De Bristol à Anvers, des symboles du passé colonialiste pris pour cibles

Un travailleur se repose après que la statue du propriétaire d'esclaves Robert Milligan a été démontée, à West India Quay, à l'est de Londres, le mardi 9 juin 2020, après qu'une manifestation a vu des militants anti-racisme abattre une statue d'un marchand d'esclaves à Bristol.
Photo: Yui Mok Agence France-Presse Un travailleur se repose après que la statue du propriétaire d'esclaves Robert Milligan a été démontée, à West India Quay, à l'est de Londres, le mardi 9 juin 2020, après qu'une manifestation a vu des militants anti-racisme abattre une statue d'un marchand d'esclaves à Bristol.

Après le spectaculaire déboulonnage d’une statue de marchand d’esclaves à Bristol, les protestations antiracistes apparues au Royaume-Uni à la suite de la mort de George Floyd ne s’arrêtent pas là et visent les autres symboles du passé colonialiste du Royaume-Uni.

Dans la ville universitaire d’Oxford, des milliers de manifestants se sont rassemblés mardi soir — pendant les funérailles de l’Afro-Américain asphyxié par un policier blanc aux États-Unis — au pied d’une statue de Cecil Rhodes, magnat minier et homme politique colonisateur, actif notamment en Afrique du Sud au 19e siècle.

Ils ont scandé « Faites-la tomber ! » et « Décolonisez » avant de se recueillir en silence, assis et poings levés, face au monument.

« Cette statue représente un état d’esprit colonial », a fait valoir Sylvanus Leigh, 44 ans, qui préférerait voir un monument en hommage à l’archevêque noir sud-africain Desmond Tutu, prix Nobel de la paix.

En 2016, des rassemblements similaires avaient déjà été organisés à l’appel du collectif « Rhodes must fall » (« Rhodes doit tomber »), sans succès : l’Oriel College avait décidé de conserver la statue qui orne la façade d’un bâtiment de la faculté.

Nos statues, les noms de nos routes et de nos espaces publics reflètent une époque révolue [...], ça ne peut plus continuer

La présidente du conseil municipal d’Oxford, Susan Brown, a indiqué avoir demandé à l’université de retirer la statue, jugeant que « des actes symboliques sont parfois importants ».

« Il est temps pour un franc débat national sur l’héritage du colonialisme en Grande-Bretagne », a tweeté la députée travailliste d’Oxford, Layla Moran, favorable au déboulonnage de la statue de Cecil Rhodes, un « suprémaciste blanc qui ne représente pas les valeurs d’Oxford en 2020 ».

Le débat sur le passé colonial du Royaume-Uni n’est pas nouveau et le pays fait l’objet de pressions de longue date pour restituer des œuvres célèbres, comme les frises du Parthénon d’Athènes, exposées au British Museum de Londres.

La colère a redoublé depuis la mort de George Floyd. Dimanche, c’est la statue d’Edward Colston, marchand d’esclaves de la fin du 17e siècle qui a financé de nombreuses institutions de Bristol, dans le sud-ouest de l’Angleterre, qui est tombée de son piédestal, et a été jetée à l’eau par des manifestants.

Dans un message vidéo, le premier ministre Boris Johnson a dit « comprendre » les manifestants, la mort de George Floyd ayant « réveillé une colère et un sentiment indéniable d’injustice », tout en condamnant les attaques envers la police et les actes de vandalisme.

 

Ce combat fait des émules ailleurs aussi au Royaume-Uni. À Londres, dans le quartier des Docklands, près des gratte-ciel du quartier d’affaires Canary Wharf, la statue du marchand esclavagiste Robert Milligan (17e-18e siècle) a été enlevée au moyen d’un engin de chantier sous des applaudissements, selon une vidéo publiée sur Twitter par le conseil de Tower Hamlets.

Au Pays de Galles, des campagnes ont été lancées contre les monuments rendant hommage à un général de l’armée britannique qui avait combattu lors des guerres napoléoniennes, Thomas Picton, tristement célèbre pour son traitement des esclaves dans les Caraïbes.

À Édimbourg, en Écosse, la statue de l’homme politique Henry Dundas, qui a œuvré pour retarder l’abolition de l’esclavage, pose question.

Comme à Oxford, des élus locaux de Cardiff et Édimbourg se sont prononcés en faveur du retrait de ces monuments.

Pour le maire travailliste de Londres, Sadiq Khan, les manifestants ont mis en lumière le manque de diversité dans l’espace public. « Nos statues, les noms de nos routes et de nos espaces publics reflètent une époque révolue […], ça ne peut plus continuer », a-t-il déclaré dans un communiqué, annonçant la création d’une commission pour y remédier.

Dans la capitale, la statue de l’ancien premier ministre conservateur et héros de la Seconde Guerre mondiale Winston Churchill, dont divers propos sur les questions raciales avaient suscité la controverse, a été prise pour cible durant le week-end.

Le cas belge

Ces soulèvements ont également trouvé un écho en Belgique, où ont été ravivées les violences de la colonisation du Congo et la responsabilité du roi Léopold II.

Mardi à Anvers, une de ces statues a été retirée d’un square pour être transportée dans les réserves du Musée Middelheim, où son état doit être « examiné », selon le musée anversois.

Elle restera « probablement » dans les collections de l’établissement, connu pour ses sculptures en plein air, a affirmé pour sa part Johan Vermant, porte-parole du maire de la cité portuaire Bart De Wever.

La statue du roi avec sa longue barbe et sa veste à épaulettes a été vandalisée la semaine dernière, comme plusieurs autres à travers le pays. Elle a été partiellement incendiée et recouverte de peinture rouge, couleur symbolisant le sang versé par les Congolais.

Surnommé « le roi bâtisseur », celui qui a régné de 1865 à 1909 est « un héros pour certains, mais aussi un bourreau ». « Il a tué plus de 10 millions de Congolais », a accusé le groupe « Réparons l’Histoire », dont la pétition concernant les statues de Bruxelles avait recueilli mardi plus de 64 000 signatures.

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