Irak: le réseau al-Zarqaoui dans la mire des Américains

Bagdad — L'armée américaine a lancé hier, avec l'aval des autorités irakiennes, un raid aérien sur la ville rebelle sunnite de Fallouja visant le réseau du terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, qui aurait mis à prix la tête du premier ministre irakien, Iyad Allaoui. Le raid, effectué dans la nuit de samedi à hier, a fait quatorze morts et trois blessés, selon le ministère de la Santé irakien.

Cette «opération ciblée» visait sur plusieurs sites quelque 25 personnes soupçonnées d'être liées au réseau al-Zarqaoui, selon l'armée américaine.

Le premier ministre irakien a au préalable donné son feu vert à la Force multinationale pour frapper, à Fallouja, «des endroits où il y a des caches de terroristes», a indiqué un responsable du gouvernement, ce qui a été confirmé par le numéro deux du Département d'État américain, Richard Armitage.

«Le gouvernement souverain devait donner son aval», a dit M. Armitage.

Les États-Unis font de al-Zarqaoui, chef du groupe Tawhid wal jihad (Unification et guerre sainte), le principal suspect des attentats qui ensanglantent l'Irak et ont mis sa tête à prix pour 25 millions de dollars.

Des dizaines d'habitants ont organisé hier un sit-in pour exiger des compensations de l'armée américaine pour la destruction de leurs biens.

Le roi Abdallah II de Jordanie a pour sa part estimé hier qu'il fallait «poursuivre» les terroristes, mais il a réclamé de la «prudence» avant de bombarder des immeubles où peuvent se trouver des civils, en commentant sur CNN le raid de Fallouja.

La tête d'Allaoui mise à prix

Un site islamiste a publié un communiqué attribué au groupe d'al-Zarqaoui offrant une récompense de 200 000 dinars jordaniens (285 000 dollars) pour la tête d'Iyad Allaoui. Le terroriste jordanien a déjà menacé de mort, à plusieurs reprises, le premier ministre irakien.

L'armée américaine a par ailleurs annoncé avoir arrêté vendredi, près de Tikrit, à 180 km au nord de Bagdad, un ancien général de la Garde républicaine, corps d'élite de Saddam Hussein. Soufiane Maher Hassan est «soupçonné d'avoir préparé et financé des attaques contre le peuple irakien, les forces de sécurité irakiennes et la Force multinationale».

Par ailleurs, au nom de la «liberté de la presse» et de «la marche vers la liberté, la démocratie, la sécurité et la prospérité», le premier ministre a levé hier la suspension de l'hebdomadaire Al-Hawza al-Natiqa, du chef radical chiite Moqtada al-Sadr, fermé en mars par l'ex-administrateur américain Paul Bremer.

«Nous estimons que cela pourrait ouvrir la voie à d'autres décisions justes susceptibles de conduire à une solution globale», a estimé un des lieutenants de Moqtada al-Sadr à Najaf, le cheikh Ali al-Soumeisim, espérant la suspension du mandat d'arrêt lancé contre le chef chiite.

Sur le terrain, le premier ministre polonais Marek Belka a rendu visite aux militaires polonais stationnés à Hilla (Babylone, 100 km au sud de Bagdad). M. Belka a répété qu'à la prochaine relève le nombre de soldats polonais serait «beaucoup moins important» que les 2500 actuellement déployés.

Manille a de son côté annoncé que les derniers éléments de son contingent de 51 hommes déployé depuis septembre 2003 quitteraient l'Irak aujourd'hui. Les Philippines entendent ainsi obtenir la libération d'un chauffeur philippin, père de huit enfants, que ses ravisseurs menaçaient de décapiter. Selon une source gouvernementale à Manille, les ravisseurs d'Angelo de la Cruz, 46 ans, seraient prêts à le libérer avant la fin juillet en cas de retrait rapide du contingent.

Enfin, en Grande-Bretagne, le Sunday Telegraph a affirmé hier que le rapport Butler fustigeant les erreurs des services secrets britanniques sur l'arsenal irakien présumé a été édulcoré juste avant sa publication, mercredi, pour protéger le premier ministre Tony Blair.