproprier les multinationales (dont Petrobras, British Gaz, Total et Repsol-YPF) qui gèrent les plus gros gisements depuis 1997.

De premiers résultats très partiels de la Cour nationale électorale ont confirmé des projections de la chaîne de télévision ATB, montrant que le oui l'a emporté largement pour les cinq questions du référendum (avec une moyenne de 75 % de suffrages favorables sur 1,2% des bulletins dépouillés).

Selon des projections régulièrement actualisées d'ATB, la population a voté à 87,3 % pour l'abrogation de la loi sur les hydrocabures en vigueur depuis 1997 qui donnait tout pouvoir aux compagnies étrangères détenant des concessions (exploitation, transport, tarifs, exportation). Ils ont aussi approuvé à 92,4 % le principe d'une récupération par l'État bolivien de la propriété des hydrocarbures en «sortie de puits» (au moment où ils sont mesurés) ce qui permettra à l'État, sur la base d'une loi encore à définir, d'influencer la politique tarifaire, la commercialisation ainsi que la manière dont le gaz est exporté.

Ce sujet est ultra-sensible parce que le président Gonzalo Sanchez de Lozada, prédécesseur de M. Mesa, avait dû démissionner en octobre 2003 à la suite d'une insurrection populaire, provoquée notamment par un projet d'exportation de gaz via le Chili — ennemi historique de la Bolivie en raison d'un différend territorial. Pour Evo Morales, puissant leader des cultivateurs de feuilles de coca du Chaparé qui soutenait le référendum, cela «signifie que le gouvernement et le Congrès doivent réviser les contrats avec les compagnies pétrolières [étrangères], annuler ceux qui violent la constitution et avancer vers une récupération totale [du secteur] des hydrocarbures».Le gaz est la principale richesse du plus pauvre pays d'Amérique latine, puisque s'y trouve la deuxième plus grande réserve de la région (54,9 trillions de pieds cubes — soit environ 1550 milliards de mètres cubes) après celle du Venezuela.