La France entame son déconfinement, le Royaume-Uni le reporte

En France, des millions de personnes s’apprêtent à reprendre le travail lundi.
Photo: Christophe Ena Associated Press En France, des millions de personnes s’apprêtent à reprendre le travail lundi.

Est-il trop tôt pour mettre fin au confinement ? L’Europe était aux prises ce week-end avec la crainte d’une nouvelle vague d’infections au coronavirus. Alors que la France était à la veille de son déconfinement dimanche, l’Allemagne recevait de premiers signaux inquiétants quant au sien, amorcé depuis seulement quelques jours. De son côté, le Royaume-Uni a décidé de reporter sa reprise pour juillet.

Si le déconfinement s’avère nécessaire en France afin d’enrayer la récession économique, les mises en garde se sont multipliées contre tout relâchement de l’attention et des gestes de protection.

Le président, Emmanuel Macron, a tweeté en début de soirée : « Grâce à vous, le virus a reculé. Mais il est toujours là. »

Dans les zones dites « vertes », c’est-à-dire où le risque de contagion est censé être moins élevé, « il faut considérer que le virus est là. Il est en embuscade, il circule », a de son côté averti la professeure Anne-Claude Crémieux, infectiologue à l’hôpital Saint-Louis à Paris.

Trois nouveaux foyers épidémiques ont été découverts dans les départements de la Dordogne, de la Vienne et de la Vendée, sonnant l’alerte chez les autorités.

Ces craintes semblent largement partagées par les millions de personnes qui s’apprêtent à reprendre le travail lundi : 53 % disent avoir plus peur pour leur santé ou celle de leurs proches que des conséquences économiques de la crise, selon un sondage Ifop.

La COVID-19 a fauché 26 400 vies en France depuis le 1er mars. Avec 70 décès supplémentaires en 24 heures annoncés dimanche soir, ce pays vient toutefois d’enregistrer le chiffre le plus bas depuis le 17 mars, date du début du confinement. En outre, la pression sur les services de réanimation continue de s’alléger, avec un solde de 36 malades en moins.

Mais il reste quand même 2776 patients souffrant de formes graves de la COVID-19 hospitalisés en réanimation. Et l’absence de traitement ou de vaccin pousse à la vigilance.

« Malheureusement, l’évolution de l’épidémie est extrêmement incertaine à ce jour, et c’est l’avenir qui nous permettra de trancher », a résumé la professeure Crémieux.

Londres prolonge le confinement

Les magasins et les écoles primaires pourront ouvrir début juin au Royaume-Uni en cas de progrès dans la lutte contre la pandémie de COVID-19, a annoncé dimanche le premier ministre, Boris Johnson, lors d’une annonce télévisée, décrétant la prolongation d’ici là du confinement décrété le 23 mars.

Près de 32 000 personnes déclarées positives au coronavirus sont mortes au Royaume-Uni, deuxième pays parmi les plus endeuillés, après les États-Unis. Et bien que le nombre de décès et d’hospitalisations diminue, la situation reste préoccupante, en particulier dans les maisons de retraite.

Début juillet, « si toutes les conditions sont réunies », le gouvernement espère « rouvrir au moins une partie » des cafés et des restaurants et d’autres lieux publics.

La population est pour l’instant appelée à poursuivre ses efforts avec une nuance : si le télétravail est toujours recommandé, ceux qui ne peuvent pas travailler de chez eux sont désormais « activement encouragés » à se rendre au travail, dès lundi. Il leur est toutefois demandé d’éviter les transports en commun et de respecter une distance de deux mètres entre chaque individu.

Maigre consolation : à partir de mercredi, les Britanniques pourront sortir de chez eux autant qu’ils le veulent pour faire du sport et prendre des bains de soleil. En revanche, les amendes seront plus chères pour ceux qui ne respecteront pas les règles de distanciation physique.

Le chef de l’opposition travailliste, Keir Starmer, a critiqué le manque de « clarté » de Boris Johnson. « La déclaration du premier ministre soulève plus de questions qu’elle [ne donne de réponses] », a-t-il tweeté.

L’Allemagne inquiète

De son côté, l’Allemagne enregistre de premiers signaux inquiétants quelques jours seulement après avoir décrété le début du retour à la normale face au coronavirus.

L’Institut national de virologie Robert Koch, chargé de surveiller l’évolution de la pandémie, a fait état dimanche d’une hausse du taux d’infection, repassé autour de la zone considérée comme potentiellement dangereuse, à 1,1.

De nouveaux foyers de contamination ont notamment été signalés dans des maisons de retraite et des ateliers de transformation industrielle de viande, employant des centaines de travailleurs d’Europe de l’Est dans des conditions d’hygiène douteuses. Plusieurs de ces ateliers ont été fermés, et des tests à grande échelle ont été ordonnés dans cette industrie.

Ces incidents semblent confirmer les craintes de la chancelière, Angela Merkel, qui a dû céder à la pression des régions allemandes mercredi, lors d’une réunion houleuse, pour accepter de nouvelles étapes du déconfinement.

Selon plusieurs médias, elle a même menacé de démissionner à cette occasion devant l’empressement des régions. La chancelière redoute que la population se relâche trop vite et provoque une deuxième vague d’infection.

Dimanche, l’Allemagne enregistrait 169 218 cas de contamination, soit seulement 667 de plus au cours des 24 dernières heures, ce qui est peu par rapport à la moyenne des dernières semaines. Le nombre de décès s’établit lui à 7395, soit un taux de létalité de 4,4 %, inférieur à celui de la plupart des autres grands pays.

Dans ce contexte, les autorités ont annoncé mercredi un retour progressif à la normale, après le début du déconfinement le 20 avril, avec notamment la réouverture des écoles primaires et des restaurants.

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