Front commun difficile pour l’Union européenne

L’armée allemande étaient chargée de distribuer du matériel médical mercredi.
Photo: Ronny Hartmann Agence France-Presse L’armée allemande étaient chargée de distribuer du matériel médical mercredi.

Neuf pays européens, dont la France et l’Italie, ont appelé mercredi à lancer un emprunt commun à toute l’Union européenne pour faire face au coronavirus, mettant la pression sur l’Allemagne, opposée à toute mutualisation des dettes.

À la veille d’un sommet européen par vidéoconférence et tandis qu’une récession dans l’UE se profile cette année, neuf dirigeants de pays de la zone euro ont réclamé davantage de solidarité pour répondre à la gravité de la situation.

Faire face aux conséquences économiques catastrophiques de la pandémie est un test pour l’unité des 27. Dans une lettre adressée au président du Conseil européen, Charles Michel, ils exhortent à « travailler à un instrument de dette commun émis par une institution européenne pour lever des fonds sur le marché […] au profit de tous les États membres […] pour faire face aux dommages causés par le coronavirus ».

Le Français Emmanuel Macron, l’Italien Giuseppe Conte et l’Espagnol Pedro Sánchez sont signataires de cette missive, obtenue par l’AFP, ainsi que les chefs d’État et de gouvernement de Grèce, d’Irlande, de Belgique, du Luxembourg, de Slovénie et du Portugal.

La mutualisation des dettes des pays européens est depuis longtemps réclamée par les pays particulièrement endettés du sud de l’Europe, comme l’Italie, mais elle est rejetée par les pays du nord. Pour des pays aux finances exsangues, il est plus difficile d’emprunter sur les marchés, les investisseurs, inquiets de leur solvabilité, exigeant des taux d’intérêt plus élevés pour leur prêter de l’argent.

1100 milliards
C’est la valeur, en euros, du plan de sauvetage économique adopté mercredi par le gouvernement allemand

L’Allemagne annonce son plan

Pour leur part, les députés allemands ont adopté mercredi un plan de sauvetage « historique » de près de 1100 milliards d’euros (environ 1700 milliards canadiens) pour défendre la première économie européenne face à la pandémie du nouveau coronavirus.

Le volume de ce programme, qui représente près d’un tiers de la richesse totale produite par le pays en un an, est « sans précédent pour l’Allemagne depuis la Deuxième Guerre mondiale », selon les mots ministre des Finances et vice-chancelier Olaf Scholz.

Il comprend trois éléments.

La création d’un fonds de secours pour les grandes entreprises, doté de jusqu’à 600 milliards d’euros, dont 400 milliards d’euros de garanties pour les dettes des entreprises, 100 milliards pour les prêts ou les prises de participation dans les entreprises et 100 milliards pour soutenir la banque d’investissement publique KfW.

Une augmentation de 357 milliards d’euros de la puissance de feu de KfW, qui pourra quant à elle garantir à l’avenir quelque 822 milliards d’euros de prêts.

Et une rallonge budgétaire fédérale de plus de 100 milliards d’euros environ pour cette année, pour différentes mesures d’aides, notamment à l’attention des petites entreprises ou des salariés.

Pour la première fois depuis 2013, l’Allemagne, chantre de l’orthodoxie budgétaire, va contracter des dettes cette année, à hauteur de quelque 156 milliards d’euros. À la fois pour financer des mesures de soutien et compenser un recul de ses recettes fiscales.

Plan de relance américain

Pendant ce temps, le Sénat américain devait approuver mercredi un plan « historique » de relance de la première économie mondiale, durement frappée par la pandémie de coronavirus, notamment l’État de New York, épicentre de la crise sanitaire où les mesures de confinement semblent faire leurs preuves.

Après plusieurs jours de tractations intenses, la majorité républicaine et l’opposition démocrate se sont accordées sur un texte majeur qui va mobiliser environ 2000 milliards de dollars à destination des salariés, des entreprises, des hôpitaux et des collectivités.

« Le Sénat va se rassembler, agir ensemble et passer ce plan de sauvetage historique », a assuré le chef des républicains à la chambre haute, Mitch McConnell, avant le vote, dont l’horaire exact était encore inconnu.

Ce plan sera-t-il suffisant ? « Nous ne savons pas », a avoué le chef des sénateurs démocrates, Chuck Schumer.

Le texte devra ensuite être adopté par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates, puis être promulgué par le président Donald Trump, qui a fait pression sur le Congrès pour faire redémarrer une économie probablement déjà en récession.

Quant aux fonds alloués à l’État dans le cadre du plan de sauvetage (3,8 milliards de dollars), le gouverneur Cuomo a déploré « une goutte d’eau dans l’océan » des pertes, estimées jusqu’à 15 milliards de dollars.

Cet État de près de 20 millions d’habitants continue de réclamer au gouvernement fédéral du matériel médical, à commencer par des respirateurs par milliers.