Le monde entre impatience et déconfinement

Près d’un millier de personnes ont manifesté lundi contre le confinement à Harrisburg, la capitale de la Pennsylvanie.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Près d’un millier de personnes ont manifesté lundi contre le confinement à Harrisburg, la capitale de la Pennsylvanie.

Jugeant la pandémie de coronavirus « sous contrôle », l’Allemagne a commencé lundi à assouplir les mesures de confinement qui ont mis l’économie mondiale à l’arrêt, une délicate opération dans une Europe cloîtrée depuis des semaines. De ce côté de l’Atlantique, une partie des Américains ont manifesté pour précipiter les choses.

À ce jour, le continent européen a payé le plus lourd tribut, comptant près des deux tiers des plus de 167 000 morts recensés dans le monde lundi.

En Allemagne, avec 140 000 cas enregistrés et environ 4400 décès, la pandémie est « sous contrôle et gérable », ont jugé les autorités, qui ont autorisé la réouverture lundi matin des magasins d’une superficie inférieure à 800 m2. Commerces d’alimentation, librairies, garages, magasins de vêtements et autres fleuristes peuvent donc de nouveau accueillir des clients.

À Leipzig, Manuela Fischer, propriétaire d’une boutique de mode, se disait « incroyablement heureuse » de rouvrir son commerce, en sortant ses modèles en terrasse sous le soleil printanier.

Lieux culturels, bars, restaurants, terrains de sports demeurent néanmoins fermés. Les grands rassemblements tels que les concerts ou compétitions sportives, sont toujours interdits, au moins jusqu’à fin août. Écoles et lycées rouvriront progressivement à partir du 4 mai.

Les rassemblements de plus de deux personnes restent proscrits, une distance minimale de 1,5 m est censée être observée dans les lieux publics, et le port du masque « fortement recommandé ».

La situation reste « fragile », a prévenu la chancelière Angela Merkel. « Nous sommes au début de la pandémie et nous sommes encore loin d’être sortis de l’auberge », a-t-elle déclaré, jugeant qu’il serait « extrêmement dommage de connaître une rechute ».

Cette stratégie de sortie de crise, mise en œuvre par l’Allemagne, locomotive économique du vieux continent, est scrutée par une Europe qui vit sous cloche depuis près d’un mois, et dont certains pays s’apprêtent à entamer le défi du déconfinement à mesure que la maladie y apparaît contenue.

Mesures progressives

Le défi est énorme : relancer progressivement l’activité, contenir les impatiences des populations enfermées, voire les risques d’explosion sociale, tout en prévenant une possible résurgence du virus et en préservant des systèmes sanitaires saturés.

L’Autriche avait permis mardi dernier la réouverture prudente de ses petits commerces et jardins publics.

La Norvège a commencé lundi à rouvrir ses barnehager, établissements qui englobent garderie et maternelle, premier pas d’une levée lente et progressive des restrictions décrétées mi-mars. Silje Skifjell a ainsi déposé ses deux garçons, Isaak et Kasper, dans une crèche au nord d’Oslo, où l’aîné était « tellement content de retrouver ses copains ».

La France, l’Espagne et l’Italie, se préparent, elles aussi, à de premières mesures de déconfinement dans les jours ou les semaines à venir. « Nous allons devoir apprendre à vivre avec le virus », a prévenu dimanche soir le premier ministre français, Édouard Philippe. L’exécutif travaille à un très progressif déconfinement à partir du 11 mai.

La France a fait lundi un premier pas en autorisant à nouveau, sous conditions, les visites aux pensionnaires des maisons de retraite. Ce droit de visite, qui s’appliquera aussi pour les établissements accueillant les handicapés, s’effectuera à la demande du résident et dans des conditions « extrêmement limitées », avec un contact visuel autorisé, mais pas physique, a annoncé dimanche soir le ministre français de la Santé, Olivier Véran.

Malgré la situation inquiétante dans le pays, plusieurs spécialistes et associations de patients en France ont insisté sur la nécessité de rétablir des liens familiaux en soulignant que le confinement des personnes âgées pourrait mener à un état de détresse fatal.

Au Danemark, les petits commerces ont reçu lundi la permission de rouvrir leurs portes, à condition d’appliquer de strictes mesures d’hygiène et de séparation. Les garderies danoises avaient rouvert le 15 avril.

En Serbie, certaines mesures de restriction seront assouplies à partir de mardi. Les personnes de plus de 65 ans pourront ainsi sortir se promener trois fois par semaine, si elles restent près de chez elles.

En Italie, les premières mesures d’allègement ne seront pas prises avant le 3 mai. Mais peu à peu les entreprises rouvrent, même si c’est de façon partielle et avec beaucoup de précautions.

En revanche au Royaume-Uni, le confinement instauré le 23 mars a été prolongé d’au moins trois semaines jeudi et le gouvernement n’envisage pas encore d’en sortir.

Des républicains s’impatientent

Si Donald Trump a dévoilé un plan pour relancer l’économie des États-Unis, la majorité du pays est encore confinée. Au grand dam des Américains « anti-confinement » qui, après le Texas et une dizaine d’autres États ce week-end, ont manifesté lundi à Harrisburg, en Pennsylvanie.

« La nouvelle normalité » nécessitée par le virus « ne veut pas dire que nous devons sacrifier nos libertés pour la sécurité de notre pays », a lancé, depuis le haut des marches du Capitole, un parlementaire local républicain, Aaron Bernstine, alors que la foule scandait « USA ! USA ! USA ! ».

« Levez les restrictions maintenant ! » a renchéri Russ Diamond, autre élu républicain. « Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le mal », a-t-il dit, répétant les paroles de son président.

Tom Ryan, un comptable venu également soutenir Donald Trump, assure être modéré. « On ne peut pas tout fermer juste parce qu’on a un problème sanitaire », a-t-il indiqué. « Il faut trouver un moyen d’équilibrer les choses. »

Aussi bruyantes que soient ces manifestations, que Donald Trump a encouragées en jugeant que certains gouverneurs étaient allés « trop loin », elles semblent refléter des opinions minoritaires : un récent sondage Quinnipiac indique que plus de 80 % des Américains soutiennent les mesures de confinement.

Selon Troy Thompson, un porte-parole du gouvernement local, ces protestataires « compromettent les sacrifices déjà réalisés [pour juguler l’épidémie] et mettent en danger les policiers » déployés pour la manifestation.

 

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