Clinton ne croit pas au bouclier antimissile

Paris — Bill Clinton ne croit pas que le bouclier antimissile américain, sous lequel le Canada envisage de se mettre à l'abri, soit la meilleure façon de dépenser les fonds publics.

Venu faire à Paris la promotion de ses mémoires en français, l'ex-président américain s'est montré plutôt sceptique lorsqu'on lui a demandé hier de commenter la décision (apparemment acquise) du premier ministre Paul Martin de s'associer au projet de George W. Bush. «Si ça marche, il vaut mieux qu'un grand nombre de pays en soit, a d'abord reconnu l'ex-président, entre deux gorgées de Coca-Cola. Ça ne pourra fonctionner de façon efficace, selon moi, que si cette technologie est mise à la disposition du plus grand nombre de pays possible.»

M. Clinton n'y croit guère toutefois et s'empresse d'ajouter que c'est une «hypothèse audacieuse» que de penser que ce dispositif de 100 milliards de dollars fonctionnera.

«Je ne suis pas sûr du tout que cela soit la meilleure façon de dépenser les deniers publics», a-t-il dit au cours d'une rencontre avec un petit groupe de journalistes dans un chic hôtel parisien.

Capable de stopper une douzaine de missiles, ce bouclier ne modifiera pas l'équilibre stratégique entre les États-Unis, la Russie et l'Europe, a noté M. Clinton. Il risque cependant, selon lui, d'amener la Chine, puis l'Inde et ensuite le Pakistan «à augmenter de façon substantielle leur arsenal nucléaire».

«Est-ce que le monde sera vraiment un endroit plus sûr si on a un bouclier antimissile, alors que des pays ont assez d'armes nucléaires pour le traverser? s'est interrogé l'ancien président. Et même si ça marche, est-ce que ça fonctionnera contre le terrorisme et les États voyous? Est-ce que ça justifie le risque de voir la Chine, l'Inde et le Pakistan s'armer davantage?»

Jean Chrétien

Dans Ma vie, un pavé de près de 1000 pages, l'ex-président ne consacre que quelques lignes au Canada, le temps de rendre hommage à Jean Chrétien, qu'il décrit comme «un de ses meilleurs amis», un «allié solide» et un «confident».

Interrogé par la Presse canadienne, M. Clinton a estimé que la position de son «partenaire de golf» au moment du déclenchement de la guerre en Irak était justifiée. «Je pense que Jean Chrétien était tout à fait en droit de prendre une telle position», a estimé M. Clinton, hier à Paris, en évoquant la décision de l'ex-premier ministre de ne pas engager les troupes canadiennes dans l'offensive américaine contre Bagdad.

Selon l'ancien locataire de la Maison-Blanche, M. Chrétien «a fait ce qu'il estimait être juste». «Il pensait sûrement que c'était la bonne position à prendre pour le Canada et je ne crois pas que cela ait porté préjudice aux relations entre les États-Unis et le Canada», a-t-il ajouté.

Irak

L'ex-président a d'ailleurs souligné que sa position sur la guerre en Irak était très «proche» de celle de M. Chrétien. «Sa position était que le Canada pourrait soutenir les États-Unis mais qu'il ne souhaitait pas attaquer l'Irak sans l'autorisation des Nations unies», a rappelé M. Clinton, qui tenait lui aussi à laisser le chef des inspecteurs Hans Blix aller au bout de sa mission.

Déjà vendues à plus d'un million d'exemplaires aux États-Unis, les mémoires de Bill Clinton sont publiées en français par la maison d'édition Odile Jacob.

Au Québec, le livre est sorti la semaine dernière. Dimédia, le diffuseur d'Odile Jacob, miserait, dit-on, sur des ventes de 25 000 exemplaires dans la province.

En France, la parution de l'ouvrage (l'éditeur parle d'une mise en place de 160 000 exemplaires) a été accompagnée d'un important battage promotionnel.

L'ex-président a été interviewé par l'animateur-vedette Michel Drucker. Il était jeudi soir l'invité du gros journal télévisé de TF1 et faisait la une du Figaro hier matin. «L'Amérique unilatérale n'a pas d'avenir», a déclaré au quotidien M. Clinton.