Portrait des États-Unis en république bananière

L’empathie était tout sauf unanime après le chaos au Capitole. Il a pour certains pays été l’occasion de prendre une revanche sur les États-Unis, avec un ton parfois condescendant, ou parfois franchement narquois.
Photo: Alex Edelman Agence France-Presse L’empathie était tout sauf unanime après le chaos au Capitole. Il a pour certains pays été l’occasion de prendre une revanche sur les États-Unis, avec un ton parfois condescendant, ou parfois franchement narquois.

Le donneur de leçons s’en fait servir toute une. Les ennemis des États-Unis ne se privent évidemment pas de faire des gorges chaudes des images de Washington sombrant dans le chaos. Les pays amis ne sont pas en reste avec leurs réactions entremêlant la surprise et la désolation.

Le Capitole de Washington a été pris d’assaut pendant des heures par une foule de manifestants pro-Trump venue mercredi perturber le vote de confirmation de la victoire de Joe Bien et Kamala Harris aux élections du 3 novembre. L’attaque contre « forteresse de la démocratie américaine », envahie et en partie saccagée, a fait quatre morts. L’impression que les États-Unis donnent au monde l’image d’une république bananière a été évoquée après coup par le représentant républicain Mike Gallagher et par au moins deux sénateurs mercredi soir à la reprise des travaux après la journée folle.

La réputation enténébrée de la république américaine depuis les interminables guerres au Proche-Orient, le mépris des institutions internationales, le racisme et les inégalités systémiques, la gestion catastrophique de la pandémie et la présidence chaotique de Donald Trump s’en trouve noircie encore un peu plus. Le pays, qui se conçoit souvent comme « une ville qui brille sur la colline », guidant l’humanité en marche vers le bonheur, fournit plutôt et plus que jamais l’exemple à ne pas suivre pour les « démocratures » et même les pays démocratiques qui se multiplient. Les premiers ajoutent en plus des comparaisons tordues pour en remettre.

Chine. Des porte-parole officiels du gouvernement comme des commentateurs médiatiques accusent Washington d’hypocrisie en proposant que d’un côté les États-Unis critiquent la répression des mouvements populaires à Hong Kong alors que d’un autre côté, le centre du pouvoir américain subirait des attaques jugées similaires en les réprimant davantage. « Face à une situation comme celle-ci, la police de Hong Kong a fait preuve d’une grande retenue et aucun manifestant n’est mort », a dit Hua Chunying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères de Chine. « Maintenant, les médias américains critiquent unanimement les partisans violents de Trump à Washington, affirmant que c’est un événement violent et que ces manifestants sont des extrémistes. Mais quelle description ont-ils utilisée pour décrire la manifestation de Hong Kong ? Ils ont parlé d’une belle image… » Le tabloïd nationaliste Global Times en rajoute en rappelant que Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a déjà qualifié de héros les manifestants de Hong Kong.

Iran. Le président de la République islamique, Hassan Rohani, affirme que les événements américains prouvent que « la démocratie occidentale est fragile et vulnérable ». Dans sa déclaration à la télévision d’État, il souhaite que les choses changent avec l’arrivée de Joe Biden comme président. « Un populiste est arrivé au pouvoir et il a provoqué un désastre dans son pays pendant ces quatre années, dit-il. J’espère que le monde entier et les prochains dirigeants à la Maison-Blanche en retiendront la leçon. »

Russie. « La démocratie américaine boite des deux pieds », écrit sur sa page Facebook Konstantin Kosatchev, président de la Commission des affaires étrangères du Sénat russe. Il dit aussi que « la fête de la démocratie est terminée » et que l’« Amérique ne montre plus la voie à suivre », qu’elle a même « perdu tout droit de le demander » ou de « l’imposer aux autres ». Il ajoute que le clan des manifestants et des partisans de M. Trump « a des raisons plus que suffisantes d’accuser le gagnant de falsifications ».

Europe. Les dirigeants des pays de l’Union européenne déplorent la situation américaine, qui pervertirait l’essence même de la vie démocratique. « Le président Trump n’a malheureusement pas concédé sa défaite depuis novembre, et ne l’a pas fait mercredi non plus, et cela a bien évidemment préparé l’atmosphère dans laquelle des événements, de tels événements violents, sont possibles », dit la chancelière allemande, Angela Merkel, dans une déclaration diffusée le jour des attaques contre le Capitole. Dans sa propre réaction relayée en anglais la nuit dernière, le président français, Emmanuel Macron, propose le même constat attristant : « Quand, dans une des plus vieilles démocraties du monde, des partisans d’un président sortant remettent en cause par les armes le résultat légitime d’une élection, c’est une idée universelle, celle d’“un homme, une voix”, qui est battue en brèche », dit-il.

Royaume-Uni. Le premier ministre Boris Johnson parle de « scènes disgracieuses ». Il ajoute qu’il est primordial que la passation des pouvoirs se poursuive de manière pacifique et ordonnée. La première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, qualifie la situation de « tout à fait horrible ».

Afrique. Le président du Zimbabwe Emmerson Mnangagwa a demandé la levée des sanctions contre son pays en considérant ce qui venait de se produire. « Les événements ont montré que les États-Unis n’ont pas le droit moral de punir une autre nation sous prétexte de défendre la démocratie », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux. Washgington impose depuis deux décennies des sanctions à une centaine de dirigeants du Zimbabwe, dont le président Mnangagwa, pour les répressions sanglantes des opposants. Le porte-parole de la présidence nigériane a tout simplement ironisé laconiquement sur Twitter en écrivant : « La beauté de la démocratie ? ».

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