Affaire Jenkins - L'ex-GI est hospitalisé d'urgence au Japon

Tokyo — Charles Jenkins, un ancien sergent américain accusé de désertion en Corée du Nord il y a 40 ans et marié à une Japonaise, a été hospitalisé d'urgence hier à Tokyo, malgré le risque d'être livré ultérieurement aux États-Unis.

Jenkins, 64 ans, son épouse japonaise, Hitomi Soga, et leurs deux filles, Mika, 21 ans, et Belinda, 18 ans, ont débarqué en fin d'après-midi d'un Boeing-777 de Japan Airlines (JAL), affrété par le gouvernement nippon, en provenance de Jakarta.

L'ancien GI, qui a passé près de quatre décennies dans le pays communiste, un des plus isolés du monde, est apparu affaibli, marchant lentement avec difficulté à l'aide d'une canne et soutenu par son épouse. L'arrivée de la famille Jenkins a été retransmise en direct par les télévisions locales, tant sa saga tient les Japonais en haleine depuis des années.

L'Américain a été immédiatement transféré dans un grand hôpital de la capitale japonaise. Les autorités ont demandé à la presse de ne pas dévoiler le nom de l'établissement afin de «respecter la vie privée» de la famille.

Selon le gouvernement de Tokyo, l'état de santé de Jenkins est très préoccupant. Il souffre de problèmes postopératoires à la suite d'une intervention chirurgicale à l'estomac subie en avril à Pyongyang. D'après la presse, il aurait un cancer de la prostate.

«Pour le moment, nous offrirons toute l'assistance nécessaire pour aider M. Jenkins à se concentrer sur son traitement», a déclaré le porte-parole du gouvernement, Hiroyuki Hosoda, en soulignant qu'il s'agissait d'«une mesure humanitaire d'urgence».

Toutefois, aux yeux de Washington, Jenkins est «un déserteur de l'armée américaine» qui fait face à «des accusations extrêmement graves». Il a notamment tourné dans des films de propagande nord-coréens.

L'ambassadeur des États-Unis au Japon a néanmoins laissé entendre que Washington allait surseoir à la demande que Jenkins lui soit livré après son arrivée à Tokyo, en raison de son état de santé.

«J'ai fait savoir au ministre des Affaires étrangères [Yoriko] Kawaguchi que le gouvernement américain a de la compassion pour son état de santé et que la condition médicale du sergent Jenkins pourrait retarder notre demande de transfert sous garde américaine», a assuré l'ambassadeur Howard Baker dans un communiqué.

«Il n'y a aucun plan pour que des responsables américains voient Jenkins dans un avenir immédiat», a ajouté M. Baker, en affirmant que Washington «a le droit de réclamer sa garde et le fera au moment approprié».

Le gouvernement japonais avait averti qu'il ferait venir l'ex-soldat américain pour le faire soigner sur-le-champ, quelle que soit l'attitude des États-Unis. Au risque de déclencher une crise diplomatique entre Tokyo et Washington, pourtant très proches notamment sur les dossiers irakien et nord-coréen.

Jenkins a fait savoir qu'il voulait aller vivre définitivement au Japon avec sa femme et ses deux filles.

Sa femme, Hitomi Soga, avait été kidnappée en 1978 par des agents communistes nord-coréens et emmenée en Corée du Nord, où elle avait épousé Jenkins deux ans plus tard.