Allaoui déclare la guerre aux terroristes

Bagdad — Face à une violence qui ne connaît pas de répit, le premier ministre irakien, Iyad Allaoui, a annoncé hier la création d'un nouveau service de sécurité spécialisé pour affronter l'insurrection larvée à laquelle le pays est en proie depuis près de 15 mois, une agence de renseignement qu'il souhaite voir infiltrer et miner de l'intérieur le mouvement insurrectionnel.

«Nous sommes déterminés à nous débarrasser des forces terroristes avec l'établissement d'une unité de renseignement intérieur appelée Direction générale de la sécurité [DGS] qui va annihiler ces groupes de tueurs», a-t-il déclaré.

Quelques heures auparavant, un nouvel attentat à la voiture piégée s'est produit à proximité de bâtiments officiels à Haditha, dans l'ouest du pays. Les revenus pétroliers sont aussi visés, les saboteurs ayant réussi dans la même journée à interrompre les exportations d'or noir au sud comme au nord.

«Nous sommes déterminés à abattre tous les obstacles qui nous séparent de la démocratie [...], le terrorisme sera éradiqué, si Dieu le veut», a déclaré Allaoui. Il a ajouté que la situation s'améliorait en matière de sécurité mais que la stabilisation de l'Irak serait une tâche ardue. «Ceux qui voient dans les terroristes des résistants se trompent», a dit le premier ministre, affirmant que ces derniers «prennent avantage de la jeunesse du gouvernement pour tuer des innocents».

Même si Allaoui a affirmé que la création de cette agence était nécessaire pour le bien du pays, cette dernière risque de réveiller chez de nombreux Irakiens le pénible souvenir des moukhabarats, les puissants et redoutés agents des services de renseignement sous le régime de Saddam Hussein.

Depuis son arrivée aux commandes, le gouvernement a dit et répété qu'il comptait passer à la vitesse supérieure contre les insurgés. Des lois d'exception sont venues donner au premier ministre le pouvoir de décréter le couvre-feu et d'imposer la loi martiale. La création de ce nouvel organe sécuritaire semble une étape supplémentaire en ce sens.

Alors que l'Irak et la Syrie ont convenu la semaine dernière de travailler au renforcement des contrôles le long de leur frontière commune, Allaoui a également annoncé qu'il allait prochainement se rendre dans plusieurs pays arabes de la région pour y discuter de plusieurs problèmes, notamment celui de la sécurité aux frontières.

Le premier ministre a ainsi expliqué qu'il se rendrait la semaine prochaine en Jordanie, en Syrie, au Liban, au Koweït, en Arabie Saoudite et en Égypte. Il doit ensuite se rendre en Iran et au Pakistan, puis en Europe.

Il a ajouté qu'il avait échangé des courriers avec les six pays voisins de l'Irak pour évoquer cette question de la sécurité aux frontières. Les autorités irakiennes et les Américains craignent en effet que des combattants étrangers aient pu entrer en Irak et rejoindre la guérilla en profitant de la porosité des frontières.

Toujours dans l'optique de lutter contre l'insurrection et d'améliorer la sécurité en Irak, Allaoui a annoncé qu'il avait invité l'Inde, le Pakistan, l'Égypte, le Maroc et Oman à participer à la force multinationale déployée dans le pays. La Jordanie a proposé d'envoyer des soldats, mais Allaoui a expliqué qu'il ne souhaitait pas que des troupes de pays voisins soient déployées en Irak.

Enfin, il a confirmé que la question du rétablissement de la peine de mort était toujours débattue au sein de son gouvernement. «Nous avons besoin de certaines sanctions qui soient à la hauteur de ces crimes», a-t-il déclaré. Le rétablissement de la peine capitale avait été annoncé au début du mois, la veille de la remise de Saddam Hussein aux nouvelles autorités de Bagdad.

Par ailleurs, des terroristes liés à al-Qaïda auraient été arrêtés en Irak, où l'on affirme constater une coordination croissante entre les fidèles du régime déchu de Saddam Hussein et des éléments d'al-Qaïda, tels que le réseau Zarqaoui, a affirmé M. Allaoui dans un entretien au quotidien al-Hayat. D'importantes sommes d'argent, «plus de un milliard de dollars», selon le premier ministre, entreraient également clandestinement dans le pays pour financer ces actions terroristes, en provenance de Jordanie et de Syrie.

Pour leur part, les ravisseurs d'un otage philippin ont annoncé hier dans un communiqué lu sur les ondes de la chaîne arabe al-Jazira qu'ils le libéreraient après le départ d'Irak du dernier soldat philippin, ce qui devrait survenir d'ici la fin du mois. Une heure plus tôt, sur des images vidéo diffusées également par al-Jazira, le camionneur philippin, un homme de 46 ans, avait déclaré qu'il rentrerait bientôt au pays et remercié son gouvernement d'avoir accepté de retirer ses troupes, soit un petit contingent de 51 hommes.

La violence s'est poursuivie hier dans plusieurs régions du pays. Ainsi, à Haditha, ville située à 200 km à l'ouest de Bagdad, le poste de police a été la cible d'un attentat dans lequel trois policiers et sept civils ont été tués et 27 personnes blessées, dont sept policiers, selon des sources policières et hospitalières. Jusqu'ici, Haditha avait été épargnée par la violence qui règne dans d'autres villes de la province occidentale d'al-Anbar, comme Fallouja et Ramadi.

Dans le nord, l'explosion hier matin d'une charge sur l'oléoduc reliant la région pétrolière de Kirkouk au port turc de Ceyhan, sur la Méditerranée, a provoqué l'interruption des exportations de brut.