Le chaos s'installe progressivement - Série d'enlèvements à Gaza

Gaza — Cinq Français ont été enlevés hier par des hommes armés, dans le sud de la bande de Gaza, puis deux été relâchés, dans la troisième opération du genre ayant touché ce territoire en l'espace de quelques heures.

Le colonel palestinien Khaled Abou al-Oula, un des responsables de la commission de liaison avec l'armée israélienne, a également été enlevé à Khan Younès par des subordonnés qui entendent ainsi protester contre leur licenciement, selon des sources sécuritaires palestiniennes. Il était toujours retenu par ses ravisseurs.

Les enlèvements des ressortissants français et du colonel palestinien se sont déroulés quelques heures après la libération du chef de la police palestinienne, le général Ghazi al-Jabali, pris en otage pendant quatre heures par des hommes armés qui l'accusent de «corruption».

Face à cette situation, deux hauts responsables des services de sécurité palestiniens ont présenté leur démission au président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, selon un responsable des services de sécurité palestiniens.

Les cinq ressortissants français, trois hommes et deux femmes, participaient à des travaux de réfection des réseaux électrique et d'adduction d'eau dans le camp de réfugiés de Khan Younès, selon des sources palestiniennes.

À Paris, le ministère français des Affaires étrangères a confirmé que quatre Français travaillant pour des organisations non gouvernementales dans la bande de Gaza avaient été enlevés.

Les Français ont été enlevés pendant qu'ils se trouvaient dans un café. Les ravisseurs les ont retenus prisonniers dans les locaux du Croissant-Rouge palestinien dans cette ville. Selon des responsables palestiniens, les ravisseurs ont été récemment licenciés de différents services de sécurité auxquels ils appartenaient. Ils exigent d'être réintégrés dans leur poste.

Plus tôt dans la journée, le chef de la police pour les territoires palestiniens, le général Ghazi al-Jabali, avait été enlevé pendant quatre heures par un groupe palestinien l'accusant de «corruption», selon des responsables des services de sécurité palestiniens.

Le général al-Jabali a été libéré à la suite de négociations entre les membres des Brigades des martyrs de Djénine, qui le détenaient dans le camp de réfugiés d'al-Boureij (sud de la bande de Gaza), et des responsables palestiniens.

Ce groupe fait partie des Comités de résistance populaire, dont les membres sont d'anciens militants du Fatah, de M. Arafat. Pour marquer leur inquiétude, le général Amin Hindi, chef des services de renseignement, et Rachid Abou Chbek, chef de la sécurité préventive pour les territoires palestiniens, ont rédigé une lettre de démission adressée à M. Arafat en expliquant que la «situation est devenue intolérable après ce qui s'est passé durant la journée» dans la bande de Gaza.

Tous ces enlèvements sont survenus trois jours après les très vives critiques adressées par Terje Roed-Larsen, envoyé spécial de l'ONU dans les territoires palestiniens, contre Yasser Arafat.

M. Roed-Larsen a ainsi affirmé devant le Conseil de sécurité des Nations unies que la situation dans les territoires palestiniens «tourne progressivement au chaos» et que M. Arafat affiche «un manque de volonté politique» pour réformer le gouvernement.