La «crise sanitaire mondiale majeure de notre époque», estime l’OMS

Plus de 175 530 cas ont été enregistrés dans 145 pays et territoires, selon un bilan établi par l’AFP.
Photo: Andreas Solaro Agence France-Presse Plus de 175 530 cas ont été enregistrés dans 145 pays et territoires, selon un bilan établi par l’AFP.

Face à la « crise sanitaire mondiale majeure de notre époque », l’Organisation mondiale de la santé (OMS) appelle à effectuer « un test pour chaque cas suspect » de coronavirus, a-t-elle annoncé lundi à Genève, en Suisse, où l’état d’urgence a été décrété jusqu’au 19 avril, interdisant toute manifestation publique et privée. Il y a désormais « plus de cas et de décès dans le reste du monde qu’en Chine », a ajouté le chef de l’organisation, Tedros Adhanom Ghebreyesus, lors d’une conférence de presse. « Nul ne peut combattre un incendie les yeux bandés », a-t-il déclaré, estimant indispensable que les pays « testent, testent, testent. Il faut tester chaque cas suspect ».

« Au cours de la semaine écoulée, nous avons assisté à une augmentation rapide des cas de virus COVID-19 », a ajouté le chef de l’OMS, et face à cela « nous n’avons pas vu un accroissement suffisant du nombre de tests, de placements en isolation et de recherches de contacts des personnes contaminées, qui constituent le coeur de la réponse ».

Il n’a pas précisé de chiffre, mais selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles, plus de 175 000 cas ont été enregistrés dans 145 pays et territoires à l’heure ou ces lignes étaient écrites.

Tedros Adhanom Ghebreyesus a salué les mesures draconiennes mises en places par de nombreux gouvernements, dont la fermeture des commerces et des écoles, estimant que « tout ce qui augmente les distances sociales fait diminuer les transmissions et permet aux systèmes de santé de mieux réagir ». L’essentiel est « de tester et d’isoler », a-t-il ajouté. « Vous ne pouvez pas stopper une pandémie si vous ne savez pas qui est infecté. »

Il a par ailleurs assuré que des personnes infectées peuvent continuer à être contagieuses après avoir cessé de se sentir malades et a recommandé que « les mesures d’isolation continuent à être observées au moins deux semaines après la disparition des symptômes ».

Le premier essai clinique pour tester un vaccin candidat contre le nouveau coronavirus a débuté à Seattle. « L’essai clinique ouvert va inclure la participation de 45 adultes volontaires en bonne santé âgés de 18 à 55 ans pendant environ six semaines. »

Mesures draconiennes à extrêmes

Partout dans le monde, de plus en plus de gouvernements prennent des mesures de confinement, fermant entièrement ou partiellement leurs frontières ou même en déclarant l’état d’urgence, comme l’ont déjà fait les États-Unis, l’Espagne, le Portugal ou encore l’Arménie.

Vous ne pouvez pas stopper une pandémie si vous ne savez pas qui est infecté

 

Les restrictions aux frontières s’ajoutent à une cascade de mesures prises dans les différents pays. Le président Maduro a annoncé lundi une « quarantaine totale » au Venezuela. Écoles et universités, restaurants, bars, discothèques, cinémas sont désormais fermés un peu partout, y compris les pubs en Irlande et les maisons closes aux Pays-Bas. Les habitants de Rio sont pour leur part appelés à quitter les plages. Sans parler de quatre importants lieux saints en Iran, dont le sanctuaire de Machhad, du Taj Mahal en Inde, des mosquées au Maroc, de la suspension des prières collectives en Turquie.

La Colombie, qui a expulsé six voyageurs français et espagnols pour ne pas avoir respecté l’auto-isolement imposé du fait de la pandémie, a activé lundi un système de dénonciation de ceux qui violent les mesures de prévention. « À partir d’aujourd’hui [lundi], nous allons activer un mécanisme de collaboration […] sur la page Web de Migración Colombia [service des migrations, ndlr]. N’importe quel citoyen, de manière anonyme ou non s’il le désire, pourra nous informer qu’une personne qui devrait être en isolement est présumée ignorer cette disposition », a déclaré le chef du service des migrations colombien, Juan Francisco Espinosa.

Il a ajouté que, s’il s’agit d’un étranger résident, des « vérifications seront faites, avec des sanctions d’expulsion ». Les services de santé s’occuperont des Colombiens en infraction, qui depuis ce lundi doivent aussi se mettre en auto-isolement pour 14 jours dès leur arrivée dans le pays, a précisé M. Espinosa. Le pays va également fermer toutes ses frontières à partir de mardi et jusqu’au 30 mai pour combattre la propagation du coronavirus, a annoncé lundi le président Ivan Duque. La Colombie compte 54 cas confirmés depuis le 6 mars, la majorité à Bogotá, sans aucun décès à ce jour.

Les pays les plus touchés

Plus de 175 530 cas d’infection et au moins 7007 morts étaient dénombrés lundi dans 145 pays. En Asie, la Chine reste le pays le plus touché et dénombre 80 860 cas pour 3213 décès et 67 490 guérisons. C’est presque dix fois plus que son voisin la Corée du Sud avec ses 8236 cas.

Du côté de l’Europe, c’est l’hécatombe en Italie, où l’on dénombre 2158 morts pour 27 980 cas (un peu plus de 1800 nouveaux cas en 24 heures). En Espagne, le nombre de contaminations et de décès augmente de façon exponentielle avec 309 morts au total, 9191 cas, dont plus de 1500 nouveaux en 24 heures. Quant à la France, la contagion reste limitée par rapport à ce qui prévaut dans les pays voisins, avec 1210 cas et 21 décès supplémentaires en 24 heures, sur un total de 6633, et 148 morts.

L’Iran est le troisième pays le plus touché par la pandémie avec 853 morts pour 14 991 cas, alors que les autres pays de la région moyen-orientale ont pour l’instant chacun un bilan contenu de quelques centaines de cas ou moins.

Sur le continent américain, les pays d’Amérique centrale et du Sud sont très peu touchés jusqu’à présent, à l’exception du Brésil qui compte 234 cas, tandis que les États-Unis ont franchi lundi la barre des 4200 cas, dont plus de 70 morts.