Le rapport Butler fustige les services secrets britanniques - Irak : Blair était de bonne foi

Tony Blair avait l’air soucieux hier en quittant Downing Street.
Photo: Agence Reuters Tony Blair avait l’air soucieux hier en quittant Downing Street.

Londres — Les services secrets britanniques ont commis de graves erreurs dans leur analyse de l'arsenal d'armes de destruction massive (ADM) de l'Irak avant l'entrée en guerre, mais le premier ministre Tony Blair n'est pas responsable de ces défaillances, a conclu hier un rapport indépendant.

«Nous n'avons trouvé aucun élément pouvant mettre en cause la bonne foi du premier ministre», a déclaré Lord Butler, après la publication de son rapport, qui estime infondée la justification britannique de l'entrée en guerre contre l'Irak.

À la Chambre des communes, Tony Blair a dit assumer «personnellement l'entière responsabilité» des erreurs commises dans l'évaluation de l'arsenal du régime de Saddam Hussein. «Les mois passant, il semble de plus en plus clair que, au moment de l'invasion, Saddam n'avait pas de stocks d'armes chimiques ou biologiques prêtes à être déployées», a-t-il reconnu.

Pour autant, Tony Blair a assuré que «personne n'a menti, personne n'a fabriqué les renseignements». Et «je ne peux honnêtement pas dire que je croie que se débarrasser de Saddam a été une erreur», a-t-il insisté.

Tony Blair a déjà essuyé trois enquêtes officielles, dont toutes ont blanchi son gouvernement des accusations de manipulation des informations relatives au renseignement sur l'Irak.

Tony Blair, dont la cote de popularité s'est effondrée depuis l'intervention en Irak, alors que les prochaines élections législatives sont prévues l'an prochain, a réagi avec soulagement aux conclusions du rapport.

En écho aux conclusions du Sénat américain, la semaine dernière, le document publié par la commission qu'a présidée Lord Butler, sur les informations fournies par Londres au sujet de l'arsenal irakien avant l'intervention militaire contre le régime de Saddam Hussein, conclut que l'Irak ne possédait pas de stocks significatifs, voire pas du tout, d'armes chimiques ou biologiques prêtes à être déployées.

Au terme de six mois d'enquête, le rapport est sévère vis-à-vis du dossier du renseignement britannique qu'a publié le gouvernement Blair en septembre 2002 pour démontrer la nécessité d'une intervention militaire contre Bagdad.

Le rapport souhaite que, à l'avenir, la Commission conjointe du renseignement, dont les évaluations des données brutes sont normalement secrètes, ne soit pas amenée à donner son imprimatur à un dossier.

Le rapport observe que le dossier présenté en septembre a supprimé toutes les précautions d'usage pour aller beaucoup plus loin que ne le permettaient les informations disponibles. «Le langage utilisé dans le dossier peut avoir laissé les lecteurs avec l'impression que les jugements s'appuyaient sur des informations beaucoup plus fermes et plus complètes que ce n'était le cas.»

Lord Butler, ancien haut fonctionnaire à la retraite, se montre aussi très critique sur la manière dont les services secrets britanniques allaient à la pêche aux informations en Irak. L'une des sources sur les armes chimiques et biologiques était susceptible d'être mise en doute, dit-il, tandis que d'autres sur la production irakienne d'agents bactériologiques était fortement défaillantes.

Comme le rapport de la commission

Hutton sur le suicide de David Kelly, expert en armement, Lord Butler conteste l'affirmation selon laquelle l'Irak aurait été capable de déployer certaines armes chimiques ou biologiques dans les 45 minutes suivant l'ordre. Pour lui, il ne fallait pas la faire figurer dans le dossier sans préciser qu'il s'agissait d'une référence aux munitions de combat, et non à des missiles.

En revanche, Lord Butler soutient Londres en ce qui concerne les tentatives irakiennes d'acheter de l'uranium au Niger, des informations pourtant controversées. Il estime qu'elles provenaient de plusieurs sources différentes et qu'elles ne s'étaient pas appuyées sur des documents dénoncés comme des faux par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Mais il critique indirectement l'influence des puissants conseillers au sein du gouvernement Blair et les réunions informelles où la politique du pays a pu être décidée sans que des ministres élus soient présents ou que des hauts fonctionnaires ne retranscrivent les procédures.

Au total, «la validation des sources humaines de renseignement après la guerre a jeté pour une grande part le doute sur ces sources et sur leurs informations» et, partant de là, «sur la qualité des évaluations reçues par les ministres et les responsables dans la période allant de l'été 2002 au déclenchement des hostilités», en mars 2003.