Une manifestation contre le pouvoir violemment réprimée en Haïti

Plusieurs centaines de personnes ont dénoncé dans les rues de Port-au-Prince mercredi l’insécurité qui gangrène le pays.
Valérie Baeriswyl Agence France-Presse Plusieurs centaines de personnes ont dénoncé dans les rues de Port-au-Prince mercredi l’insécurité qui gangrène le pays.

La police haïtienne a dispersé avec violence une manifestation de l’opposition qui défilait mercredi dans les rues de Port-au-Prince pour réclamer le départ du pouvoir du président et dénoncer le climat d’insécurité.

Depuis l’intérieur d’une voiture circulant à grande vitesse, des agents de la police nationale haïtienne (PNH) ont tiré à hauteur d’homme en direction des manifestants qui progressaient pacifiquement sur un des axes majeurs de la capitale haïtienne, a constaté une journaliste de l’AFP.

Le cortège de plusieurs centaines de personnes a ensuite été dispersé par des grenades lacrymogènes lancées par les forces de l’ordre.

« Nous sommes en dictature : imaginez une population qui manifeste avec les mains en l’air pour dire qu’elle refuse la situation et voilà que des agents de la police sont venus tirer sur elle », dénonce Félicien Joubert, un manifestant. « On demande [au président américain désigné] Joe Biden de nous porter secours, car [Donald] Trump, lui, soutenait Jovenel [Moïse, président haïtien]. Il est temps que les gens sachent ce qui se passe ici parce que nous, le peuple haïtien, ne pouvons vivre ainsi, dans la misère, l’insécurité et les kidnappings », a ajouté ce militant de l’opposition.

À quelques kilomètres, un homme a été tué par balle sur la place du Champ-de-Mars, où se situent le palais présidentiel et la direction départementale de la police nationale. L’origine du tir mortel n’a pas pu être clairement déterminée, mais l’événement a amplifié la colère des manifestants présents à l’égard du pouvoir en place.

Avant l’intervention musclée de la police, les habitants qui avaient répondu à l’appel à la mobilisation lancé par l’opposition politique dénonçaient unanimement l’insécurité qui gangrène le pays.

« On ne peut pas accepter d’être chacun de notre côté à rassembler l’argent d’une potentielle rançon. Personne n’est à l’abri dans le pays. Pourquoi l’État ne peut-il pas garantir la sécurité de tous les Haïtiens ? » demande Wilber Saint Fort, un autre manifestant.

Alors qu’Haïti enregistre une recrudescence de la criminalité et des enlèvements contre rançon, un nouveau directeur de la police nationale haïtienne a été nommé lundi par l’exécutif.

Des organisations de défense des droits de la personne dénoncent l’impunité dont jouissent les chefs de bandes armées, faisant planer le doute, selon elles, sur une potentielle proximité entre ces criminels et des dirigeants politiques au pouvoir comme de l’opposition.

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