Avion abattu: l’Iran sous surveillance

Le ministre canadien des Affaires étrangères, Francois-Philippe Champagne, en compagnie de ses homologues des pays dont des ressortissants sont décédés dans l’écrasement d’un avion civil abattu par les forces armées iraniennes: Idrees Zaman (Afghanistan),Andrew Murrison (Grande-Bretagne), Vadym Prystaiko (Ukraine) et Ann Linde (Suède).
Photo: Tolga Akmen Agence France-Presse Le ministre canadien des Affaires étrangères, Francois-Philippe Champagne, en compagnie de ses homologues des pays dont des ressortissants sont décédés dans l’écrasement d’un avion civil abattu par les forces armées iraniennes: Idrees Zaman (Afghanistan),Andrew Murrison (Grande-Bretagne), Vadym Prystaiko (Ukraine) et Ann Linde (Suède).

« L’Iran devrait prendre le chemin de la coopération. » Le chef de la diplomatie canadienne croit que Téhéran a posé des gestes encourageants jusqu’à présent. Les moyens pour s’assurer qu’il reste sur cette voie sont cependant demeurés flous, jeudi, à l’issue d’une réunion des pays endeuillés à Londres.

« Nous jugeons l’Iran demande par demande et, aujourd’hui, nous pouvons dire qu’il pose de bons premiers gestes, a déclaré le ministre des Affaires étrangères du Canada, François-Philippe Champagne. Mais évidemment, soyons clairs : c’est un long processus. Notre évaluation de la situation est basée sur les faits dont nous disposons aujourd’hui. »

Les ministres des Affaires étrangères du Canada, du Royaume-Uni, de la Suède, de l’Afghanistan et de l’Ukraine se rencontraient jeudi à Londres, au haut-commissariat du Canada. Ils ont convenu d’un « cadre de coopération » avec l’Iran en cinq points.

Y figurent l’entrée « sans entrave » en Iran de leurs fonctionnaires, le respect de la volonté des familles en matière de rapatriement des dépouilles, « une enquête internationale approfondie, indépendante et transparente, ouverte aux nations endeuillées », sur l’écrasement, l’indemnisation par Téhéran des proches endeuillés et « une enquête pénale indépendante » visant à déterminer les responsables du cafouillage mortel.

Interrogé par les journalistes sur la manière dont les pays du groupe vont s’assurer que le gouvernement iranien respecte ces demandes, le ministre Champagne a répondu : « Ça s’appelle la communauté internationale. Les yeux de la communauté internationale sont sur l’Iran aujourd’hui. »

Plus tôt cette semaine, le ministre des Affaires étrangères de l’Ukraine, Vadym Prystaiko, disait au Globe and Mail espérer que les cinq pays du groupe pourront mener une enquête parallèle à celle de l’Iran. Les ministres devaient aussi discuter à Londres d’options légales, notamment la possibilité d’une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies.

Après la réunion à huis clos de jeudi, le ministre Champagne, s’exprimant au nom du groupe, évoquait plutôt une participation renforcée des acteurs internationaux à l’enquête sur l’écrasement.

La semaine dernière, un Boeing 737 d’Ukraine International Airlines a été frappé par un ou deux missiles pendant qu’il s’éloignait de Téhéran. Ses 176 occupants ont été tués sur le coup. Parmi eux, on comptait 57 Canadiens, 11 Ukrainiens, 10 Suédois, 4 Britanniques et 4 Afghans.

Après avoir défendu pendant deux jours la thèse de l’accident, le président de l’Iran, Hassan Rohani, a finalement reconnu la responsabilité des forces armées de son pays. Il a demandé la formation d’un « tribunal spécial avec des juges de haut rang et des dizaines d’experts ». Des arrestations auraient déjà été effectuées dans le cadre de cette affaire.

Des enquêteurs ukrainiens se trouvent en Iran depuis une semaine. Mercredi, le ministre des Transports du Canada, Marc Garneau, a déclaré que deux enquêteurs canadiens sont également sur place. Ces derniers profitent de la collaboration des autorités locales, mais ne participent pas officiellement à l’enquête.

Puisqu’un règlement avec l’Iran pourrait prendre des années, le secrétaire parlementaire du premier ministre Justin Trudeau, Omar Alghabra, a déclaré mercredi que le gouvernement fédéral étudiait certains scénarios pour indemniser préalablement les familles des victimes. Ottawa se chargerait ensuite de récupérer les sommes auprès de Téhéran.

Avec La Presse canadienne