L’Europe s’offre une bouffée d’air

Pionnière en matière de déconfinement, l’Autriche a franchi une étape symbolique importante vendredi avec la réouverture de ses restaurants et de ses emblématiques cafés viennois.
Photo: Ronald Zak Associated Press Pionnière en matière de déconfinement, l’Autriche a franchi une étape symbolique importante vendredi avec la réouverture de ses restaurants et de ses emblématiques cafés viennois.

Des cafés qui rouvrent de Vienne à Sydney et des Français qui s’apprêtent à vivre leur premier week-end déconfiné : la vie tente de reprendre son cours sur une planète paralysée par la pandémie, qui a fait plus de 302 000 morts et poursuit sa course notamment aux États-Unis et en Russie.

Plus de cinq mois après l’apparition du nouveau coronavirus en Chine, le monde s’habitue à l’idée de vivre durablement avec ce fléau, qui selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) pourrait « ne jamais disparaître ».

Et les efforts s’intensifient pour tenter de relancer des économies entrées dans une récession sans précédent. Locomotive européenne, l’Allemagne a confirmé vendredi une chute de 2,2 % de son activité au premier trimestre, avec un recul attendu de 6,3 % pour l’ensemble de l’année.

Selon l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), le commerce mondial devrait enregistrer « des baisses à deux chiffres » en volume dans presque toutes les régions du monde.

Pionnière en matière de déconfinement, l’Autriche a franchi une étape symbolique importante vendredi avec la réouverture de ses restaurants et de ses emblématiques cafés viennois.

Fanny et Sophie, deux étudiantes âgées de 19 ans, attendaient avec impatience de pouvoir reprendre leurs habitudes au Café Goldegg, près du musée du Belvedere.

« Cela a été dur pour nous que ce soit fermé tout ce temps, ça nous a manqué et on va revenir aussi souvent que possible », expliquent-elles, attablées autour d’un robuste petit-déjeuner.

En Australie ou à Berlin, la réouverture des restaurants était également attendue avec impatience.

« L’envie de s’asseoir ailleurs qu’à la maison pour prendre un verre avec vos copains est manifestement énorme », témoigne Chrissy Flanagan, patronne du bistrot The Sausage Factory à Sydney.

Premier pays d’Europe à déclarer la « fin » de l’épidémie sur son sol, la petite Slovénie a annoncé une réouverture de ses frontières.

Partout dans le monde, distanciation sociale et gestes barrières restent de rigueur.

Le Vatican a annoncé la réouverture lundi de la basilique Saint-Pierre de Rome, après complète désinfection et avec application des mêmes règles sanitaires que l’Italie.

En Irlande, lundi marquera également un assouplissement des mesures de confinement, avec réouverture de certains commerces, des plages et possibilité de se retrouver en extérieur, au maximum à quatre personnes.

Cinq phases de trois semaines chacune sont prévues, la dernière devant démarrer le 10 août, avec la possibilité de revenir à l’étape précédente si le virus n’est plus sous contrôle. Le pays va également imposer, à partir de lundi, 14 jours de quarantaine aux voyageurs arrivant de l’étranger.

Des mesures de contrôle des étrangers qui ont commencé à être appliquées en Espagne, avec prise de température et quarantaine volontaire de 14 jours.

Entrée en déconfinement le 11 mai, la France, un des pays les plus endeuillés au monde avec plus de 27 000 morts, se prépare à connaître son premier week-end au vert. De nombreuses plages ont été autorisées à rouvrir et le premier ministre Edouard Philippe a invité la population à commencer à songer à ses congés d’été.

Mais les restrictions restent nombreuses : les déplacements sont limités à un rayon de 100 km, ce qui interdit notamment l’accès du littoral aux Parisiens.

Ce pays a par ailleurs annoncé vendredi la première mort d’un enfant de neuf ans atteint d’une forme proche de la maladie de Kawasaki, considérée comme probablement liée au COVID-19.

L’Allemagne pour sa part s’apprête à relancer ce week-end son championnat de foot, mais dans des stades vides et suivant un cahier des charges sanitaire draconien.

Venise sans pigeons

Aux États-Unis, pays le plus touché avec plus de 85 000 morts, le président Donald Trump a invité les citoyens à « retourner au travail ». Le chômage affecte près de 15 % de la population active, un record.

Les plages autour de Los Angeles ont rouvert. Mais New York, la capitale économique du pays, a vu son confinement prolongé jusqu’au 28 mai au moins. La pandémie y a fait plus de 20 000 morts.

En Italie, où certaines plages rouvrent également après des semaines de confinement, l’absence d’activité touristique se fait particulièrement sentir à Venise, où même les pigeons ont déserté la place Saint-Marc, faute de visiteurs pour les nourrir. « Sans touristes, Venise est une ville morte », constate Majuro Sambo, un gondolier de 66 ans.

En Afrique, les conséquences pourraient être encore bien plus dévastatrices, selon une étude de l’OMS publiée vendredi. Jusqu’à présent relativement épargné avec moins de 2500 décès recensés officiellement, le continent pourrait enregistrer jusqu’à 190 000 morts.

« Génocide » au Brésil

Au Bangladesh, la découverte d’un premier cas dans un des immenses camps de réfugiés rhingraves fait craindre un « scénario cauchemar », selon les termes d’un collaborateur de l’ONG Refuges International, Daniel Suivant.

Au Brésil, où la pandémie se répand notamment parmi les populations les plus pauvres, le ministre de la Santé a démissionné, pour « divergences de vues » avec le président Jair Bolsonaro sur les mesures à prendre, après n’avoir occupé le poste que pendant moins d’un mois.

En Russie, où quelque 10 000 nouvelles contaminations sont détectées chaque jour, la mairie de Moscou a annoncé un plan de dépistage d’une ampleur « unique au monde ».

Lueur d’espoir : un vaccin pourrait être disponible dans un an, selon un scénario « optimiste » de l’Agence européenne du Médicament (EMA).

Le président Donald Trump a dit pour sa part en espérer un d’ici à la fin de l’année, « peut-être même avant ».

Un peu plus tard lors de sa conférence de presse, le locataire de la Maison Blanche a cependant nuancé son optimisme. « Un vaccin serait formidable », a-t-il affirmé.

Plus de cent projets ont été lancés dans le monde et une dizaine d’essais cliniques sont en cours, dont cinq en Chine, pour tenter de trouver un remède contre la maladie.

Le président français, Emmanuel Macron, a souhaité qu’un vaccin ne soit pas soumis « aux lois du marché ». L’UE a insisté pour qu’il soit « un bien d’utilité publique », avec un accès « équitable et universel ».