La pandémie «s’accélère», mais sa trajectoire peut être modifiée

Il a fallu 67 jours pour atteindre 100 000 cas, onze jours pour atteindre 200 000 cas et seulement quatre jours pour atteindre 300 000 cas.
Photo: Anthony Wallace Agence France-Presse Il a fallu 67 jours pour atteindre 100 000 cas, onze jours pour atteindre 200 000 cas et seulement quatre jours pour atteindre 300 000 cas.

La pandémie de coronavirus « s’accélère » mais sa trajectoire peut être modifiée, a estimé lundi l’Organisation mondiale de la santé (OMS), appelant les pays à passer à l'« attaque » en testant tous les cas et en plaçant en quarantaine leurs proches contacts.

« Plus de 300 000 cas de COVID-19 ont été signalés à ce jour. C’est déchirant. La pandémie s’accélère », mais « nous pouvons changer [sa] trajectoire », a déclaré le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, au cours d’une conférence de presse virtuelle depuis Genève.

Il a fallu 67 jours pour atteindre 100 000 cas, onze jours pour atteindre 200 000 cas et seulement quatre jours pour atteindre 300 000 cas, a-t-il détaillé.

« Mais ce qui importe le plus, c’est ce que nous faisons. On ne peut pas gagner un match de football uniquement en [se] défendant. Il faut aussi attaquer », a souligné le patron de l’OMS. « Demander aux gens de rester chez eux et [établir] d’autres mesures de distanciation physique sont un moyen important de ralentir la progression du virus et de gagner du temps, mais ce sont des mesures de défense qui ne nous aideront pas à gagner », a-t-il souligné.

« Il faut tester chaque cas suspect, isoler et soigner chaque cas confirmé et suivre et mettre en quarantaine chaque contact étroit », a-t-il dit.

Le directeur général du Programme pour les urgences de l’OMS, Michael Ryan, a appelé pour sa part les pays à profiter de la nouvelle « fenêtre de tir », qui s’est ouverte grâce aux mesures de distanciation physique et de confinement, notamment en dépistant tous les cas suspects. Le chef de l’OMS a toutefois reconnu que certains pays faisaient face à une pénurie de moyens et a invité la communauté internationale à accroître les capacités.

La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie

 

 

Faux espoirs

Tedros Adhanom Ghebreyesus a par ailleurs condamné l’administration de médicaments aux patients infectés par le nouveau coronavirus avant que la communauté scientifique se soit accordée sur leur efficacité. « Des études réduites et non randomisées, réalisées à partir d’observations, ne nous apporteront pas les réponses dont nous avons besoin », a averti M. Ghebreyesus. « Administrer des médicaments non testés, sans la preuve suffisante, pourrait susciter de faux espoirs et même faire plus de mal que de bien en entraînant des pénuries de médicaments essentiels pour traiter d’autres maladies », a-t-il rappelé, sans toutefois mentionner de médicaments en particulier.

Cet avertissement intervient alors que, ces derniers jours, certains, dont le président américain, Donald Trump, ont fondé beaucoup d’espoir sur la chloroquine, un antipaludéen.

En France également, plusieurs élus ont fait monter la pression pour généraliser rapidement l’utilisation de la chloroquine pour traiter le coronavirus, même si son efficacité est toujours en cours d’évaluation scientifique.

Le nouveau coronavirus a fait au moins 16 146 morts dans le monde depuis son apparition en décembre, selon un bilan établi à partir de sources officielles lundi. Plus de 361 510 cas d’infection ont été officiellement déclarés dans 174 pays et territoires.

L’Italie compte 6077 morts pour 63 927 cas. La Chine, où l’épidémie a débuté, dénombre 3270 décès pour 81 093 cas. Les pays les plus touchés après l’Italie et la Chine sont l’Espagne (2182 morts, 33 089 cas), l’Iran (1812 morts, 23 049 cas), la France (860 morts, 19 856 cas) et les États-Unis (499 morts, 41 511 cas).

« Cessez-le-feu mondial » réclamé

Pour sa part, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé lundi un appel « à un cessez-le-feu immédiat, partout dans le monde », afin de préserver, face à la « furie » du COVID-19, les civils les plus vulnérables dans les pays en conflit.

« La furie avec laquelle s’abat le virus montre bien que se faire la guerre est une folie », a-t-il souligné lors d’une brève allocution au siège de l’ONU sans citer de pays en particulier.

Un premier cas de COVID-19 a été signalé en Syrie, ravagée par la guerre depuis dix ans, d’autres recensés en République démocratique du Congo ou en Afghanistan. Experts et diplomates s’attendent à ce que le virus provoque un carnage dans les pays en conflit, souvent très pauvres et aux systèmes de santé encore plus défaillants qu’ailleurs.

« Si les combats se poursuivent, nous pourrions avoir une extension absolument dévastatrice de l’épidémie », a mis en garde M. Guterres.

« L’heure est venue de laisser les conflits armés derrière nous pour concentrer nos efforts sur le véritable combat de nos vies », a-t-il aussi dit. « Posez les armes, faites taire les canons, mettez fin aux frappes aériennes », a-t-il exhorté, en soulignant que c’était « essentiel » pour « établir des couloirs d’aide humanitaire qui sauveront des vies ».

Un G20 extraordinaire ?

Enfin, les présidents français, Emmanuel Macron, et chinois, Xi Jinping, se sont accordés lundi, au cours d’une conversation téléphonique, pour souhaiter un sommet extraordinaire du G20 sur les aspects sanitaires et économiques de la crise du coronavirus, a indiqué la présidence française.

« La tenue d’un tel sommet serait utile en particulier sur le plan sanitaire, en associant l’OMS pour travailler conjointement sur les traitements et le vaccin », précise la présidence.

Un sommet du G20 — le regroupement des 20 principales puissances économiques mondiales — serait également utile « sur le plan économique (stabilisation de l’économie mondiale par des mesures coordonnées sur le plan budgétaire et monétaire, soutien aux États les plus vulnérables) », a-t-on ajouté.

Un tel sommet se tiendrait certainement en visioconférence, comme celui du G7 organisé la semaine dernière.