Garder Julian Assange en prison est inhumain, selon la juriste Eva Joly

Une illustration montre Julian Assange (au centre) à la cour de Westminster, mercredi à Londres.
Illustration: Elizabeth Cook/PA via AP Une illustration montre Julian Assange (au centre) à la cour de Westminster, mercredi à Londres.

L’avocate française Eva Joly a critiqué mercredi la décision de la justice britannique de ne pas accorder une libération conditionnelle à Julian Assange, estimant que le geste fait peser désormais une menace importante sur la vie du lanceur d’alerte.

« C’est un traitement inhumain qui continue pour Julian Assange, a indiqué la juriste en entrevue au Devoir. Le risque suicidaire a été un argument pour rejeter la demande d’extradition aux États-Unis. Il aurait dû être aussi un motif valable à sa libération conditionnelle », a indiqué Mme Joly, qui a travaillé avec M. Assange en Islande en 2009 sur la création d’un paradis de l’information dans ce pays afin d’y protéger la pratique du journalisme d’enquête. Elle est devenue depuis une de ses fidèles alliés.

Mercredi, le tribunal britannique, qui, en début de semaine, a rejeté la demande d’extradition de Julian Assange vers les États-Unis, a refusé, dans la foulée, de lui accorder la libération sous caution que l’homme de 49 ans réclamait. La juge Vanessa Baraitser a justifié sa décision en invoquant « des motifs sérieux de croire que si M. Assange était libéré aujourd’hui, il ne se rendrait pas au tribunal pour faire face » aux procédures en cours. Elle a souligné également le fait que le lanceur d’alerte s’était illustré dans le passé pour avoir « bafoué » les ordonnances de la justice.

L’offre d’asile politique

Pour la représentante de l’accusation, Clair Dobbin, Julian Assange « se considère comme étant au-dessus des lois » et a les « ressources » nécessaires pour fuir. Elle a mis en avant l’offre d’asile politique formulée par le Mexique au début de la semaine, en marge de la décision de la justice sur son extradition.

« Je ne crois pas que l’on soit devant une analyse juridique sérieuse, a dit Eva Joly, mais plutôt devant une emprise des Américains sur le Parquet britannique. » Les États-Unis, qui souhaitent juger Assange pour les fuites d’informations secrètes orchestrées par son site WikiLeaks entre 2010 et 2011, ont annoncé vouloir porter en appel le refus de son extradition par la justice britannique. En le maintenant en détention, la juge dit faire preuve « d’équité », pour permettre aux « États-Unis de contester [sa] décision ».

« On peut craindre que le délai pour entendre cet appel soit long, a dit Mme Joly. Et aujourd’hui, tout ce que l’on peut espérer, c’est que Julian Assange ne mette pas fin à ses jours avant cette prochaine audience. »

Je ne crois pas que l’on soit devant une analyse juridique sérieuse, mais plutôt devant une emprise des Américains sur le Parquet britannique

 

Les conditions de détention de Julian Assange depuis 18 mois dans un pénitencier à haute sécurité de Londres ont été vivement dénoncées par le rapporteur de l’ONU sur la torture Nils Melzer. Lors de l’audience pour son extradition, un psychiatre a jugé « très élevés » les risques de suicide du lanceur d’alerte qui, avant son arrestation en 2019, a vécu sept ans reclus dans l’ambassade de l’Équateur à Londres. Pour la juge, la santé mentale de M. Assange est toutefois correctement prise en charge par les autorités pénitentiaires britanniques.

« Nous voulons que ça se termine, mais nous sommes sûrs que la justice prévaudra », a déclaré à la sortie du tribunal le rédacteur en chef de WikiLeaks, le journaliste islandais Kristinn Hrafnsson.

Déception

« C’est une immense déception », a dit la conjointe du lanceur d’alerte, l’avocate Stella Morris, avec qui Julian Assange a eu deux enfants. Elle a de nouveau appelé le département américain de la Justice à « abandonner les poursuites » contre son compagnon et le président des États-Unis, Donald Trump, à le « gracier ».

Photo: Yui Mok/PA via AP La conjointe de Julian Assange, Stella Morris, en mêlée de presse après que le lanceur d’alerte eut été exclu d’une libération conditionnelle, mercredi.

Julian Assange risque une peine pouvant atteindre 175 ans de prison aux États-Unis pour avoir diffusé entre 2010 et 2011 plus de 700 000 documents secrets révélant des activités militaires et diplomatiques américaines, notamment en Irak et en Afghanistan.

Pour Mme Joly, l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche suscite « l’espoir » que les procédures d’extradition puissent être suspendues.

Avec l’Agence France-Presse

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