Référendum pour la gestion future des hydrocarbures en Bolivie - Le scrutin est tenu dans «une tranquillité absolue»

La Paz — Des millions d'électeurs ont voté hier en Bolivie, lors d'un référendum crucial pour la gestion future des hydrocarbures, seule richesse de ce pays très pauvre, ayant aussi valeur de test politique pour le président Carlos Mesa, nommé au pied levé après une insurrection contre son prédécesseur.

Le scrutin s'est déroulé dans le calme, en dépit d'un appel au boycott lancé par certains syndicats ouvriers et paysans exigeant l'expropriation des multinationales étrangères qui contrôlent les plus gros gisements depuis 1997. «Aucun des nuages noirs et des tourmentes annoncés ne sont venus freiner l'élan démocratique d'une nation entière», a commenté M. Mesa, qui a menacé de démissionner si le «non» l'emporte.

Carlos Mesa avait promis ce référendum le 17 octobre 2003, après avoir été désigné à la tête de l'État à la suite d'une grave rébellion liée au dossier gazier et réprimée dans le sang (80 morts) par son prédécesseur, Gonzalo Sanchez de Lozada, contraint ensuite à la démission.

À l'exception de quelques incidents survenus à El Alto, en banlieue de La Paz, le vote s'est déroulé dans «une tranquillité absolue», selon le ministre de l'Intérieur, Alfonso Ferrufino. M. Mesa a même été applaudi à El Alto, épicentre de l'insurrection en 2003.

Le gaz est la principale richesse du plus pauvre pays d'Amérique latine, puisque s'y trouve la deuxième réserve de la région (54,9 trillions de pieds cubes), après celle du Venezuela.

Le référendum demandait aux Boliviens d'abroger la loi sur les hydrocarbures adoptée en 1997 sous la présidence de M. Sanchez de Lozada, qui a accordé aux sociétés exploitant des gisements tous les droits les concernant (distribution, commercialisation, exportation). Si, comme les derniers sondages le prévoient, le oui l'emporte, l'État bolivien récupérera la propriété des hydrocarbures en sortie de puits, c'est-à-dire au moment de leur extraction.

Cela permettrait au gouvernement, sur la base d'une nouvelle loi encore à définir, d'avoir une influence sur la politique tarifaire, la distribution et surtout l'exportation du gaz.

Le gouvernement de M. Sanchez de Lozada était tombé notamment parce qu'il favorisait un projet privé d'exportation du gaz via le Chili, considéré comme un pays «ennemi» en raison d'un différend territorial.

M. Mesa a présenté le référendum comme une «nationalisation», mais il a exclu d'annuler les concessions accordées à une vingtaine de multinationales, qu'il faudrait sinon indemniser à hauteur des investissements réalisés: entre trois et cinq milliards de dollars, soit 60 % du PIB bolivien.