Poutine compte bien continuer à trôner au Kremlin

L’homme fort de la Russie s’est dit favorable à l’idée de «réinitialiser» le nombre de ses mandats présidentiels pour lui permettre de participer aux élections de 2024.
Photo: Maxim Shemetov Agence France-Presse L’homme fort de la Russie s’est dit favorable à l’idée de «réinitialiser» le nombre de ses mandats présidentiels pour lui permettre de participer aux élections de 2024.

Le président russe, Vladimir Poutine, a ouvert mardi la voie à son maintien à la présidence après la fin de son mandat actuel, dans le cadre d’une vaste révision constitutionnelle adoptée par les députés. Répondant au Parlement à la proposition d’une députée et ancienne cosmonaute, l’homme fort de la Russie s’est dit favorable à l’idée de « réinitialiser » le nombre de ses mandats présidentiels à l’occasion de la réforme de la loi fondamentale, pour lui permettre de participer aux élections de 2024. Il a assuré vouloir que la Cour constitutionnelle autorise d’abord la modification et que les Russes l’approuvent lors du « vote populaire » prévu le 22 avril.

Quelques heures après l’intervention de M. Poutine, le maire de Moscou a interdit les rassemblements de plus de 5000 personnes jusqu’au 10 avril, officiellement pour cause de lutte contre l’épidémie de coronavirus.

Vladimir Poutine n’a actuellement pas le droit de se représenter en 2024, la Constitution imposant une limite de deux mandats consécutifs. Ce n’est qu’en laissant en 2008-2012 la présidence à Dmitri Medvedev, devenant alors premier ministre, qu’il aura pu effectuer deux fois deux mandats consécutifs depuis son accession au Kremlin en 2000. Un « pouvoir présidentiel fort est absolument nécessaire à la Russie », a déclaré mardi M. Poutine, 67 ans, jugeant que la « stabilité […] devait être prioritaire ».

Si la Cour constitutionnelle donne son aval, ce qui semble probable, Vladimir Poutine, qui fête ses 20 ans aux commandes de la Russie, pourrait en théorie rester deux mandats supplémentaires, soit jusqu’en 2036.

Les députés ont dans la foulée adopté cet amendement ainsi que tous les autres proposés par le chef de l’État depuis janvier. Un total de 382 ont voté pour la « réinitialisation » des mandats et 44 contre, la fraction communiste. Une dernière lecture aura lieu mercredi à la Douma, chambre basse, avant un vote le même jour des sénateurs du Conseil de la Fédération.

Près d’une centaine de personnes se sont rassemblées mardi soir après le vote à Moscou pour protester contre la réforme, tandis que des opposants ont appelé à des actions de protestation vendredi. « La personne qui a mené la Russie au chaos et à la catastrophe va rester au pouvoir jusqu’à la fin de sa vie. Cela peut être pour très longtemps », a déclaré à l’AFP l’un des manifestants, Alexeï Miniaïlo. « Poutine a l’intention de nous gouverner encore pendant au moins deux mandats […] Poutine jusqu’en 2036, c’est impensable », a abondé le journaliste d’opposition Ilia Azar.

Vladimir Poutine avait pris tout le monde de court en janvier en annonçant qu’il voulait lancer une révision constitutionnelle, la première depuis l’adoption de la Constitution russe en 1993. Les révisions, adoptées en première lecture à l’unanimité par les députés au début de l’année, concernaient à la fois le système politique et des garanties socio-économiques.

Vladimir Poutine a ensuite soumis 24 pages supplémentaires d’amendements adoptés mardi notamment pour défendre les valeurs conservatrices qu’il porte. La Constitution se dote ainsi de la mention de « la foi en Dieu » des Russes ainsi que du principe d’un mariage possible uniquement entre un homme et une femme.