Conflit irakien - Manille se retire au grand dam des Américains

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Photo: Agence Reuters Demandez et vous serez servis...

Bagdad — Les Philippines ont commencé hier, au grand dam des Américains, à rapatrier leur petit contingent déployé en Irak afin que leur ressortissant pris en otage ait la vie sauve, alors qu'un corps décapité retrouvé dans le Tigre pourrait être celui d'un otage bulgare.

Dix membres du contingent humanitaire philippin ont «entamé leur voyage» pour quitter l'Irak via le Koweït, selon les Philippines, qui cèdent ainsi à un ultimatum lancé par les ravisseurs d'un conducteur de poids lourd, père de huit enfants.

La cinquantaine de soldats et de policiers philippins déployés en Irak devaient initialement quitter le pays le 20 août. Les ravisseurs attendent que le dernier d'entre eux soit parti pour relâcher Angelo de la Cruz, 46 ans. Accusées par les États-Unis de donner le mauvais exemple et de compliquer la situation, les Philippines sont le premier pays de la coalition à se retirer sous la pression de preneurs d'otages. Elles passaient jusqu'à présent pour l'un des plus fervents alliés des États-Unis en Asie du Sud-Est.

La décision de Manille, d'un effet infime sur le plan militaire, fait néanmoins redouter aux responsables américains que d'autres pays prennent le chemin de la sortie et met en relief la gravité de la situation sécuritaire en Irak. La Bulgarie, malgré la menace de voir deux de ses ressortissants décapités par le groupe Tawhid wal Jihad (Unification et guerre sainte) du terroriste jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, a, elle, décidé de maintenir son contingent de 470 soldats. Washington s'en est félicité.

Mais l'inquiétude se fait vive pour les deux chauffeurs bulgares âgés de 30 et 32 ans, et le ministre bulgare des Affaires étrangères, Solomon Passi, n'a pas caché son pessimisme.

Des sources militaires américaines ont révélé jeudi soir que la police irakienne avait découvert dans le Tigre, à environ 200 km au nord de Bagdad, un corps sans tête qui pourrait être celui d'un des Bulgares, dont la décapitation avait été annoncée mardi par la chaîne de télévision al-Jazira. Le corps, revêtu d'une combinaison orange, a été remis aux Américains. Les autorités irakiennes et bulgares tentent de l'identifier.

Selon le directeur du service de renseignement bulgare, le colonel Kirtcho Kirov, une source d'information autre qu'al-Jazira a indiqué que le Bulgare Gueorgui Lazov, 30 ans, avait été tué.

Al-Jazira avait dit avoir reçu une bande vidéo montrant la décapitation d'un Bulgare et menaçant de tuer le second si l'armée américaine ne libérait pas dans les 24 heures les prisonniers irakiens qu'elle détient.

De son côté, la Thaïlande a annoncé hier que le retrait de son contingent de quelque 450 soldats à Kerbala (centre de l'Irak) avait commencé au début juillet et serait terminé le 20 septembre. Elle avait prévenu à plusieurs reprises que, en raison de l'insécurité, elle ne prolongerait pas cette mission humanitaire commencée en septembre 2003.

Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avait pourtant demandé mardi au premier ministre thaïlandais, Thaksin Shinawatra, de maintenir ses soldats en Irak.

Le parlement du Salvador a, lui, approuvé dans la nuit de jeudi à hier l'envoi pour un an d'un nouveau contingent d'élite en Irak, selon des sources parlementaires. La résolution ne précise pas le nombre exact de militaires.

Avec 374 soldats actuellement déployés, le Salvador est le seul pays latino-américain à maintenir des troupes en Irak, après les départs successifs du Nicaragua, du Honduras et de la République dominicaine dans le sillage du retrait de l'Espagne en avril. Trois cent quatre-vingts Salvadoriens sont prêts à partir au début août pour prendre la relève de leurs collègues, selon le haut commandement de l'armée.

Interrogé dans le Wall Street Journal d'hier, le candidat démocrate à l'élection présidentielle américaine, John Kerry, a déclaré que, s'il était élu, il n'envisagerait le retrait des troupes américaines qu'une fois l'Irak stabilisé.

Lors de la prière du vendredi, un religieux sunnite très respecté dans la ville de Ramadi, à 100 km à l'ouest de Bagdad, a appelé au djihad (guerre sainte) contre les États-Unis et menacé de transformer Ramadi en «cimetière pour les soldats américains».