La planète face aux défis de l’endiguement

En Corée du Sud, un total de 893 cas de COVID-19 a jusqu’à présent été répertorié, dont huit décès. Lundi, des travailleurs portant des combinaisons et des masques de protection pulvérisaient des matières désinfectantes à proximité de l'Assemblée nationale, à Séoul.
Photo: Yonhap via Agence France-Presse En Corée du Sud, un total de 893 cas de COVID-19 a jusqu’à présent été répertorié, dont huit décès. Lundi, des travailleurs portant des combinaisons et des masques de protection pulvérisaient des matières désinfectantes à proximité de l'Assemblée nationale, à Séoul.

Maintenant que des chaînes de transmission du COVID-19 se sont implantées dans quelques pays à l’extérieur de la Chine, tous les efforts doivent être consentis pour les endiguer, sans céder à la panique et en s’appuyant sur des mesures de santé publique, soulignent des experts.

« Nous devons nous concentrer sur l’endiguement [de l’épidémie], tout en faisant tout notre possible pour nous préparer à une éventuelle pandémie », a déclaré en conférence de presse le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus, à la suite de l’éclosion de cas en Italie, en Corée du Sud et en Iran.

« On dit toujours de ne pas céder à la panique, mais il faut quand même être conscient que le rythme d’infection et le nombre [de cas] pourraient devenir plus importants dans les prochaines semaines à travers la planète », remarque au Devoir Benoît Barbeau, virologiste et professeur au Département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal.

En Italie, le nombre de décès s’élève désormais à au moins sept. Dans la région de Venise, où 33 cas ont été répertoriés, le carnaval qui devait se terminer mardi a été interrompu. Plusieurs matchs du championnat de soccer d’Italie se joueront également à huis clos, de même que le match de la Ligue Europa opposant l’Inter de Milan et Ludogorets, jeudi.

C’est un peu comme essayer de maîtriser un feu de forêt quand on voit des étincelles un peu partout et qui peuvent allumer des feux ailleurs, alors que vous travaillez à maîtriser un incendie principal

À l’île Maurice, un avion d’Alitalia qui avait à bord des passagers provenant des régions italiennes touchées, a été bloqué à son atterrissage, tout comme un autobus en provenance de Milan l’a été à une gare routière de Lyon, en France.
 

L’Afghanistan, Bahreïn, le Koweït, l’Irak et Oman ont également annoncé de premiers cas de contamination, deux mois après l’apparition du COVID-19.

Pour Raymond Tellier, professeur agrégé à la division des maladies infectieuses du Département de médecine de l’Université McGill, ces nouveaux cas montrent la difficulté de gérer l’épidémie d’un virus face auquel la population n’a aucune immunité et à une époque où beaucoup de gens voyagent à travers le monde. « C’est un peu comme essayer de maîtriser un feu de forêt quand on voit des étincelles un peu partout et qui peuvent allumer des feux ailleurs, alors que vous travaillez à maîtriser un incendie principal », illustre-t-il.

En dehors de la Chine, la Corée du Sud et l’Iran figurent désormais parmi les pays comptant le plus grand nombre de cas de contamination et de décès. En Iran, 12 victimes ont succombé à la pneumonie virale, après que Téhéran eut annoncé quatre nouveaux décès moins d’une semaine après la détection d’un premier cas de coronavirus au pays. Avec 64 cas de contamination, le taux de mortalité d’un sur cinq (20 %) demeure pour l’instant beaucoup plus élevé que celui observé en Chine, qui se situe autour de 3 %. Selon M. Barbeau, il est trop tôt pour déterminer la cause de cette différence de taux de mortalité. « Ça dépend de la condition de la personne elle-même, mais aussi des infrastructures qui sont disponibles dans les pays », explique-t-il, ajoutant que ces chiffres « peuvent être [erronés] ».

Limiter la transmission

« Ce qui est arrivé et qu’on redoutait, c’est que le virus a réussi à s’implanter dans d’autres pays et à amorcer des chaînes de transmission », constate M. Tellier. Selon lui, l’Iran, la Corée du Sud et l’Italie devront adopter des mesures similaires à celles qui ont été établies en Chine. « Disons qu’ils ont une longueur d’avance parce que c’est loin d’avoir l’ampleur qu’il y a eu en Chine », nuance-t-il.

L’Arménie, la Turquie, la Jordanie, le Pakistan, l’Irak et l’Afghanistan ont fermé leurs frontières ou limité leurs échanges avec l’Iran, préoccupés par les cas détectés au pays. Le Pakistan a mis en quarantaine au moins 200 personnes à la frontière iranienne.

L’Italie est de son côté devenue le premier pays d’Europe à décréter deux semaines de quarantaine pour une dizaine de villes, au nord, recensant 229 cas de contamination à l’échelle du pays.

Selon M. Tellier, il s’agit d’un des moyens pour interrompre les chaînes de transmission. « Si vous avez des personnes qui sont à risque d’incuber la maladie et à qui on demande de rester chez eux et qui n’ont pas de contacts avec d’autres personnes, vous interrompez les chaînes de transmission », résume-t-il. Il ajoute qu’en l’absence de vaccin et de médicaments contre le coronavirus, seules des mesures de santé publique peuvent être prises pour l’instant.

De son côté, M. Barbeau croit que ce type de confinement « pourrait aider ». « Est-ce qu’il est déjà trop tard et qu’il y a des gens qui sont sortis et qui sont porteurs ?, se demande-t-il toutefois. On ne le sait pas. »

Il estime que l’Italie est « un pays-clé » pour observer l’efficacité des mesures appliquées à limiter la propagation. « En fonction des résultats qui vont en sortir, on pourra conclure si l’on peut utiliser les mêmes mesures si des éclosions émergent à travers la planète », analyse-t-il.

Avec l’Agence France-Presse