Les Iraniens appelés aux urnes vendredi

Tous les Iraniens, âgés de 18 ans et plus, titulaires d’une carte d’identité en cours de validité, sont appelés à voter.
Photo: Atta Kenare Agence France-Presse Tous les Iraniens, âgés de 18 ans et plus, titulaires d’une carte d’identité en cours de validité, sont appelés à voter.

Les Iraniens sont appelés aux urnes vendredi pour des législatives décisives, où une victoire des conservateurs est anticipée après l’invalidation de milliers de candidats réformistes et modérés.

Les Iraniens doivent également élire les remplaçants des membres décédés de l’Assemblée des experts, chargée de nommer, superviser et éventuellement démettre le guide suprême.

Plusieurs institutions de la République islamique d’Iran sont nommées, directement ou indirectement, par le guide suprême, principal décideur du pays. Mais le Parlement et l’Assemblée des experts sont élus par le peuple au suffrage universel. Le Parlement rédige la législation, ratifie les traités internationaux et approuve le budget national.

Les minorités religieuses reconnues par la Constitution ont cinq représentants au Parlement : un pour les zoroastriens, un pour les juifs, un pour les chrétiens assyriens et chaldéens, et deux pour les chrétiens arméniens.

Le Parlement, composé de 290 membres et renouvelé tous les quatre ans, vote les lois et dispose du pouvoir d’approuver et d’interroger les ministres et le président de la République.

Les Iraniens doivent pourvoir sept sièges (sur 88) de l’Assemblée des experts, vacants depuis le décès de leur titulaire au cours des quatre dernières années. Cette institution pourrait jouer un rôle crucial d’ici à son renouvellement (en 2024) en raison de l’âge de l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême, qui a 80 ans.

Tous les Iraniens, âgés de 18 ans et plus, titulaires d’une carte d’identité en cours de validité, sont appelés à voter.

Les candidats mènent une campagne d’une semaine dans leur circonscription, qui prend fin 24 heures avant le début du vote.

Disqualification massive

Le Conseil des gardiens de la Constitution, dominé par les ultraconservateurs, est chargé de superviser les élections.

Composé de six religieux nommés par le guide suprême et de six avocats proposés par le pouvoir judiciaire et approuvés par le Parlement, le Conseil est chargé de valider ou d’invalider les candidatures selon une série de critères, comme celui de la loyauté à la République islamique.

Pour ces législatives, le Conseil a invalidé environ 7200 candidats (sur près de 14 500), surtout des réformateurs et des modérés, provoquant la colère du président Hassan Rohani et de ses soutiens.

Des figures de la majorité ont émis des craintes sur le fait que la disqualification massive des candidats pourrait décourager les gens d’aller voter.

L’abstention favorise traditionnellement les ultraconservateurs.

En Iran, les candidats sont généralement issus de deux mouvements politiques : réformateurs et conservateurs. Cependant, après l’invalidation de milliers de réformateurs, ces élections opposeront principalement conservateurs et ultraconservateurs.

Les conservateurs s’opposent actuellement à ce que la République islamique quitte l’accord sur le nucléaire iranien de 2015, menacé d’implosion depuis que les États-Unis s’en sont retirés en 2018.

Les ultraconservateurs rejettent depuis le début cet accord et s’opposent à toute négociation avec l’Occident.

Réformateurs

À l’échelle nationale ou provinciale, les grandes mouvances politiques constituent des listes de candidats qu’ils soutiennent, prélude à la formation des groupes parlementaires.

Dans un communiqué dénonçant l’impossibilité d’une « compétition juste » dans 70 % des circonscriptions, les réformateurs ont annoncé, fait sans précédent, qu’ils renonçaient à présenter une liste commune à Téhéran, laissant entendre qu’ils n’étaient pas en mesure d’aligner 30 noms connus du grand public.

Le journal réformateur Sazandégui a néanmoins annoncé dimanche la constitution d’une liste à tendance réformiste pour la capitale. Celle-ci est composée de nombreux inconnus et l’initiative émane d’un seul parti réformateur.

Le président Rohani exclut de démissionner

Le président iranien, Hassan Rohani, un conservateur modéré dont la coalition politique apparaît menacée aux législatives du 21 février, a exclu dimanche de démissionner avant la fin de son mandat en 2021. « Une démission n’aurait pas beaucoup de sens », a déclaré M. Rohani lors d’une conférence de presse à Téhéran, ajoutant que son gouvernement allait « continuer à réaliser [ses] promesses [malgré] les conditions économiques et la pression de l’ennemi ». M. Rohani, élu en 2013 et réélu en 2017, a fait cette mise au point après des rumeurs selon lesquelles il avait l’intention de démissionner avant la fin de son deuxième et dernier mandat. Critiqué sur le plan intérieur pour l’échec de sa politique d’ouverture avec l’Occident, M. Rohani a appelé devant la presse les Iraniens « à se rendre aux urnes et à voter » le 21 février malgré l’invalidation des candidatures de milliers de modérés et réformateurs.