Bush échoue au Sénat

Dans sa dernière intervention radiophonique hebdomadaire, le président Bush, qui faisait campagne hier au Wisconsin, avait affirmé que son objectif était de protéger «l’institution la plus fondamentale de la civilisation».
Photo: Agence Reuters Dans sa dernière intervention radiophonique hebdomadaire, le président Bush, qui faisait campagne hier au Wisconsin, avait affirmé que son objectif était de protéger «l’institution la plus fondamentale de la civilisation».

New York — George W. Bush avait voulu en faire un thème de campagne, mais il a échoué. Hier, le Sénat a rejeté l'amendement constitutionnel pour interdire les mariages homosexuels proposé par le président américain. Les républicains n'ont ainsi pas pu recueillir les 60 voix nécessaires à la poursuite des discussions. Au final, 50 sénateurs contre 48 se sont prononcés pour la clôture des débats, six républicains votant même contre Bush.

Le vote de procédure d'hier met cette proposition sur une voie de garage, pour tout au moins le restant de l'année. Un amendement à la Constitution nécessite, pour être adopté, la majorité des deux tiers des parlementaires dans les deux chambres du Congrès, soit 67 voix au Sénat. Or les républicains n'avaient réussi à mobiliser qu'une quarantaine de sénateurs pour soutenir leur projet.

En quelques jours, le mariage entre homosexuels s'était ainsi invité au coeur de la course à la Maison-Blanche. C'est samedi que George Bush avait demandé au Congrès de voter en faveur d'un 28e amendement à la Constitution, interdisant le mariage homosexuel. Dans son intervention radiophonique hebdomadaire, il a alors affirmé que son objectif était de protéger «l'institution la plus fondamentale de la civilisation». Il expliquait aussi vouloir «éviter que le mariage soit fondamentalement modifié par les actions de juges militants». Une claire allusion à la décision de la Cour suprême du Massachusetts d'autoriser le mariage gai depuis le 17 mai dernier. Depuis, plusieurs milliers de couples s'y sont mariés, selon l'association Equal Marriage.

Dans le même temps, plusieurs maires ont décidé de se lancer dans les mariages gais, de San Francisco à Portland, en passant par les petites villes de New Paltz (État de New York) et de Bernardillo (Nouveau-Mexique), où au total près de 7000 couples homosexuels ont déjà été unis.

Dès lundi, au Sénat, les débats ont toutefois pris une drôle de tournure. Un à un, les élus démocrates ont accusé leurs adversaires de faire de la «politique politicienne», en imposant, à quelques mois des élections, «un sujet qui n'était pas au centre des préoccupations des Américains, au contraire de l'Irak ou de l'économie». «Tout ce que veulent les républicains, c'est diviser le pays et faire plaisir aux extrêmes», a lancé le sénateur du Massachusetts, Edward Kennedy.

Pour les démocrates, l'objectif des républicains était notamment de tenter de satisfaire la frange la plus extrême de leur électorat conservateur, qui a fait du mariage gai l'un de ses chevaux de bataille. Ceux-ci ont largement milité pour un amendement à la Constitution, en faisant part de leur crainte de voir la loi fédérale de 1996 interdisant le mariage gai être déclarée contraire à la Constitution par la Cour suprême des États-Unis.

Nombre de stratèges républicains n'avaient pas caché qu'ils espéraient que John Kerry et John Edwards, les deux candidats du ticket démocrate, participent au vote pour, selon eux, «expliquer leurs contradictions». Les deux sénateurs se disent opposés au mariage gai, tout en rejetant également un amendement à la Constitution, estimant que «c'était aux États d'avoir le dernier mot». Mais, hier, les deux candidats ont finalement décidé de ne pas se rendre voter, «car leurs voix n'étaient pas nécessaires». Et la campagne de John Kerry a souligné que, «au vu des sondages, les Américains avaient le même avis» que leur candidat.

John Kerry, et ses collègues démocrates du Sénat estiment que les quatre jours de débat consacrés à la question auraient pu faire avancer des dossiers plus utiles à l'Amérique, comme le système de santé, l'économie, l'éducation ou la sécurité nationale.

«Le Sénat des États-Unis ne devrait servir qu'au bien général, pas à des débats conçus pour nous diviser à des fins électoralistes», a dit John Kerry.

À en croire les sondages, l'opinion publique américaine est majoritairement opposée au mariage homosexuel, mais divisée sur la nécessité d'un interdit constitutionnel. En outre, la question n'est pas jugée prioritaire.

Plusieurs groupes conservateurs se sont dits décus par ce résultat, ajoutant que le «président Bush devait poursuivre ses efforts pour interdire le mariage gai». Mais, au vu des divisions au sein du Parti républicain, personne ne parie sur une réouverture des débats avant l'année prochaine, soit bien après les élections.