L'accord entre les Émirats et Israël à la fois salué et décrié

À Jérusalem, des manifestants palestiniens ont brûlé vendredi un portrait de l’homme fort des Émirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.
Photo: Mahmoud Illean Associated Press À Jérusalem, des manifestants palestiniens ont brûlé vendredi un portrait de l’homme fort des Émirats arabes unis, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane.

L’accord historique de normalisation des relations entre les Émirats arabes unis et Israël suscite parmi les dirigeants mondiaux des espoirs de reprise des pourparlers de paix moribonds au Moyen-Orient, tandis que les Palestiniens et certains de leurs alliés dénoncent une trahison.

Les Émirats arabes unis et Israël doivent signer d’ici trois semaines à Washington cet accord annoncé par surprise jeudi par le président américain, Donald Trump. Il a été conclu sous l’égide des États-Unis et fera d’Abou Dhabi la troisième capitale arabe à suivre ce chemin depuis la création de l’État hébreu en 1948, après l’Égypte et la Jordanie.

Le premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, a nommé vendredi le chef du conseil de la sécurité nationale, une entité qui le conseille sur les questions géostratégiques, Meir Ben Shabbat, pour diriger les pourparlers avec les Émiratis.

Dans le cadre de l’accord, Israël s’est engagé à suspendre son projet d’annexion de territoires palestiniens, une concession saluée par les gouvernements européens et certains gouvernements arabes. Mais M. Nétanyahou a déclaré que l’annexion de pans de la Cisjordanie occupée était seulement « reportée » et qu’Israël n’y avait « pas renoncé ».

Les Palestiniens ont fermement rejeté l’accord, le qualifiant de « trahison » de leur cause. Ils ont également annoncé le rappel de leur ambassadeur aux Émirats et exigé une réunion d’urgence de la Ligue arabe.

« J’essaie de comprendre dans quel sens c’est une trahison, alors que nous ouvrons une porte pour qu’Israël repense son projet d’annexion », a déclaré Omar Saif Ghobash, ministre adjoint émirati des Affaires étrangères, dans un entretien avec l’AFP.

Après la grande prière du vendredi à Jérusalem, les fidèles devant la mosquée Al-Aqsa ont marché sur des photos de l’homme fort des Émirats, cheikh Mohammed ben Zayed Al-Nahyane. Dans la ville occupée de Naplouse, en Cisjordanie, des personnes ont mis le feu à des photos de cheikh Mohammed, de Nétanyahou et de Trump.

J’essaie de comprendre dans quel sens c’est une trahison alors que nous ouvrons une porte pour qu’Israël repense son projet d’annexion

 

À Ramallah, en Cisjordanie, Jihad Hussein, un employé de bureau, a fustigé l’accord : « Le peuple palestinien a été poignardé dans le dos par les dirigeants des Émirats. Mais ni cet accord ni rien d’autre ne sapera notre volonté de lutter pour la liberté et l’indépendance. »

Reste que l’accord fait naître des espoirs de relance des pourparlers israélo-palestiniens, à l’arrêt depuis 2014.

L’Allemagne a ainsi estimé vendredi qu’il s’agissait d’une « contribution importante à la paix dans la région » qui allait « permettre de donner un nouvel élan au processus de paix au Proche-Orient ».

De son côté, la France y a vu un « état d’esprit nouveau ». Le président français, Emmanuel Macron, a salué vendredi « la décision courageuse des Émirats arabes unis ». « [Je] souhaite qu’elle contribue à l’établissement d’une paix juste et durable entre Israéliens et Palestiniens. »

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, y a vu « une occasion pour les dirigeants israéliens et palestiniens de reprendre des négociations substantielles, débouchant sur une solution à deux États conformément aux résolutions onusiennes ».

L’annexion « fermerait effectivement la porte » aux négociations entre les dirigeants israéliens et palestiniens et « détruirait la perspective » d’un État palestinien viable, a-t-il déclaré.

« Leurs petits intérêts »

En revanche, l’Iran et la Turquie ont vivement critiqué la « trahison » des Émirats.

Téhéran a condamné cet accord, qualifié de « stupidité stratégique d’Abou Dhabi et de Tel-Aviv, qui renforcera sans aucun doute l’axe de résistance », en référence aux alliés de Téhéran au Moyen-Orient.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, critique de longue date d’Israël, a menacé de suspendre les relations diplomatiques avec les Émirats ou de rappeler son ambassadeur. Ankara a accusé les Émirats de « trahir la cause palestinienne » en acceptant de signer cet accord soutenu par les États-Unis pour « servir leurs petits intérêts ».

Benjamin Nétanyahou a remercié l’Égypte, Oman et Bahreïn pour leur « soutien » à l’accord. L’Arabie saoudite, poids lourd de la région, n’a pas réagi.

« On peut certainement imaginer que Bahreïn ou Oman finiront par conclure un accord formel avec Israël », affirme Hussein Ibish, analyste à l’Arab Gulf States Institute, excluant toutefois un accord similaire prochain avec l’Arabie saoudite.

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