Hong Kong, nouveau front de l’escalade entre Washington et Pékin

La décision de la Chine d’imposer à Hong Kong une loi sur la «sécurité nationale» vise  à réprimer les opposants au pouvoir central, dans le sillage des gigantesques protestations prodémocratie qui ont secoué le territoire semi-autonome l’an dernier.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse La décision de la Chine d’imposer à Hong Kong une loi sur la «sécurité nationale» vise  à réprimer les opposants au pouvoir central, dans le sillage des gigantesques protestations prodémocratie qui ont secoué le territoire semi-autonome l’an dernier.

Les États-Unis ont accusé vendredi la Chine de vouloir porter un « coup fatal » à l’autonomie de Hong Kong, menaçant de représailles commerciales sur ce nouveau front qui vient envenimer des relations déjà tendues à l’extrême au sujet du coronavirus.

Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a exhorté « fermement » Pékin à « reconsidérer sa proposition désastreuse », « qui impose unilatéralement et arbitrairement une loi sur la sécurité nationale à Hong Kong ».

Ce « serait un coup fatal pour le degré élevé d’autonomie promis par Pékin », a-t-il mis en garde.

Le Parlement chinois a annoncé jeudi son intention d’examiner dans les prochains jours cette loi qui vise à réprimer les opposants au pouvoir central, dans le sillage des gigantesques protestations prodémocratie qui ont secoué le territoire semi-autonome l’an dernier.

À l’époque, Washington avait soufflé le chaud et le froid.

Statut préférentiel à risque

À la tribune de l’ONU, Donald Trump avait adressé en septembre à la Chine un avertissement d’une rare fermeté. Mais le président des États-Unis avait continué de louer les qualités de son « ami » et homologue chinois Xi Jinping, donnant parfois l’impression d’utiliser Hong Kong comme moyen de pression dans la guerre commerciale entre les deux premières puissances mondiales.

Le Congrès américain, traditionnellement plus pugnace à l’égard de Pékin, avait en revanche érigé une ligne rouge en défense de l’autonomie hongkongaise. Il avait adopté une résolution menaçant de suspendre le statut commercial spécial accordé par Washington à Hong Kong si les droits des manifestants étaient bafoués.

Paradoxalement, c’est aujourd’hui sur ce texte que le milliardaire républicain avait hésité à promulguer que s’appuie son administration pour dissuader le Parti communiste chinois d’adopter sa loi controversée.

La résolution américaine réclame en effet que le secrétaire d’État certifie au Congrès que la Chine respecte bien le « degré élevé d’autonomie » promis à Hong Kong depuis sa rétrocession par Londres à Pékin en 1997.

Or sans cette certification, sur laquelle Mike Pompeo doit se prononcer prochainement, Washington peut priver Hong Kong de son statut commercial préférentiel -- un coup dur pour toute l’économie chinoise déjà assommée par la pandémie.

Le chef de la diplomatie américaine a menacé vendredi de manière à peine voilée de ne pas octroyer la certification et de revenir sur le statut spécial octroyé en 1992.

« Option nucléaire »

Tout en remerciant les Américains pour leur vigilance, Dennis Kwok, parlementaire prodémocratie de Hong Kong, a souligné les risques d’une telle stratégie.

« C’est presque comme une option nucléaire, si on l’utilise, cela risque de nuire à tout le monde et de rendre très difficile de reconstruire Hong Kong », a-t-il dit lors d’une vidéoconférence organisée par la fondation conservatrice Heritage à Washington.

Pour lui, il serait plus efficace d’agiter le spectre d’une fuite des capitaux en cas d’empiétement chinois sur l’autonomie de cette place financière majeure.

« Si la Chine est assez stupide pour croire » qu’elle « n’a pas besoin d’un centre financier international, alors bien sûr on ne pourra rien faire pour la dissuader », a-t-il expliqué.

La Maison Blanche lui a fait écho, en prévenant qu’un « tel mépris pour l’État de droit » ferait fuir les investisseurs. « Ce sera très très mauvais pour l’économie chinoise », a martelé Kevin Hassett, conseiller économique de Donald Trump.

Des parlementaires républicains comme démocrates ont eux présenté dès jeudi une proposition de loi pour sanctionner tout responsable chinois qui saperait l’autonomie de Hong Kong.

Reste à savoir jusqu’où est prêt à aller Donald Trump, alors qu’il vient de décrocher un accord commercial avec Pékin, crucial à l’approche de la présidentielle américaine de novembre.

Lui qui a souvent semblé résumer la confrontation avec la Chine à ce seul dossier commercial a évolué à mesure que le nouveau coronavirus, apparu fin 2019 dans la ville chinoise de Wuhan, se propageait dans le monde.

L’ex-magnat de l’immobilier reproche désormais aux dirigeants chinois d’être responsables d’une « tuerie de masse », refuse de parler à Xi Jinping et menace de représailles qui pourraient aller jusqu’à la rupture pure et simple des relations.

« Les États-Unis et la Chine traversent leur moment le plus dangereux depuis le début de leurs relations modernes dans les années 1970 », a jugé l’ex-diplomate américain Richard Haass, président du cercle de réflexion Council on Foreign Relations. « La liste de différends s’allonge », « mais il n’y a pas de vision stratégique ni de plan pour limiter les frictions. Les deux pays risquent d’être perdants ».