La planète a été marquée par bien plus qu’une pandémie

Avec la chute d’Evo Morales, son tout premier président indigène, la Bolivie, laboratoire de la révolution socialiste, a sombré dans une crise sociale et politique complexe, que la pandémie a fait durer.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Avec la chute d’Evo Morales, son tout premier président indigène, la Bolivie, laboratoire de la révolution socialiste, a sombré dans une crise sociale et politique complexe, que la pandémie a fait durer.

Une pandémie de coronavirus qui a bouleversé le monde. Une élection présidentielle américaine qui a fait chuter Donald Trump. En 2020, deux grosses nouvelles auront fini par en éclipser bien d’autres, particulièrement sur la scène internationale. À l’heure des bilans, retour sur ces événements qui sont un peu trop restés dans l’ombre.

Bolivie : après un coup d’État, le retour du MAS au pouvoir

La chute d’Evo Morales, premier président indigène d’Amérique du Sud, en novembre 2019, avait attiré tous les regards, pas seulement en raison des irrégularités qu’il a induites dans le processus électoral, mais également à cause de l’étrange coup d’État opportuniste perpétré dans la foulée par l’extrême droite religieuse bolivienne.

La Bolivie, laboratoire de la révolution socialiste, a alors sombré dans une crise sociale et politique complexe, que la pandémie a fait durer. Le président déchu a été envoyé en exil en Argentine, et l’instabilité, tout comme l’incertitude, ont rythmé le quotidien bolivien, jusqu’au 18 octobre dernier, marqué par le retour au pouvoir, sans ambiguïté cette fois, du Mouvement vers le socialisme (MAS).

Dès le premier tour, Luis Arce, architecte du miracle économique bolivien dans les années Morales, a en effet remporté le scrutin présidentiel avec un résultat convaincant de 55,1 % des voix. Le modéré Carlos Mesa est arrivé deuxième, avec 28 %, alors que Luis Fernando Camacho, radical et populiste qui a été une des étincelles du coup d’État, n’est pas allé chercher plus de 14 % du vote.

Faits tout aussi notables, la vice-présidence est désormais entre les mains de David Choquehuanca, paysan aymara issu des hauts plateaux de la province d’Omasuyos et figure du mouvement d’affirmation des droits des indigènes qui a conduit en 2009 à la réécriture de la Constitution bolivienne. Le jeune dirigeant politique, Andronico Rodriguez, successeur naturel d’Evo Morales à la tête du MAS, a pour sa part été élu président du Sénat bolivien.

Les urnes n’ont donc pas confirmé une généralisation de l’indignation incarnée par la droite radicale et la présidente intérimaire Jeanine Áñez depuis un an à l’égard du MAS. Ni son esprit de revanche aux accents de racisme ciblant les indigènes. Les électeurs n’ont pas soutenu non plus les appels de la droite à un changement radical de cap au pays qui, après cette pause forcée, se prépare finalement à poursuivre sa révolution déjà en marche.

Le 11 décembre, la Bolivie a reconnu pour la première fois de son histoire une union civile entre deux personnes du même sexe, après avoir reconnu les droits des indigènes dans le passé, mais a également inscrit dans la Constitution le droit de la nature.

Exilé et ciblé par des poursuites judiciaires abusives par le gouvernement de transition, Evo Morales est finalement revenu en Bolivie sans entraves au début de mois de novembre. Il a repris la présidence du MAS, parti politique qu’il a fondé en 1997, mais également celle de la fédération des producteurs de coca de la région du Chiapare, où il s’est réinstallé.

Algérie : un projet de constitution décrié dans un climat de répression

C’est une claque au visage du Hirak, ce mouvement populaire qui, chaque vendredi depuis février 2019, a fait descendre des millions d’Algériens dans les rues, jusqu’à l’apparition d’une pandémie en mars dernier. Ils réclamaient la fin du régime militaire et l’instauration d’une véritable démocratie, moderne et ouverte sur le monde.

Le 10 septembre dernier, le nouveau parlement algérien a adopté un projet de révision de la Constitution du pays, qui vient élargir le pouvoir des militaires dans ce pays et qui est loin d’ouvrir la porte sur les réformes du système pourtant réclamées avec constance et ampleur par le peuple algérien depuis plus d’un an.

Pis, cette révision constitutionnelle, orchestrée dans un climat de répression, a été approuvée par voie référendaire, le 1er novembre dernier, et ce, avec un taux de participation d’à peine 23,7 %, soit un des plus faibles dans l’histoire récente du pays. Le « oui » l’a remporté avec 67 %.

 
Photo: Ryad Kramdi Agence France-Presse En septembre dernier, le journaliste Khaled Drareni, représentant de Reporters sans frontière (RSF) et correspondant pour la chaîne francophone TV5 Monde, a été condamné à deux ans de prison ferme.

L’Algérie espérait, depuis le départ d’Abdelaziz Bouteflika, l’an dernier, mettre son destin sur une autre trame narrative. L’élection d’Abelmadjid Tebboune, il y a un an, semble surtout faire revenir le pays en arrière avec l’emprisonnement de plusieurs figures importantes du Hirak, mais également de politiciens et de personnalités médiatiques.

En septembre dernier, le journaliste Khaled Drareni, représentant de Reporters sans frontière (RSF) et correspondant pour la chaîne francophone TV5 Monde, a été condamné à deux ans de prison ferme. Sa couverture du Hirak a été jugée comme une menace à la stabilité du pays. En substance.

