La COVID-19 toujours en avance dans la course à l’immunité

La moyenne mondiale d’inoculation est de 0,17 dose par 100 habitants, selon les chiffres du site Our World in Data, de l’Université d’Oxford, qui fédèrent des données sanitaires de plusieurs pays.
Photo: Jean-Francois Badias Associated press La moyenne mondiale d’inoculation est de 0,17 dose par 100 habitants, selon les chiffres du site Our World in Data, de l’Université d’Oxford, qui fédèrent des données sanitaires de plusieurs pays.

Dans la course pour accroître l’immunité des populations à la COVID-19, le coronavirus semble toujours en avance dans plusieurs pays où les campagnes de vaccination amorcées en décembre dernier peinent toujours à prendre convenablement leur envol, indiquent les plus récentes données sur l’inoculation du vaccin à travers le monde.

Le Canada n’échappe d’ailleurs pas à des débuts timides, avec un niveau de vaccination certes légèrement plus élevé que la moyenne mondiale, mais encore très loin de ceux de pays comme Israël, largement en tête de file en matière de vaccination, Bahreïn ou le Royaume-Uni, où le vaccin semble se rendre plus facilement aux citoyens qu’ailleurs dans le monde.

« Quand une campagne de vaccination est lancée, ce n’est jamais une bonne chose de donner l’impression que cela ne fonctionne pas aussi bien que prévu, résume à l’autre bout du fil André Veillette, de l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et membre du groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19 du gouvernement du Canada. Cela peut avoir un effet négatif sur l’adhésion du public. Même si la campagne canadienne est sur une bonne voie, elle n’a pas encore trouvé la vitesse que tous espéraient. Mais la situation devrait rapidement s’améliorer. »

Le taux de vaccination est bas au Canada, non pas à cause de la réticence de la population devant le vaccin, mais à cause de la disponibilité du vaccin livré au compte-gouttes malgré les précommandes.

Au 4 janvier, le Canada n’était ni dans les meilleurs ni dans les pires, avec 0,32 dose de vaccin anti-COVID administré par 100 habitants, selon les chiffres du site Our World in Data, de l’Université d’Oxford, qui fédèrent des données sanitaires de plusieurs pays. C’est autant que la Chine et l’Allemagne, mais beaucoup moins qu’Israël, champion toutes catégories avec 14,14 doses par 100 habitants ou Bahreïn avec 3,62 doses.

Le Royaume-Uni et les États-Unis suivent à 1,38 dose, alors que la moyenne mondiale d’inoculation est de 0,17 dose par 100 habitants.

Efficacité israélienne

« La capacité de vaccination de masse en Israël est enracinée depuis longtemps dans un réseau extrêmement efficace de soins de santé », explique en entrevue au Devoir Jonathan Gershoni, professeur d’immunologie à l’Université de Tel-Aviv, pour expliquer cette disparité. Israël dispose d’un réseau médical socialisé mis en place en 1911, avant même la fondation légale du pays.

Plus d’un million de doses ont été achetées à ce jour par le gouvernement pour couvrir les besoins de 9 millions d’habitants, avec une ségrégation évidente toutefois : le vaccin n’est pas offert aux Palestiniens vivant dans les territoires de la Cisjordanie occupés par Israël.

« Pour le moment, 12 % de la population a reçu sa première injection grâce à l’efficacité et surtout l’engagement complet du personnel de ce réseau, ajoute M. Gershoni, un spécialiste de la COVID-19 en Israël, et ce, au rythme de 150 000 doses administrées par jour. Nous espérons pouvoir atteindre une couverture vaccinale de 60 % de la population d’ici Pâques et ainsi pouvoir passer ces fêtes en famille. »

En comparaison, le Canada a vacciné 120 000 personnes au pays depuis le 14 décembre dernier, dont 30 000 au Québec.

« Israël est habitué à gérer des situations de crise, dit André Veillette. C’est également un petit pays qui n’a pas les mêmes défis à relever que le Canada pour rejoindre sa population. » Actuellement, près de 300 000 doses de vaccins sont toujours dans les congélateurs du Canada, faute d’avoir atteint leur destinataire, les personnes âgées et à risque face au coronavirus.

« Le taux de vaccination est bas au Canada, non pas à cause de la réticence de la population devant le vaccin, mais à cause de la disponibilité du vaccin livré au compte-gouttes malgré les précommandes, dit Laurence Bernard, professeure en sciences infirmières de l’Université de Montréal. À cela s’ajoute aussi une structure vaccinale qui peine à se déployer [faute de personnel suffisant pour assurer l’inoculation du vaccin]. Le gouvernement tente de mobiliser l’ensemble des professionnels de la santé et même des étudiantes infirmières. Mais il y a encore des ratés. »

« Fiasco » français

La situation est toutefois moins mauvaise qu’en France où, au début de l’année, à peine 500 personnes ont été vaccinées contre la COVID-19, et ce, après un lancement en grande pompe de la campagne de vaccination. Le pays dispose pourtant de plus de 500 000 doses du vaccin de Pfizer, le seul autorisé là-bas pour le moment.

« La campagne vaccinale française n’est pas en retard par rapport à ce qui avait été prévu, assure en entrevue François Alla, professeur en santé publique à l’Université de Bordeaux. L’erreur a toutefois été de l’avoir devancée en décembre, pour faire comme les autres, alors qu’elle devait être lancée progressivement au début du mois de janvier. »

Selon lui, l’impression de ratage tient surtout d’une mauvaise communication, avec un lancement « symbolique » de la campagne française dans deux maisons de retraite à la fin de l’année dernière, qui a donné « un résultat ridicule, comparativement aux autres pays qui ont eu d’emblée une stratégie de vaccination de masse ». Lundi, la presse française osait même le mot « fiasco ».

 

Il note également que la France a décidé d’avancer avec prudence avec cette vaccination, dans un pays « où l’attitude anti-vaccin est une des plus élevées au monde », explique-t-il. « Les pouvoirs publics n’ont aucun droit à l’erreur s’ils ne veulent pas reproduire l’échec de la vaccination contre le H1N1. » 8 % de la population à peine avait été vaccinée.

« Les pays qui ont passé la plupart de leurs commandes pour le vaccin de Pfizer, qui a été approuvé le premier, s’en sortent le mieux pour le moment, commente David Wishart, professeur de biologie à l’Université de l’Alberta, joint à Calgary. C’est le cas d’Israël et du Royaume-Uni », où plus d’un million de personnes ont été vaccinées à ce jour. « Le Canada a passé la plupart de ses commandes pour le vaccin d’Astra-Zeneca, qui n’est toujours pas approuvé ici. » La France est également en attente de l’approbation d’un vaccin national qui pourrait amplifier sa campagne de vaccination, aux commencements timides.

Dans cette équation, les États-Unis, d’où provient pourtant en partie le vaccin de Pfizer, restent toutefois à part, avec une campagne de vaccination qui est loin d’avoir atteint les objectifs ciblés. 20 millions de personnes devaient avoir reçu la première dose à la fin décembre, avait claironné la Maison-Blanche. Début janvier, ils n’étaient que 4,5 millions à avoir reçu le vaccin.

 

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1 commentaire
  • Victor Silvestrin-Racine - Abonné 6 janvier 2021 10 h 34

    Vaccin pour les Palestiniens

    Ce sont les autorités palestiniennes qui sont responsables de l'administration du vaccin à sa population, pas le gouvernement israëlien....
    Parler de ségrégation ici est une faute de mauvais goût et je pèse mes mots.