La pandémie atteint le triste seuil des 100 000 morts

Malgré des règles de confinement parfois strictes mises en place, le nombre de décès quotidiens dans le monde continue d’augmenter: moins de 500 par jour mi-mars, plus de 5000 début avril, jusqu’à près de 7500 jeudi. 
Photo: Johan Ordonez Agence France-Presse Malgré des règles de confinement parfois strictes mises en place, le nombre de décès quotidiens dans le monde continue d’augmenter: moins de 500 par jour mi-mars, plus de 5000 début avril, jusqu’à près de 7500 jeudi. 

Le 9 janvier, un Chinois de 61 ans meurt dans la ville chinoise de Wuhan. C’est le premier mort officiel d’un virus que le monde va bientôt connaître sous le nom de SRAS-CoV-2. Le 10 avril, trois mois après, plus de 100 000 personnes ont succombé à la maladie provoquée par ce nouveau coronavirus.

Après l’Asie, c’est l’Europe, en mars, et désormais les États-Unis qui sont devenus l’épicentre d’une contagion qui a poussé plus de la moitié de la population mondiale à se confiner. Malgré des règles parfois strictes mises en place, le nombre de décès quotidiens dans le monde continue d’augmenter : moins de 500 par jour mi-mars, plus de 5000 début avril, jusqu’à près de 7500 jeudi. En huit jours, plus de morts ont été annoncés que durant les 84 précédents.

Au total, au moins 100 661 personnes ont été emportées par la maladie COVID-19, selon un bilan établi vendredi. 1 650 651 cas de contamination ont été recensés dans 193 pays et territoires, et 334 340 personnes ont été déclarées guéries.

Les données publiées partout dans le monde, aussi bien en termes de cas que de décès, sont toutefois loin de refléter totalement la réalité. Nombre de pays ne testent que les malades dans un état grave. Beaucoup n’ont pas de politique de tests à grande échelle, quand ce ne sont pas les moyens qui manquent, cruellement, comme en Afrique. Certains pays, comme l’Espagne, s’interrogent sur la sous-évaluation de leur bilan. Les personnes mortes à leur domicile ne sont généralement pas prises en compte.

Comme tout le monde, l’OMS aimerait voir les restrictions levées. Mais lever les restrictions trop rapidement pourrait entraîner une résurgence mortelle.

Avec 70 245 décès recensés pour 857 233 cas (respectivement 70 % et 52 % des totaux mondiaux), l’Europe, qui comptait encore moins de 10 000 morts le 22 mars, reste le principal foyer de la pandémie. L’Italie et l’Espagne sont les deux pays européens les plus durement touchés, avec respectivement plus de 19 000 et de 16 000 décès recensés.

Signe d’espoir tout de même, après un pic à près de mille morts en 24 heures, le 27 mars en Italie et le 2 avril en Espagne, les chiffres quotidiens semblent avoir atteint un plateau et commencent lentement à diminuer. Ces dernières 24 heures, l’Italie a recensé 570 morts, l’Espagne 605. Mais d’autres, comme le Royaume-Uni, avec 980 décès ces dernières 24 heures ou la Belgique, avec 496 sur la même période, voient encore la situation empirer.

C’est désormais aux États-Unis, qui viennent de battre un nouveau record avec 2108 morts en 24 h, que la maladie progresse le plus vite, en particulier dans l’État de New York, qui à lui seul a dénombré plus de contaminations que le deuxième pays touché en nombre de cas (l’Italie) — plus de 160 000 dont 93 000 pour la mégalopole seule.

Plus de 28 % des contagions mondiales étaient recensés sur le territoire américain (presque un demi million de cas recensés) vendredi soir. Même si le nombre de personnes nouvellement hospitalisées se stabilise enfin dans plusieurs États, ils étaient aussi en passe de devenir vendredi le pays comptant le plus de morts. Les États-Unis enregistrent un total de 18 586 morts, 2e bilan le plus élevé au monde, derrière l’Italie.

Déconfinement prématuré ?

Par ailleurs, une levée prématurée des mesures de confinement prises pour endiguer la propagation du nouveau coronavirus pourrait entraîner une « résurgence mortelle » de la pandémie, a prévenu vendredi le patron de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Je sais que certains pays préparent déjà la transition pour sortir des restrictions de confinement. Comme tout le monde, l’OMS aimerait voir les restrictions levées. Mais lever les restrictions trop rapidement pourrait entraîner une résurgence mortelle » de la pandémie, a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Le reflux [de la pandémie] pourrait être aussi mortel que sa propagation s’il n’est pas géré convenablement », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse virtuelle à Genève, siège de l’agence onusienne.

Alors que la Chine a rouvert une partie de la ville de Wuhan, dans la province de Hubei, berceau de la pandémie apparue en décembre, et que la propagation montre des signes de stabilisation ou de recul en Europe, les autorités de plusieurs pays, dont la France, commencent à envisager un déconfinement à plus ou moins court terme.

Choisir le moment opportun pour rouvrir l’économie sera « de loin la plus grande décision de ma vie », a reconnu le président américain Donald Trump, dont le pays abrite le plus grand nombre de cas du nouveau coronavirus.

L’OMS dit consulter les pays concernés pour élaborer des stratégies de desserrement progressif et sûr. Six conditions doivent être remplies : contrôler la transmission du virus, assurer l’offre de santé publique et de soins, minimiser le risque dans des environnements exposés comme les établissements de santé de longue durée, mettre en place des mesures de prévention au travail, dans les écoles et d’autres lieux fréquentés, contrôler le risque de cas importés et enfin responsabiliser les populations.