Réminiscence du passé : le nouveau président a été forcé de quitter le pays en octobre dernier pour être hospitalisé en Allemagne. Il a contracté la COVID-19. Les informations sur l’état de santé du politicien de 75 ans sont toutefois rares et imprécises.

Le 13 décembre dernier, c’est d’ailleurs de ce pays européen qu’il a pris la parole pour la première fois en deux mois. Il a annoncé, sans plus de détails, son retour en Algérie. Le dirigeant est finalement arrivé dans son pays mardi 29 décembre. On se souviendra que les problèmes de santé de l’ancien président Bouteflika, dans la foulée d’un AVC survenu en 2013, l’avaient également éloigné des affaires de l’État pendant plusieurs mois et transformé au final en président fantomatique contre lequel les Algériens se sont levés en 2019 pour l’empêcher de briguer un nouveau mandat présidentiel.

L’absence de Tebboune au pays retarde de facto la promulgation de la nouvelle constitution, mais attise surtout l’indignation contre cette réforme non réclamée.

Hong Kong : l’autoritarisme de la Chine imposé 27 ans en avance

L’engagement de la Chine à maintenir les particularités politiques, législatives et sociales de Hong Kong jusqu’en 2047 a finalement été rompu en 2020, dans l’indifférence générale, avec l’adoption, à la fin du mois de juin, d’une sévère loi sur la sécurité nationale.

Imposée par Pékin sur ce territoire que le Royaume-Uni a rétrocédé à la Chine en 1997, après 99 ans d’occupation, mais aussi de développement économique et démocratique, cette loi vise à mater le mouvement prodémocratie qui a ébranlé la ville État l’an dernier. Elle a surtout fait entrer le territoire sous le régime autoritaire chinois, un régime où la dissidence et la parole dénonçant le pouvoir continental central sont désormais lourdement réprimées.

 
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse La nouvelle loi sur la sécurité nationale a entraîné à ce jour l’arrestation de plus de 20 dissidents, dont 4 ont été inculpés pour le moment.

Début décembre, le magnat de la presse hongkongaise, Jimmy Lai, a d’ailleurs fait les frais de ce changement de paradigme. L’homme de 73 ans encourt une peine d’emprisonnement à vie pour « collusion avec des puissances étrangères ». Le nouveau département de la Sécurité nationale l’accuse d’avoir appelé des gouvernements étrangers à sanctionner les dirigeants prochinois de Hong Kong et la Chine continentale en réaction à la répression du mouvement prodémocratie. Les messages qu’il a envoyés sur les réseaux sociaux, tout comme les entrevues qu’il a accordées à de grands réseaux étrangers, comme la BBC ou CNN, sont à l’origine des accusations portées contre cette figure de l’opposition à la dictature du Parti communiste chinois imposée à Hong Kong.

Au début du mois, les trois plus célèbres militants prodémocratie, Joshua Wong, Agnes Chow et Ivan Lam, ont pour leur part été jetés en prison sous l’effet de la nouvelle loi sur la sécurité nationale pour avoir mené le mouvement d’émancipation démocratique de l’an dernier. La manifestation, illégale selon les autorités locales, devant le siège de la police hongkongaise le 21 juin 2019, est le commencement de cette réaction en chaîne.

Ce nouveau climat de répression, dans un territoire qui jusque-là profitait du principe de « un pays, deux systèmes », reconnu par Deng Xiaoping en 1997, a provoqué la fuite du militant indépendantiste Sixtus Leung fin novembre vers les États-Unis. L’ex-député de Hong Kong, qui n’a jamais pu siéger pour ne pas avoir correctement prononcé son serment d’allégeance à la Chine, a décidé d’y demander l’asile politique, se sentant menacé pour ses positions politiques.

Vertement dénoncée et soupçonnée dès ses premiers jours de n’être qu’un outil visant à accélérer la répression contre les démocrates hongkongais, la nouvelle loi sur la sécurité nationale a entraîné à ce jour l’arrestation de plus de 20 dissidents, dont 4 ont été inculpés pour le moment.

Une année où les bonnes nouvelles ont aussi été occultées par les pires

Une sombre année, 2020 ? Pas totalement. La preuve, voici trois bonnes nouvelles passées sous le radar de l’actualité.

Qui s’en souvient ? En octobre, le prix Nobel de la paix a été décerné à la plus grande agence humanitaire du monde, le Programme alimentaire mondial (PAM), qui vient en aide à plus de 100 millions de personnes dans 88 pays. L’agence oeuvre autant pour combattre la faim dans le monde que pour améliorer les conditions de vie favorisant la paix.

Le coronavirus a finalement fait du bien en Afrique du Sud, en réduisant de plus de la moitié, de manière indirecte, le braconnage des rhinocéros durant les six premiers mois de l’année 2020. Le confinement et la chute du tourisme, induits par la pandémie, en sont les principaux responsables. Les programmes gouvernementaux de lutte contre cet affront à la nature n’avaient jamais réussi à donner de tels résultats.

C’est toujours peu, mais c’est bien plus qu’avant : en 2020, la présence des femmes a doublé dans les parlements à travers le monde, pour atteindre désormais 25 % du nombre des députés, selon les plus récentes données des Nations unies. Au dernier décompte, les femmes sont également à la tête du gouvernement ou de l’État dans 20 pays, contre 12 il y a 25 ans.


À voir en vidéo