Il y a Crésus et il y a Pinochet

Santiago — L'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet, qui pourrait être jugé au Chili pour «enrichissement illicite», ne possédait qu'une modeste maison et une petite voiture à son arrivée au pouvoir, en 1973.

Aujourd'hui, le général Pinochet, âgé de 88 ans, dispose au Chili de 11 propriétés d'une valeur de 825 millions de pesos (1,3 million de dollars), selon des informations de la société privée Dicom, auxquelles l'AFP a eu accès, et son épouse, Lucia Hiriart, possède également des biens sous son nom.

Si le rapport du Sénat américain diffusé jeudi s'avérait, sa fortune s'enrichirait de comptes bancaires aux États-Unis où auraient été déposés de quatre à huit millions de dollars.

Au Chili, son patrimoine inclut deux appartements à Viña del Mar, une résidence à Iquique (nord), un terrain avec maison à El Melocoton, au sud-ouest de Santiago, et une résidence luxueuse dans la banlieue résidentielle de La Dehesa.

Pinochet détient aussi une belle villa de repos à Los Boldos, à 120 km à l'ouest de Santiago, dans la localité côtière de Bucalemu où il se rend pendant l'été et les fins de semaine depuis son retrait de la vie publique, en juillet 2002.

À cette époque, il renonça à son poste de sénateur à vie, peu après que la Cour suprême eut suspendu un procès contre lui pour des assassinats et des disparitions pendant la dictature, en estimant qu'il était atteint d'une démence modérée l'empêchant de se défendre.

Ses cinq enfants ont aussi accumulé des biens conséquents: sa fille aînée Lucia, 59 ans, détient six propriétés déclarées pour 500 000 dollars, alors que Veronica Pinochet est à la tête de quatre biens d'une valeur de 270 000 dollars. Les trois autres descendants de l'ex-dictateur, Augusto, Jaqueline et Antonia, ont déclaré des avoirs d'un montant inférieur.

Fils d'un modeste agent des douanes, Pinochet avait 58 ans quand il devint commandant en chef de l'armée de terre le 23 août 1973, trois semaines avant de fomenter un coup d'État contre le président socialiste, Salvador Allende. Jusqu'à cette date, il vivait dans une modeste maison du sud de Santiago, comme la majorité des généraux de l'époque, selon un reportage publié par la revue Analisis en novembre 1989. L'une des premières décisions qu'il prit en arrivant au pouvoir fut d'acheter un tombeau familial au cimetière de Santiago.