Amnesty accuse Khartoum de crimes contre l'humanité et de viols au Darfour

Londres — Amnesty International a accusé hier le gouvernement soudanais de crimes contre l'humanité et notamment de très nombreux viols de femmes dans la région du Darfour (ouest du Soudan), secoué par un conflit qui a fait environ 10 000 morts depuis février 2003.

Des réfugiés en provenance du Darfour font état d'«attaques illégales et systématiques» contre les civils menées par les forces armées soudanaises et les milices arabes soutenues par le gouvernement de Khartoum, affirme Amnesty dans un rapport de 35 pages intitulé «Le Viol comme arme de guerre dans le Darfour, au Soudan». L'organisation de défense des droits de l'homme s'inquiète particulièrement des viols à grande échelle, ainsi que d'autres formes de violence à caractère sexuel visant les femmes, comme les enlèvements, l'esclavage sexuel et la torture.

«La pire crise humanitaire actuelle a été directement provoquée par des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité dont la responsabilité incombe au gouvernement soudanais», accuse Amnesty, qui ajoute que les organisations humanitaires oeuvrant dans la région ont tiré la sonnette d'alarme à propos de la grande famine frappant le Darfour.

Le conflit, qui a éclaté dans le Darfour en février 2003 entre une rébellion locale et les milices progouvernementales, a fait environ 10 000 morts, un million de déplacés ainsi que 100 000 réfugiés au Tchad.

«Dans ces attaques, des hommes sont tués, des femmes sont violées et des villageois sont déplacés de force et leurs maisons sont brûlées; leurs récoltes et leur bétail, qui constituent leur principale source de subsistance, sont brûlés ou pillés», indique le rapport.

«Ces violations des droits de l'homme sont commises de manière systématique par les [milices], souvent en coordination avec l'aviation et les soldats soudanais, en toute impunité, et ont visé principalement les membres des ethnies four, masalit et zaghawa ainsi que d'autres groupes agropastoraux vivant dans le Darfour», déclare Amnesty.

L'organisation appelle en conséquence à la fin immédiate du conflit et à la comparution en justice des responsables de ces violations des droits de l'homme.

Amnesty indique que ses représentants n'ont pu se rendre dans des camps de réfugiés au Soudan, mais qu'ils se sont rendus dans trois camps situés dans le Tchad voisin, où ils ont pu collecter les noms de 250 femmes violées durant le conflit dans le Darfour, ainsi que des informations concernant d'autres viols, que l'organisation estime à 250 également.

Elle précise que «ces informations ont été collectées à partir de témoignages d'individus qui ne représentent qu'une petite partie des personnes déplacées par le conflit».

Le rapport «présente donc seulement une partie de la réalité de la violence faites aux femmes dans le contexte de la crise actuelle dans le Darfour», ajoute-t-elle.