Les touristes goûtent à la «nouvelle normalité» de la pandémie

Les vacanciers doivent occuper des espaces délimités sur la plage.
Photo: José Jordan Stringer Agence France-Presse Les vacanciers doivent occuper des espaces délimités sur la plage.

À la terrasse de son bar à tapas jouxtant l’immense plage de Roses, Pilar Romanach n’a jamais été aussi contente de servir de la sangria : « C’est le signe que les touristes étrangers sont de retour » en Espagne, disait-elle dimanche, à la réouverture des frontières.

Sur le sable doré de cette petite ville catalane, à moins de 30 km de la frontière avec la France, c’est le moment de prendre ses aises en ce début d’été : la plage est tellement longue qu’aucun contrôle d’affluence ne sera mis en place, des dizaines de mètres séparant chaque serviette…

Et déjà, des étrangers attablés à la terrasse du vieux bar Ribereta goûtent ce que le gouvernement a appelé la « nouvelle normalité » en Espagne, deuxième destination touristique mondiale après la France.

Pas de masque en terrasse, mais à l’intérieur la consigne reste de le porter, ainsi qu’à l’air libre quand il n’est pas possible de maintenir une distance de sécurité de 1,5 m.

L’état d’alerte déclaré à la mi-mars vient d’être levé dans un des pays les plus frappés par la pandémie, qui y a fait plus de 28 300 morts. Après un confinement sévère de 14 semaines, le pays respire enfin, derrière les masques.

À minuit samedi, l’Espagne a rouvert la frontière terrestre avec la France, ainsi que ses ports et aéroports aux ressortissants de l’Union européenne, sans leur imposer de quarantaine. Les Britanniques aussi, qui forment un des plus gros contingents de touristes, sont les bienvenus.

« Pili » se découvre soudain « très émue de saluer de nouveau en français ».

« On vit du tourisme français ici. La pandémie n’avait même pas laissé le temps à certains commerces d’ouvrir et beaucoup disent qu’ils ne vont même pas ouvrir cet été », dit-elle, alors que de nombreux hôtels resteront fermés jusqu’au 3 juillet.

Munie de gants bleus et de son masque noir, Pilar appelle cependant les clients « à prendre beaucoup de précautions, parce que tout ça n’est pas fini »…

« Soleil, plage et tapas »

Française à l’accent d’Avignon, Sylvia Faust a passé la frontière dès samedi soir avec sa fille de 17 ans, bien avant minuit : « Ils nous ont contrôlées et laissées entrer. On a dormi dans un appartement touristique. On avait envie d’être en Espagne pour le soleil, la plage, les tapas, et j’ai déjà mon maillot de bain sous mes vêtements », dit, amusée, cette gestionnaire de 43 ans, en short et en sandales.

Roses compte quelque 20 000 habitants, dont de nombreux étrangers, actifs ou retraités. Un chiffre qui peut être multiplié par plus de quatre l’été, quand « une marée de touristes » envahit les villes les plus prisées de la Costa Brava.

Dans la crique de Canyelles où elle vient de se baigner et où elle n’a « jamais vu autant de petits poissons dans les rochers », Marie-Hélène Laffont, ancienne secrétaire de 72 ans résidant à Roses toute l’année, dit avoir vécu une histoire de confinement particulièrement « chanceuse, heureuse, ensoleillée ».

L’état d’alerte l’avait surprise en Grèce avec son mari espagnol. « On a été rapatriés avec un convoi exceptionnel de 35 camping-cars sur un traversier le 1er mai, puis on a passé le reste du confinement ici. »

« Sur les 36 appartements de notre immeuble, seuls 5 ou 6 sont occupés. La plupart des Français viendront le week-end prochain », pense-t-elle.

Pour les Espagnols eux-mêmes, qui peuvent enfin se déplacer dans tout le pays, ce premier dimanche d’été marque aussi l’heure des retrouvailles en famille ou le début de vacances « au pays ».

« On ne m’a fait le test de dépistage du coronavirus que jeudi : négatif ! » dit en souriant Neus Jove, 43 ans, membre du personnel sanitaire qui a affronté la pandémie. « Alors aujourd’hui, j’ai pu prendre mes parents dans mes bras pour la première fois depuis le 12 mars », dit-elle, sur la digue de Roses où elle suit des yeux son fils qui plonge d’un ponton dans la Méditerranée.

Forte hausse des cas en Amérique latine

L’Amérique latine et les Caraïbes, nouvel épicentre de la pandémie, ont franchi samedi le cap des 2 millions de contaminations, après les États-Unis et le Canada (plus de 2,3 millions, essentiellement aux États-Unis) et l’Europe (plus de 2,5 millions, dont plus de la moitié en Russie, au Royaume-Uni, en Espagne et en Italie). L’Asie, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Océanie sont sous le seuil du million de cas. Mais un rebond inquiète la Chine depuis la semaine dernière avec plus de 220 nouveaux cas, dont 22 dimanche. En Amérique latine, la moitié des cas sont recensés au Brésil, qui a franchi samedi la barre du million de cas et qui est, avec plus de 50 000 décès, le deuxième pays parmi les plus endeuillés au monde.  

Agence France-Presse


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